Homélie dim. 24 juillet 2016

Publié le par Christophe Delaigue

Homélie dim. 24 juillet 2016

17ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

St Savin

Gn 18,20-32 / Ps 137 (138) / Col 2,12-14 / Lc 11,1-13

Je crois que pour beaucoup d’entre nous la prière est un peu un mystère… Parce que nous n’y comprenons pas grand chose. Sans doute que nous prions, notamment si nous sommes là, mais qu’est-ce que nous en attendons vraiment ?

Je dis que la prière nous n’y comprenons pas grand chose car une question qui m’est souvent posée c’est par exemple de savoir quoi dire à Dieu. On lui parle, on lui fait des demandes, qui nous paraissent toutes très légitimes, sinon on ne les ferait pas, mais nous faisons pourtant l’expérience que nous n’obtenons pas vraiment ce que nous voulions… Alors quoi dire à Dieu si apparemment ça ne sert à rien ? Et du coup pourquoi lui parler ?

En préparant ces mots, j’avais écris sur un bout de papier qu’un des problèmes de la prière c’est que nos réponses restent sans demandes. Drôle de lapsus. Nos réponses restent sans demandes. Je voulais évidemment écrire que nos demandes restent sans réponses. Mais ce lapsus m’intéresse car il dit une part de vérité : nous demandons à Dieu ce que nous nous pensons qu’il doit nous donner. Dieu nous intéresse s’il sert notre volonté. Nous formulons nos demandes comme des réponses. « Seigneur j’ai besoin de ceci ou de cela, exauce moi ». Et souvent nous ne sommes pas exaucés. Du moins Dieu ne semble pas nous donner ce que nous avions demandé. Et certains finissent du coup par douter de l’existence de Dieu.

Je ne suis pas en train de dire que nos demandes ou nos prières ne sont pas sincères. Mais ce que je viens questionner c’est qu’est-ce que ça nous dit de qui est Dieu pour nous et et qu’est-ce que ça nous dit de notre confiance en son action dans notre vie mais purtant de sa liberté d’agir selon non pas notre volonté mais la sienne.

C’est là je crois que les textes de ce jour ont quelque chose à nous redire de la part de Dieu sur la prière.

Vous aurez remarqué je pense qu’il y avait comme deux parties dans ce qu’on vient d’entendre de l’évangile. D’abord la prière du Notre Père puis cette histoire d’ami qui donnera de bonnes choses.

La prière du Notre Père on connaît. Mais est-ce qu’on mesure vraiment ce qu’on dit à Dieu, ce qu’on lui demande. Cette prière elle est comme un condensé de l’essentiel : à la fois louange et supplication, elle nous tourne d’abord vers Dieu comme quelqu’un qui est là ; pas une idée ou une hypothèse, mais vraiment quelqu’un, quelqu’un dont Jésus nous dit qu’il nous aime comme un Père miséricordieux, un Père qui veut prendre soin de nous, un Père qui veut nous consoler, nous pardonner, nous redonner espérance [1]. Quand nous prions, et-ce que nous nous tournons d’abord vers quelqu’un ou est-ce que nous interrogeons une hypothèse, une idée, au cas où il existerait ? Est-ce que nous y croyons vraiment que Dieu c’est quelqu’un qui est là, même si nos yeux ne le voient pas, quelqu’un que notre cœur pressent, quelqu’un qui nous aime et donc qui va entendre notre prière ?

Et qu’est-ce que nous sommes invités à demander à ce Dieu Père, si j’entends ce que Jésus me dit dans cette prière que nous redisons si souvent ? Nous lui demandons que son règne vienne. Le sien, pas d’abord le nôtre. Sa volonté, pas seulement la nôtre. Voilà qu’il nous faut mourir à nous-mêmes et à notre nombrilisme naturel pour mettre Dieu au centre, au cœur de ce que nous vivons. Avec cette confiance qu’il nous donnera ce dont nous avons besoin, l’essentiel de ce dont nous avons besoin : du pain pour chaque jour, mais aussi que le mal ne soit pas vainqueur de ce que nous traversons.

Voilà l’essentiel. Ni plus ni moins. Mais c’est un acte de foi à poser, une confiance à avoir : « Je sais Seigneur que tu es là, je te confie ce qui fait ma vie, mes joies et mes peines, mes questions, mes révoltes et mes colères, mais ma confiance aussi que tu es là avec moi. Ma confiance qu’au cœur de ce que je vis tu vas me donner ce dont j’ai besoin pour avancer, pour tenir, pour ne pas me laisser submerger par le doute ou la peur ou le mal. Je sais, je crois, que tu me donneras ce dont j’ai besoin. Car tu es Dieu, car tu m’aimes comme un Père, car tu es mon ami et que tu me l’as promis. »

Voilà ce que nous dit Jésus. Et il insiste dans la seconde partie de ce qu’on a entendu. Il nous invite à demander, à dire à Dieu ce à quoi nous aspirons. Mais le lui demander pour de vrai, en y croyant, pas du bout des lèvres comme un “au cas où”... Il nous invite à insister. Mais dans l’acceptation, la confiance, que Dieu nous donnera ce dont nous avons besoin. Selon sa volonté et son amour pour nous. Il répondra à nos demandes, il nous l’assure, mais pas forcément comme nous aurions voulu ou quand nous l’aurions voulu. Par contre il nous faut demander, il nous faut frapper à sa porte, et il nous faut le chercher et chercher quelles réponses il va nous donner.

La prière, je le redis, c’est un acte de confiance. « Je ne te vois pas Seigneur mais mon cœur te pressens. Je ne te vois pas Seigneur mais je veux croire en toi, te faire confiance. Voici ma vie. Je te dépose ce que je traverse. Viens m’éclairer de ta présence. Viens m’aider à voir quelles réponses tu poses sur mon chemin dans telle rencontre ou dans tel événement, dans telle intuition aussi ou dans tel appel de la vie que j’entends en moi. »

Que l’Esprit Saint, la force de vie et d’amour de Dieu et de Jésus soit cette force pour avancer, cette lumière qui nous aide à relire notre vie pour y voir Dieu qui passe ou qui est passé. « Donne-moi, donne-nous, Seigneur, de croire que tu souffles en nous des chemins de réponses. Que tu veux pour nous la vie et qu’elle est plus forte que tout mal et que toute mort, malgré les apparences parfois, mais avec toi c’est sûr »…

Je ne sais pas ce que nous traversons les uns et les autres en ce moment, je ne sais pas où nous en sommes de notre foi. Mais osons croire que Dieu nous donne et nous donnera ce dont nous avons besoin. Mais parlons lui et écoutons en nous ce qui advient ! C’est ce que nous pouvons faire maintenant, dans la confiance qu’il entend, et dans la confiance qu’il souffle en nous des chemins de réponses ou de quoi entendre ou entrevoir les réponses déjà données. Il nous l’a promis, il nous donnera de bonnes choses, il nous donnera l’Esprit Saint. A qui le demande. L'Esprit Saint qui peut de grandes choses. Amen.

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[1] Rappelons-nous la définition que le pape François nous donne de la miséricorde, le pape François qui nous dit que Dieu est et n’est que miséricorde : la miséricorde c’est l’expérience de l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance.

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L'illustration de ce post' est tirée du livre Rendez-vous dans la forêt de A. Auderset.

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