Homélie dim. 14 août 2016

Publié le par Christophe Delaigue

20ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Abbatiale de St Chef

Jr 38,4-6.8-10 / Ps 39 (40) / He 12,1-4 / Lc 12,49-53

Les propos de Jésus ont quelque chose de violent, je trouve, et du coup de dérangeant. Il y a même quelque chose de franchement heurtant si on repense aux évènements terroristes des dernières semaines et le risque qu’il y aurait et que ne cesse de dénoncer le pape François à faire de tout cela une histoire de guerre de religions, le risque alors que nous décidions d’élever la croix du Christ comme un étendard contre l’autre et du coup contre l’Evangile qui appelle à aimer, à pardonner, à aimer même son ennemi…

Quel est donc ce feu dont nous parle Jésus ? Et pourquoi parle-t-il de divisions alors que tout au long des évangiles il ne cesse d’habitude de nous parler de la paix qu’il vient donner et qu’il nous faut accueillir et faire grandir autour de nous ?

Ces propos de Jésus sont d’autant plus dérangeants que dans le 2ème lecture on nous a dit qu’il nous faut fixer nos yeux sur lui, Jésus, et qu’il nous faut le prendre pour modèle, y compris dans cette forme de combat contre le mal auquel il nous appelle à sa suite. La question sera sous quelle forme, celle de la guerre ou celle de l’amour de l’autre ; avec cette autre question alors : c’est quoi aimer comme le Christ ?

Ce que veut dire l’auteur de cette lettre aux Hébreux c’est que si nous sommes croyants au Christ, si nous voulons être ses disciples alors nous devons décider de vivre à sa suite, jusque dans la radicalité de son message. Il y aura des doutes et même des épreuves, oui, d’ailleurs même le Christ en a eu ; il en ira pour certains de leur vie terrestre jusqu’au martyre, oui peut-être, le Christ lui-même a été mis à mort – le voilà ce baptême dont il parle à son propos dans cette page d’évangile. Par contre, avec le Christ – voilà notre espérance et notre foi, la confiance qui doit nous habiter – nous serons vainqueurs ; avec lui, si nous lui faisons une place dans notre vie, si nous faisons de lui un compagnon de route, alors la vie et le don de soi par amour seront quoi qu’il arrive plus fort que tout mal et que toute mort. Dans ce qui nous est donné de vivre et de traverser comme dans l’ultime passage que nous nommons la mort. C’est notre espérance et notre foi en lui.

Ce message de Jésus a rencontré, nous le savons, un certain nombre d’oppositions ; ce fut le cas aussi pour d’autres prophètes avant lui, par exemple Jérémie dans la 1ère lecture. Et Jésus, ça lui a coûté la vie, parce qu’il y a une radicalité de son message qui fait peur, qui bouscule, et qui va le conduire à la mort. C’est ce que Jésus a justement en tête au moment où il adresse à ses disciples les paroles qu’on vient d’entendre.

J’y viens donc et je vous repose mes deux questions de départ : quel est donc ce feu dont il parle ; et pourquoi parle-t-il de divisions alors que tout au long des évangiles il ne cesse de nous parler de la paix qu’il vient donner ?

Jésus veut répandre un feu. Pensez d’abord à l’image du feu de cheminée, et pas seulement au feu dévastateur des étés caniculaires dans le Sud de la France. Le feu c’est ce qui réchauffe, ce qui fait du bien au cœur des longues nuits d’hiver. Le feu aussi c’est le feu intérieur de l’expérience amoureuse ou de l’expérience spirituelle… Jésus vient apporter un feu. Au jour de la Pentecôte, les apôtres recevront des langues de feu, ils recevront alors l’Esprit Saint promis par Jésus, cette force de vie et d’amour qui est sa vie même, qui est la vie de Dieu déposée en chacun, cet Esprit Saint qui est ce qu’il nous souffle au creux de l’oreille. Il tarde à Jésus que nous recevions la force même de Dieu grâce à laquelle nous pourrons être vraiment ses disciples et même ses témoins dans et par notre vie de chaque jour.

Cet Esprit Saint il nous est donné au jour de notre baptême, comme déposé en nous, ne demandant qu’à prendre sa place dans notre vie. Au jour de notre confirmation nous le célébrons et le demandons pour devenir des adultes dans la foi, nous le demandons pour dire à Dieu notre désir qu’il soit vraiment le guide de notre vie. C’est ce même Esprit Saint que nous invoquons sur le pain et le vin de l’eucharistie pour qu’ils deviennent le Corps et le Sang de Jésus, Jésus lui-même, comme il l’a promis, Jésus mystérieusement mais réellement présent qui se fait notre nourriture pour que nous arrivions à vivre sa Parole dans le concret de chaque jour.

L’Esprit Saint c’est l’Esprit d’amour, celui qui nous permettra d’aimer pour de vrai, petit à petit, d’aimer même nos ennemis, d’aimer et de pardonner, d’apprendre à aimer chacun, quel qu’il soit, quelle que soit son histoire, sa foi ou ses croyances, et même quel que soit le mal qu’il ait pu faire. Aimer avec le regard de Jésus c’est-à-dire apprendre à croire en l’autre, quoi qu’il arrive, croire qu’il y a en chacun quelque chose de bon et de beau à faire germer, même très enfoui.

Voulons-nous que ce feu, cet amour même de Dieu, se répande autour de nous ? C’est bien le sens de la lumière que nous avons reçue le jour de notre baptême : nous laisser éclairer et aimer par le Christ, par Jésus, pour à sa suite apprendre à aimer comme lui, à vivre de cet amour.

Aimer chacun quel qu’il soit, voilà qui a beaucoup dérangé ceux qui écoutaient Jésus. Et on sait bien nous aussi combien c’est difficile et combien nous ne voulons pas toujours ou pas vraiment. Regardons tous ces jugements que nous portons les uns sur les autres… C’est trop difficile et trop radical. Et Jésus sait très bien que tous ne le suivront pas à cause de cela, et que dans une même famille certains marcheront avec lui et d’autres refuseront. Nous en faisons l’expérience aujourd’hui encore dans nos propres familles. C’est de ces divisions là dont il parle dans notre texte d’Evangile.

Jésus vient nous révéler un Dieu qui voudrait sauver tous les hommes, un Dieu qui veut pour tous le pardon et la paix, un Dieu aussi qui a besoin de nous pour prendre soin de chacun dans ce monde. Voulons-nous être de ceux qui y croient et qui croient qu’il y a là un chemin de bonheur pour nous et pour le monde, un chemin de paix véritable, ou refuserons-nous d’en être ? Voilà finalement la question qui nous est posée aujourd’hui ; c’est finalement la question de savoir si nous voulons vraiment vivre de notre baptême, c’est-à-dire être ses disciples et même les témoins de sa Bonne Nouvelle…

Nous savons que nos vies ne sont pas parfaites et que nous avons du mal parfois à vivre en chrétiens ; alors demandons vraiment au Christ sa force qu’est l’Esprit Saint, demandons toujours et encore ce feu de son amour, pour qu’il vienne nous éclairer et qu’il nous aides à devenir toujours plus disciples et amis de Jésus.

Publié dans Homélies

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :