Homélie lundi 15 août 2016

Publié le par Christophe Delaigue

Assomption de la Vierge Marie

Eglise Notre-Dame (Bourgoin-Jallieu)

Ap 11,19a ; 12,1-6a.10ab / Ps 44 (45) / 1Co 15,20-27a / Lc 1,39-56

C’est assez étonnant ces textes qu’on vient d’entendre car apparemment ça n’a pas de lien direct avec ce que nous fêtons ce matin. Et pour cause, les écrits du Nouveau testament n’en parlent pas. Par contre vous aurez remarqué que ces textes, comme à chaque fête mariale, nous invitent à contempler Marie et avec elle à entrer dans la dynamique du salut en Christ, cette dynamique du salut que son « oui » a permis.

Que dire de cette fête de l’Assomption ? Nous fêtons Marie qui est enlevée au Ciel, Marie qui entre corps et âme dans la Gloire de Dieu, 1ère des vivantes à la suite du Christ, à la suite de son fils. Marie est enlevée un peu comme le prophète Elie, ce prophète qui devait revenir lorsque le Messie arrivera, Elie le prophète enlevé sur un char de feu, Elie le prophète dont Israël guette le retour, les yeux levés vers le Ciel. C’est comme si cette Assomption de Marie venait clore cette annonce : oui, celui qui est venu, ce Jésus, son fils, c’est bien le Messie, le Fils de Dieu.

Mais ce que nous dit cette fête, en plus de cela, c’est que Marie rejoint le Père, Marie entre dans la Gloire de Dieu, sans connaître la dégradation de la mort ni le jugement final. Toute sa vie est déjà marquée de la vie même de Dieu à laquelle nous sommes destinés, à la fois elle est pour nous le modèle du disciple que nous devons être et en même temps elle est dans son Assomption comme l’annonce de notre destinée finale : la Gloire de Dieu, la vie éternelle. Mais elle le vit de façon particulière car son corps a été le réceptacle de Dieu lui-même, elle a été ce Temple de l’Esprit que nous devons devenir, elle l’a été de façon particulière, elle qui a enfanté le Sauveur du monde, celui là-même que nous sommes appelés à accueillir dans la foi à chaque eucharistie pour le porter nous aussi, comme elle, en ce monde et l’enfanter aujourd’hui encore. C’est le mystère de ce que nous célébrons à chaque messe, semaine après semaine…

Fêter Marie aujourd’hui c’est fêter finalement celle qui nous invite à regarder vers les réalités d’en haut [pour reprendre les mots de la prière d'ouverture]. Comme Israël qui guette le retour d’Elie, Marie en son Assomption nous invite à la suivre du regard. Elle est là haut, c’est-à-dire en Dieu, avec son Fils. Elle nous invite à méditer vers le but, le terme, le sens de notre vie. Vivre avec Dieu, en Dieu. Nous aussi nous sommes appelés à orienter notre vie vers les réalités d’en haut, c’est-à-dire nous laisser façonner par l’Esprit Saint sans cesse à demander, nous laisser enfanter par la Parole qu’est le Christ lui-même pour devenir les fils et les filles du Père, celles et ceux dont il a besoin aujourd’hui pour que la Bonne Nouvelle de sa présence et du salut soit annoncée dans ce monde. Nous sommes promis à cette résurrection dont parlait la deuxième lecture et dans laquelle entre déjà et de façon particulière Marie, celle qui nous précède, celle qui nous indique le chemin que Dieu veut pour nous, accueillir le Christ, vivre de lui, le porter et le révéler à ce monde pour que nous entrions tous en dynamique de résurrection.

Marie nous indique le chemin, elle nous invite à porter notre regard vers ce qui nous attend, mais les textes qu’on vient d’entendre nous redisent avec insistance que je ne peux vivre tourné vers le Ciel sans vivre les pieds sur terre, sans vivre l’aujourd’hui de l’Evangile, chaque jour. Marie qui vient de recevoir l’annonce de l’ange qu’elle sera la mère du Sauveur ne reste pas cloîtrée chez elle bien au chaud pour se préserver. Non, apprenant que sa vieille cousine Elisabeth est enceinte elle aussi, la voilà qui se met en route hâtivement, la voilà qui s’élance, pour aller à ses côtés comme le voulaient les pratiques familiales de l’époque. Voilà Marie qui vit déjà les appels de l’Evangile à se mettre au service les uns des autres, elle vit déjà ce que Jésus nous appellera à vivre au soir du Lavement des pieds. Elle va se mettre au service de sa cousine et prendre soin d’elle…

Je le redis : vivre tourné vers les réalités d’en haut c’est vivre concrètement les appels d’évangile chaque jour, c’est entrer dans la dynamique de résurrection dans le concret de notre quotidien. D’ailleurs la 1ère lecture nous a dit dans ses tout derniers mots : « Maintenant voici le salut ». Maintenant. Pas seulement demain ou dans un au-delà promis. Ce le sera de façon particulière, dans le passage de la mort à la vie, au crible du jugement d’amour et de miséricorde de Dieu, mais c’est aussi dès maintenant. Nous devons vivre en ressuscités, vivre dans cette dynamique folle mais qui peut donner tellement de sens à notre vie, jusque dans les épreuves que nous avons à traverser, cette dynamique de confiance et d’espérance de savoir, de croire, que quoi qu’il arrive, avec Dieu, avec Jésus, la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort. Non pas qu’il n’y aura plus ni mal ni mort, mais avec lui, en Dieu, la vie aussi imperceptible serait-elle sera vainqueur. Le chant du Magnificat que nous venons d’entendre le dit déjà, avec ses mots à lui : les humbles que les puissants asservissent seront élevés, les affamés seront nourris et rassasiés. Chaque fois que nous prenons soin du frère et du pauvre, c’est résurrection, c’est la vie qui est plus forte que le mal. Chaque fois que nous pardonnons aussi, chaque fois que nous consolons, chaque fois que nous redonnons espérance, goût à la vie. Chaque fois que cela nous est donné et chaque fois que nous pouvons le permettre à d’autres.

C’est cela la miséricorde que le pape François nous invite à contempler en cette année Jubilaire pour l’accueillir et la vivre, pour devenir miséricordieux comme le Père. Je vous rappelle qu’il nous dit : la miséricorde c’est l’expérience de l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance ! Cette miséricorde, nous dit Marie dans son chant de joie, est promise à tous ceux qui veulent bien vivre avec Dieu, dès maintenant, et elle est appelée à s’étendre. C’est déjà être dans cette dynamique de résurrection. Nous laisser pardonner et pardonner, être consolés et consoler, retrouver espérance et redonner goût d’espérance. Vivre ici bas ces réalités d’évangile c’est être tourné déjà vers ce qui doit conduire notre vie, c’est être pleinement tourné vers les réalités d’en haut, mais de façon incarnée, comme Jésus lui-même s’est incarné.

C’est ce mystère, finalement, que cette fête veut nous donner de contempler encore pour qu’il devienne toujours plus notre dynamique de vie, en Christ et avec lui. Quand tout à l’heure nous nous approcherons pour communier, ayons conscience de cela : Jésus vient demeurer en nous comme il a été accueilli en Marie pour que nous entrions dans son projet de vie et que d’autres, autour de nous, puissent recevoir cette Bonne Nouvelle car nous l’enfanterons par l’annonce en paroles et en actes de l’Evangile.

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L'illustration de cette page est une fresque dans un monastère d'Olténie, en Roumanie, prise en photo il y a tout juste un an (moins quelques jours) par l'auteur de cette homélie et de ce blog. Cette fresque représente ce qu'on pourrait appeler la fête orthodoxe quasi équivalente à la fête occidentale de l'Assomption, la Dormition de la Vierge Marie. Cet important (par sa taille) fragment de fresque est exposé dans la résidence épiscopale du monastère de Curtea de Arges.

Publié dans Homélies

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