Homélie dim. 25 septembre

Publié le par Christophe Delaigue

26ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

St Savin

Am 6,1a.4-7 / Ps 145 (146) /1Tm 6,11-16 / Lc 16,19-31

Je ne sais pas comment vous recevez cette page d’Evangile, mais moi je trouve spontanément qu’il y a quelque chose de franchement dérangeant, et même de choquant, quelque chose de violent ! … C’est quoi cette histoire ? Le riche qui ne s’est sans doute pas occupé de ce pauvre qui salissait son trottoir, devant chez lui, irait en enfer tandis que ce pauvre Lazare aurait droit à une bonne consolation ?

Je tire un peu le trait, c’est vrai, mais c’est quand même ça qu’on raconte. A ce riche propriétaire bien malheureux de sa condition post-mortem qui crie vers Abraham sa souffrance, celui-ci lui dit : « Rappelle-toi, mon enfant, tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici sa consolation, et toi, la souffrance »… Et comme si ça ne suffisait pas, il rajoute cette histoire de grand abîme qui les sépare, qui est infranchissable, comme si tout était perdu pour ce riche…

En plus c’est comme si la 1ère lecture en avait rajouté par avance, avec cette histoire de « bande de vautrés » que le Seigneur fera disparaître – excusez l’expression, mais elle est du prophète Amos lui-même !

Que faut-il comprendre à ce récit ? Qu’est-ce que Jésus veut nous dire ? Il s’adresse aux pharisiens, ceux qui savent tout comme il faut, pour dire vite, mais ceux qui ont franchement du mal à comprendre et à entendre qui il est vraiment et quel est le sens de sa mission ! Cette histoire que Jésus leur raconte c’est ce que j’ai envie d’appeler une histoire « électrochoc » ! Jésus les provoque, il veut les faire réagir. Il y a une forme d’absurdité voulue pour que ça ne nous laisse pas indifférents ! Sans doute parce que ces braves pharisiens ils sont peut-être eux mêmes dans cette façon de penser et de parler de Dieu, du coup Jésus utilise leur langage pour les mettre devant une forme d’impensable poussé et les faire réagir, qu’ils entendent son message, que pour une fois ils comprennent !

Je crois que c’est ça le propos de Jésus. Nous mette face à l’incompréhensible pour entendre que ce pauvre sera sauvé alors même que nous l’aurions ignoré ou que nous l’aurions peut-être insulté et malmené, qu’il sera sauvé car il est aimé de Dieu, lui aussi, que Dieu veut nous secourir, comme son prénom l’indique puisque Lazare veut dire « Dieu m’a secouru ». Non pas pour nous mettre en bouche un goût de consolation dans nos épreuves ou nos pauvretés, non pas non plus pour nous dédouaner finalement de la préoccupation du prochain en nous disant que de toute façon Dieu sauvera le pauvre plus tard, non, mais pour nous faire entendre urgemment que Dieu veut sauver mais que nous responsables de nos actes, qu’ils ont des conséquences, mais que rien n’est irréparable si je finis par me convertir…

Dieu, nous le savons, nous demande une chose, il nous laisse un seul commandement, qui est double (la 2ème lecture y faisait allusion) : aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre force, de tout notre esprit, et – c’est semblable, dit un des évangélistes – aimer notre prochain comme nous-mêmes. Or qui est notre prochain ? Rappelez-vous la parabole du Samaritain, c’est celui dont je me ferai proche, le pauvre, le malade, le différent, celui qui a besoin que je prenne soin de lui ou d’être relevé là où la vie, la misère, la maladie, le clouent au sol…

Abraham, c’est le Père des croyants. Abraham c’est aussi la figure de l’hospitalité – pensez à l’histoire du chêne de Mambré, au chapitre 18 du livre de la Genèse – et c’est la prière d’intercession pour que la ville de Sodome soit sauvée, quand bien même il n’y aurait que très peu de justes et pratiquement que des pécheurs.

Cette histoire que Jésus raconte elle veut donc nous dire quelque chose de la foi. Être croyant, être disciple de Jésus, être baptisé, ça engage ! Il s’agira de vivre l’appel de Dieu à aimer, et pour cela d’apprendre à faire chaque jour la volonté de Dieu. Or comment savoir cette volonté ? Si j’en crois Jésus lui-même dans certains passages d’Evangile, en se mettant à l’écoute de la Parole de Dieu pour comprendre qui il est et comment Dieu aime chacun, quel qu’il soit, quelle que soit son histoire, quelle que soit sa foi, quel que soit aussi le mal qu’il ait pu faire ; se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu et la mettre en pratique. C’est bien ce que dit la finale de ce texte, quand Abraham invite à se mettre à l’écoute de Moïse et des prophètes pour se convertir, c’est-à-dire pour changer de regard et de vie et entrer ainsi dans les appels et les promesses de Dieu, celles de la vie éternelle, pas juste pour demain dans l’au-delà mais dès ici-bas par notre vie concrète d’Evangile.

J’aime redire ces mots de Jean Vanier, le fondateur des communautés de l’Arche : Jésus ne nous demande pas seulement de dire aux gens que Dieu les aime, il nous appelle à les aimer concrètement au nom de Dieu et de l’Evangile.

Maintenant. Faire œuvre de résurrection aujourd’hui en aimant concrètement l’autre qui est là, en apprenant à l’aimer, en essayant de trouver ensemble comment prendre soin ou comment relever.

Je le dis souvent, je crois, mais j’ai envie, ça aussi, de le redire ce matin encore : Dieu a besoin concrètement de nous en ce monde, il nous dit par la venue de Jésus et l’envoi en mission de ses disciples après sa résurrection qu’il a besoin de nos mains d’hommes et de femmes pour prendre soin de ce monde, qu’il a besoin de nos pieds pour aller à la rencontrer de l’autre, et qu’il a besoin de nos voix pour annoncer la Bonne Nouvelle de son Salut et pour dire et redire les mots d’espérance qui vont relever et permettre de reprendre vie. Il a besoin de nous, non pas parce que nous serions meilleurs que d’autres mais parce que nous allons nous laisser façonner par lui pour que ce soit son œuvre à lui. Nous laisser façonner par l’écoute de sa Parole et des appels qu’elle nous adresse, nous laisser façonner par sa force de vie et d’amour qui s’appelle l’Esprit Saint et qu’il promet à qui le lui demandera, se laisser façonner par le silence de la prière, et se laisser façonner par les sacrements, notamment par l’eucharistie qui nous rassemble ce matin encore, l’eucharistie où Jésus veut lui-même nous rejoindre, aujourd’hui encore, pour établir sa demeure en nous et se faire notre force intérieure pour vivre l’Evangile et sa mission à lui, sa présence...

Nous prenons quelques instants de silence pour nous laisser faire, pour laisser résonner en nous toutes ces paroles, et pour nous laisser habiter de la présence de Dieu qui nous attend, qui est là, Dieu qui veut nous rejoindre par le mystère du sacrement de la présence de Jésus…

Publié dans Homélies

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