Homélie dim. 31 juillet 2016

Publié le par Christophe Delaigue

18ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Messe pour le P. Jacques Hamel et les victimes du terrorisme / Messe pour la paix

Eglise St Jean-Baptiste (Bourgoin)

Qo 1,2 ; 2-21-23 / Ps 89 (90) / Col 3,1-5.9-11 / Lc 12,13-21

Quand j’ai commencé à préparer ces mots d’homélie, je suis resté un peu sans voix… Notamment à cause de la 1ère lecture et un peu de l’évangile aussi. Non pas que je ne les connais pas ces textes… Mais au cœur des évènements de ces derniers jours ils viennent comme bousculer le sens de ce que nous avons à vivre et à traverser.

Si j’en crois les paroles entendues du début du livre de Qohèleth, tout serait donc vanité, tout serait donc vain de ce que nous allons vivre ? Mais alors à quoi bon vivre ? Quel est alors est le sens de cette vie sur terre, d’autant plus avec son lot d’épreuves et de souffrances, sans même parler du terrorisme qui défigure notre monde ? Ces lectures du jour viennent nous questionner sur l’essentiel de ce qui va donner sens à note vie. Car il y en a un, sinon nous ne vivrions pas, en tout cas si Dieu existe, ce que je crois évidemment sinon je ne serai pas là.

L’évangile nous place devant cette réalité à laquelle nous essayons bien souvent de ne pas trop penser : notre vie est orientée vers la mort ; c’est à peu près la seule certitude de toute vie, nous allons mourir. Certains diront que ce n’est pas très réjouissant, tout dépend ce que nous entendons par la mort : la fin de tout, un drame, ou un passage en Dieu, un passage de la vie ici-bas à la vie éternelle qui est promise à qui veut bien y croire et qui veut bien suivre le Christ, et même, nous l’évangile de Matthieu, à qui vit déjà du Christ, même sans le savoir ?

La question c’est bien de savoir qu’est-ce qui va donner du sens à l’aujourd’hui de chaque jour ? Et Saint Luc nous dit dans l’évangile que nous pouvons amasser tout ce que nous voulons, nous pouvons remplir nos maisons d’argent, de biens, de livres, de tableaux, de photos, et de je ne sais quoi encore, qu’en restera-t-il au soir du passage ? Est-ce vraiment d’amasser qui doit orienter notre vie pour lui donner sens ?

Dans une autre page d’Evangile Jésus nous dit d’arrêter de nous inquiéter du lendemain, que Dieu prendra soin de nous – si nous l’associons à notre vie, évidemment, car il respecte trop notre liberté pour s’imposer, la balle est donc dans notre camp – ; ne pas nous inquiéter, donc, mais plutôt de chercher le Royaume et sa justice. C’est-à-dire vivre du Christ, vivre de l’Evangile. Vivre selon la volonté de Dieu et même vouloir vivre avec Dieu. Car c’est cela la vie éternelle dont je faisais mention il y a quelques instants, c’est la définition que Jésus a donnée un jour à ses disciples, dans l’évangile de Jean : « La vie éternelle ? C’est de connaître Dieu et celui qu’il a envoyé. » Connaître, pour un Juif, ce n’est pas intellectuel, c’est vivre une relation de proximité, d’intimité, c’est vivre ensemble.

Voilà à quoi nous sommes destinés, si nous le voulons bien. Et nous pouvons le vivre dès maintenant, dès ici-bas. Par la prière où Dieu se fait proche et l’ami à qui l’on peut confier nos joies et nos peines, nos peurs aussi et nos angoisses, nos questions et même nos révoltes ou nos colères, pour lui demander qu’il nous éclaire et qu’il nous donne sa force de vie et d’amour qu’est l’Esprit Saint, qu’il soufffle en nous des chemins de réponses et qu’il vienne nous apaiser de nos angoisses pour continuer à avancer et à chercher le Royaume et sa justice.

Cette vie en intimité avec Dieu, cette vie éternelle qui nous est promise, nous pouvons aussi y goûter déjà en vivant très concrètement les appels de l’Evangile et donc en s’y mettant à l’écoute, chacun, mais ensemble aussi ; en communauté, messe après messe, maus aussi en Fraternités locales, en apprenant à vivre entre nous déjà l’appel à aimer pour le vivre vraiment dans le monde.

Car voilà ce que nous sommes appelés à vivre dès ici-bas, voilà le sens de notre vie dans l’aujourd’hui de chaque jour : non seulement apprendre à connaître Dieu qui voudrait que nous vivions pour toujours avec lui mais aussi et en même temps en apprenant à aimer et à nous laisser aimer, aimer tel que Dieu aime, c’est-à-dire aimer et pardonner, aimer même les ennemis, c’est-à-dire apprendre à prendre soin de l’autre quel qu’il soit, apprendre à croire en l’autre quoi qu’il arrive, apprendre à croire que l’autre sera toujours plus que se actes, aussi horribles seraient-ils, croire qu’en chacun il y a du bon et du beau déposé par Dieu, du bon et du beau parfois enfoui, du bon et du beau qui est à faire éclore, à faire grandir, pour que de l’amour, de la paix, de la tendresse puissent se répandre dans ce monde traversé de violence.

Aimer ainsi ce n’est pas être naïf. C’est se donner les moyens de permettre à l’autre d’advenir à la part de bon en lui, c’est demander à Dieu dans la prière qu’il nous éclaire, et c’est discerner ensemble comment faire. Il n’y a pas d’amour vrai sans justice et sans mise en mot de ce que chacun vit et fait. L’amour vrai n’excuse pas le mal de l’autre mais il refuse de réduire l’autre – ou soi – au mal qui serait fait.

Et dans ces temps que nous traversons il nous faut réentendre que vivre c’est apprendre à aimer, et donc à écouter l’autre et dialoguer avec lui, quel qu’il soit ; que vivre c’est apprendre à poser chaque jour les actes d’amour qui sont à notre portée, que vivre c’est vouloir faire grandir la paix et c’est la demander déjà pour nous-mêmes à Dieu, qu’il apaise nos cœurs de toute peur pour que la paix gagne en nous, et que par nous elle se propage petit à petit par les actes concrets de chaque jour.

J’aime ce verset du prophète Michée que je voudrais vous redire ce matin (Mi 6,8) : « Ce que Dieu attend de toi, homme ? Pratiquer la justice, aimer avec bonté, et marcher humblement avec le Seigneur ton Dieu ». Je crois que nos frères et sœurs musulmans dont certains sont peut-être présents ce matin peuvent entendre avec nous ces mots. Voilà en tout cas ce que nous avons à vivre. Voilà qui donnera sens à notre vie plutôt que d’amasser ou de construire des tours et des murs pour nous protéger de l’autre.

J’aimerais ce matin que nous renouvelions notre confiance en Dieu qui nous dit tout cela, le Dieu que nous révèle Jésus Christ, ce Dieu qui nous veut vivant et qui veut pour nous la vie, ce Dieu qui nous dit par la mort et la résurrection de Jésus que quoi qu’il arrive, avec lui Jésus, la vie et le don de soi par amour seront plus fort que tout mal et que toute mort, que la vie sera vainqueur même au travers du mal qui est là et de la mort qui nous guette tous.

Et comme a dit le psalmiste : « Rassasie-nous de ton amour au matin, [Seigneur …], que vienne sur nous [ta] douceur »… C’est bien ce que nous lui demandons dans cette eucharistie et c’est cette confiance et cette paix là que nous lui demandons même dès maintenant dans le silence de nos cœurs.

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Prière du pape François du 30 juillet 2016 à Cracovie lors de sa visite dans l’église Saint-François où sont vénérées les reliques des deux martyrs franciscains Zbigniew Strzałkowski et Michał Tomaszek tués en août 1995 à Pariacoto au Pérou et canonisés en décembre 2015 :

« Ô Dieu tout-puissant et miséricordieux, Seigneur de l’univers et de l’histoire. Tout ce que tu as créé est bon, et ta compassion face aux erreurs de l’homme ne connaît aucune limite.

Nous venons t’implorer aujourd’hui de garder dans la paix notre monde et ses habitants, de les tenir éloignés de la terrible vague de terrorisme, de restaurer l’amitié et de répandre dans le cœur de tes créatures le don de la confiance et l’ouverture au pardon.

Ô toi qui donnes la vie, nous te prions également pour tous ceux qui sont morts, victimes d’attaques terroristes brutales. Accorde-leur une récompense éternelle. Puissent-ils intercéder pour ce monde déchiré par les conflits et les guerres.

Ô Jésus, prince de la paix, nous te prions pour ceux qui ont été blessés lors de ces actes de violence inhumaine : les enfants et les jeunes, les femmes et les hommes, les personnes âgées et tous les innocents qui ont été frappés par le mal. Guéris leurs corps et leurs cœurs ; console-les par ta force, fais disparaître en eux toute haine et tout désir de vengeance.

Esprit Saint, consolateur, viens visiter les familles des victimes, ces familles innocentes qui souffrent et pleurent. Enveloppe-les dans le manteau de ta divine miséricorde. Donne-leur de retrouver en toi et en eux-mêmes la force et le courage de continuer à être pour tous des frères et des sœurs, particulièrement pour les migrants, en faisant de leur vie un témoignage de ton amour.

Viens enfin toucher le cœur des terroristes, afin qu’ils reconnaissent le mal dans leurs actions et se tournent vers le chemin de la paix et du bien, du respect pour la vie et la dignité de chaque être humain, quelle que soit sa religion, son origine, sa richesse ou sa pauvreté.

Ô Dieu, Père éternel, dans ta bonté entends notre prière qui s’élève vers toi au milieu du fracas et du désespoir de ce monde. Nous nous tournons vers toi avec espérance, pleins de confiance dans ton infinie miséricorde. Affermis par l’exemple des bienheureux martyrs du Pérou, Zbigniew et Michal, qui ont courageusement témoigné de l’Évangile jusqu’au don de leur sang, nous nous confions les uns les autres à l’intercession de ta très sainte Mère. Nous te supplions de nous donner la paix et de chasser cette plaie qu’est le terrorisme.

Par Jésus, notre Seigneur. Amen. »

Publié dans Homélies

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