Homélie dimanche 24 avril 2016

Publié le par Christophe Delaigue

5ème dimanche de Pâques / Année C

Demptézieu (avec baptême)

Ac 14,21b-27 / Ps 144 / Ap 21,1-5a / Jn 13,31-35

Cette page d’évangile qu’on vient d’entendre a, je trouve, quelque chose d’émouvant et en même temps de terriblement exigeant. Jésus est en train de nous laisser ce qu’on pourrait appeler son testament spirituel. Nous sommes au soir de son dernier repas, juste après le geste étonnant du lavement des pieds, juste avant son arrestation et sa mise à mort. Mais ce qu’il est en train de nous dire c’est le cœur de ce qu’il faut qu’on retienne de sa courte vie, c’est le cœur de son message et c’est ce que lui-même a vécu et qu’il nous appelle à vivre à sa suite.

Nous sommes appelés à nous aimer… Vaste programme. Il ne s’agit pas juste d’aimer ceux avec qui nous nous entendons bien. Nous savons qu’un jour Jésus l’a dit à ses disciples, les appelant à aimer même les ennemis, ceux qui justement ne sont pas aimables en apparence, ceux qui nous font du mal, invitant en même temps ses disciples à prier pour ceux qui les persécutent. J’ai envie de dire : c’est déjà un début de demander au Seigneur qu’il nous aide à vouloir entrer sur un chemin de pardon pour ceux que nous n’aimons pas ou ceux qui nous font du mal, qu’il nous éclaire sur le chemin à prendre, qu’il nous aide à bien vouloir chercher quelle est la part de beau et de bon déposé en l’autre, peut-être très enfoui en apparence ou à cause de ses actes mais qui pourtant est là en lui. C’est déjà un début de demander au Seigneur qu’il nous apaise pour qu’ensuite nous puissions entrapercevoir un chemin de guérison possible et envisager alors d’aimer l’autre qui est là…

Nous sommes invités à aimer. Nous sommes appelés à nous aimer les uns les autres. Et Jésus dit même en finale de ce qu’on vient d’entendre que c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que nous sommes ses disciples.

Ceci dit, ça veut dire quoi aimer ? Certains d’entre vous savent que je rentre d’un pèlerinage à Rome avec des jeunes du diocèse porteurs d’un handicap mental. Nous étions à Rome pour l’année jubilaire que nous offre le pape François, le pape François qui voudrait qu’on redécouvre chacun cet amour du Père qui est miséricorde. C’est quoi cet amour miséricordieux, c’est quoi cette miséricorde à propos de laquelle Jésus a dit un jour à ses disciples : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » ?

Le pape François nous dit que la miséricorde c’est l’expérience de l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance. Voilà l’amour de Dieu que Jésus nous a révélé et auquel il nous appelle. Nous laisser consoler par Dieu et par celles et ceux qu’il mettre sur notre route ; apprendre mutuellement à vivre des chemins de pardon et de réconciliation ; et ainsi retrouver l’espérance pour reprendre notre marche ou la poursuivre. La miséricorde, l’amour que Jésus a vécu en actes tout au long de son ministère public, c’est cet amour de Dieu qui vient nous rejoindre pour nous consoler, nous pardonner et nous donner l’espérance. C’est à cet amour là que nous sommes appelés ; le vivre pour nous-même et le vivre en actes pour celles et ceux que nous allons rencontrer. Tout l’évangile est là. Voilà ce que c’est qu’être chrétien, disciple de Jésus, voilà ce que c’est que vivre notre baptême.

Concrètement ça ne va pas nous tomber du Ciel, pardonnez-moi l’expression. C’est à demander dans la prière, c’est à demander aussi dans l’eucharistie où Jésus se donne aujourd’hui encore, mystérieusement mais réellement, puisqu’il l’a promis. Et comme il nous y invite il va nous falloir demander l’Esprit Saint, la force de vie et d’amour de Dieu, pour arriver à notre tour à aimer de cet amour là, cet amour qui console, qui pardonne et qui redonne espérance ; cet amour qui s’abaisse à hauteur de l’autre, pour le rejoindre là où il en est, au cœur de ce qu’il vit et de ce qu’il traverse, pour entendre ce qu’il porte, et discerner ensemble quel chemin de vie est possible. C’est tout le sens du lavement des pieds, ce geste étonnant que Jésus a fait au cours de son dernier repas, ce geste qui précède les mots d’évangile de ce matin. Aimer ça va être prendre soin de l’autre, lui permettre de trouver réconfort pour reprendre la route, et cela quel que soit son chemin, ses choix et même le mal qu’il a pu faire ou je sais qu’il va faire. Je vous dis cela car lorsque Jésus prononce cet appel à nous aimer il vient d’annoncer la trahison de Judas et il sait que Pierre le reniera. Mais Jésus nous aime, quoi qu’il arrive. Dieu nous aime quoi qu’il arrive et après la résurrection, à la fin de l’évangile de Jean, par trois fois Jésus demandera à Pierre s’il aime, malgré son triple reniement, et de nouveau il l’invitera à la suivre. Jésus sait que nous ne sommes pas que nos erreurs, nos fautes et notre péché. Il connaît le fond de notre coeur, il n’en reste pas aux apparences, il voudrait que nous puisions au fond de nous la force de son amour qui est déposée en nous. Jésus sait que quoi qu’il arrive il y a en chacun du bon et du beau à faire grandir. Et c’est à cela qu’il nous appelle.

Je trouve ça émouvant et exigeant. D’autant plus exigeant qu’il nous a dit ce matin qu’il nous appelle à nous aimer comme lui nous a aimé… Je ne sais pas si on mesure vraiment le poids de cet appel. Parce que lui il nous a aimé jusqu’au bout, jusqu’à accepter de mourir au nom de ce message d’amour et de miséricorde. Il ne s’est pas défilé parce que ce serait trop dur, il a été jusqu’au bout, jusqu’à la mort, nous permettant ainsi de comprendre qu’avec lui, quoi qu’il arrive, le mal et la mort n’ont pas le dernier mot de notre vie, qu’avec lui la vie et le don de soi par amour sont et seront toujours victorieux de tout mal et de toute mort.

Je trouve cela émouvant et exigeant. Je demande à Dieu qu’il nous donne à chacun sa force pour vivre ce chemin qui est la seule condition je crois à plus de paix dans ce monde traversé par les horreurs du mal. Je demande à Dieu qu’il nous donne sa force, dans la prière mais aussi dans cette eucharistie qui nous rassemble. Que nous nous laissions façonner par cet amour que Jésus a révélé et vécu jusqu’au bout. Que nous nous laissions façonner et transformer intérieurement par cet amour miséricordieux auquel nous sommes appelés, avec la force de Dieu.

Je termine en vous redisant ce que le pape François nous en dit de cet amour, cette miséricorde : c’est l’expérience de l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance. Puissions nous l’accueillir et le vivre concrètement dans notre quotidien.

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