Homélie dim. 9 octobre 2016

Publié le par Christophe Delaigue

28ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Eglise ND - Bourgoin-Jallieu (samedi soir) / Abbatiale de St Chef

Ha 1,2-3 ; 2,2-4 / Ps 94 (95) / 2Tm1,6-8.13-14 / Lc 17,5-10

Les textes qu'on vient d'entendre nous parlent de la résurrection. C'est le cœur de notre foi. Dans la deuxième lecture St Paul nous invite à nous souvenir de Jésus Christ ressuscité d'entre les morts, St Paul qui est prêt, nous dit-il, à tout supporter des épreuves qu'il traverse pour pouvoir annoncer le salut que nous offre Jésus.

Être sauvé je vous rappelle que ça veut dire être libéré, être libéré de ce qui nous empêche d'être pleinement des vivants, être libéré de ce qui nous recroqueville, ce qui nous referme sur nous-mêmes, ce qui nous cloue au sol aussi. Être sauvé c'est être relevé, remis en route, c'est permettre que la vie reprenne le dessus, que la vie soit re-suscitée en nous.

Jésus est venu pour cela, il est venu pour l'annoncer en actes. Il l'a vécu en son propre corps, Dieu l'a sauvé du mal et de la mort : Dieu son Père l'a ressuscité. C'est le cœur de notre foi, c'est ce qui devrait être le moteur de notre vie, un moteur de confiance et d'espérance, si nous croyons en Dieu.

C’est ce que St Paul a essayé de nous dire avec ses mots à lui : « Si nous sommes morts avec lui, dit-il, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve (avec lui), avec lui nous régnerons ». Une à ncienne traduction liturgique disait : « Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons. » Ça veut dire quoi ? St Paul n'est pas en train de nous dire de souffrir en silence et que ça ira mieux plus tard et de nous dire qu'une fois morts nous serons consolés ; non, je crois que ce serait insupportable à entendre ! Ce que St Paul essaye de C nous faire comprendre c'est que si nous associons Dieu et Jésus à ce que nous devons traverser et ce que la vie nous oblige à traverser alors avec lui, Jésus, la vie sera plus forte que tout mal et que toute mort. C'est ça la Bonne nouvelle du salut, la Bonne nouvelle de la résurrection : avec Jésus, la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort. Demain, dans l'au-delà, mais dès ici-bas, maintenant. Avec lui. Non pas que nous n'allons pas mourir si nous l'associant à notre vie, nous le savons bien, non pas non plus qu'il n'y aura plus de mal et de souffrance, c'est ce dont nous rêverions parfois et du coup c'est ce qui éloigne finalement tant de gens de Dieu car Dieu ne les a visiblement pas protégé de la maladie et de la souffrance alors qu'ils le lui demandaient.

J'aime citer ce verset de l'évangile de Matthieu quand Jésus dit à ses disciples : « Venez à moi vous tous qui peinez... je vous donnerai le repos »… « Venez à moi, dit Jésus, venez à moi vous qui souffrez, vous qui ne comprenez pas le sens de cette vie, vous qui n'en pouvez plus ; et moi, dit Jésus, je vous donnerai le repos, la paix du cœur »… Il ne dit pas « Venez à moi et vous ne souffrirez plus », mais « Venez à moi, je vous donnerai le repos, au cœur de ce que vous traversez et subissez. Venez à moi, faites moi une place et je porterai avec vous le poids des jours et des épreuves et vous pourrez continuer à avancer et même à voir et recueillir la vie qui est là quand même, malgré tout, imperceptible parfois mais présente. Et parce que vous me ferez cette confiance là, nous dit Jésus, alors la vie pourra jaillir, la vie sera re-suscitée. »

Sauf que Paul ajoute une phrase qui peut nous chiffonner, nous déranger : « Si nous rejetons [Jésus], lui aussi nous rejettera ». Par contre (c'est moi qui ajoute le Par contre) « si nous manquons de foi, lui restera fidèle ». Qu'est-ce que Paul est en train de nous dire ? Tout simplement que Dieu ne s'imposera pas à nous, qu'il nous laisse libre. Il veut sauver tous les hommes, comme dit St Jean dans son Evangile, mais il ne peut pas nous sauver sans nous. Si nous le rejetons, si nous décidons de vive sans lui, alors il acceptera notre choix libre. Paul parle là du rejet conscient de Dieu, il ne parle pas de notre éventuel manque de foi car il a ajouté que si nous doutons, si nous ne sommes pas sûr, mais si nous voulons bien faire ce pari de confiance, même s'il est balbutiant, même si parfois nous délaissons Dieu ou si nous l'oublions, si nous osons nous retourner vers lui ou l'appeler au secours, alors il ne nous abandonnera pas car il est fidèle, fidèle à sa promesse de vie et de salut.

Je ne sais pas comment vous recevez ces mots… Je crois vraiment que c’est Bonne nouvelle ! C’est un appel à faire confiance en Dieu, et à essayer de d’apprendre à l’associer à ce que nous vivons, à lui confier nos joies et nos peines, nos colères aussi ou nos révoltes. Demandez-lui dans le silence de vos cœurs qu'il vous éclaire quand vous ne savez pas trop où vous en êtes, qu'il souffle en vous son amour et sa force de vie qu'on appelle l'Esprit Saint, qu'il vous éclaire sur ce que vous traversez, qu'il vous donne de voir dans telle rencontre ou tel événement, dans telle main tendue aussi ou telle parole qui redonne un peu de confiance et d'espérance, qu'il vous donne d'y voir et d'y recueillir la vie qui continue à faire son œuvre en vous, la vie qui est parfois re-suscitée et qui permet d'avancer ou de retrouver du sens à notre marche de chaque jour. Car c’est déjà résurrection ! Dès aujourd’hui !

Dans l'évangile qu'on a entendu il y a quelques instants, c'est exactement de cela dont il s'agissait. Jésus rencontre des lépreux... Une maladie terrible qui en plus vous excluait de toutes relations ; vous étiez du coup rejeté socialement et religieusement, et vous vous retrouviez condamnés à sonner une clochette sur votre passage pour que les gens soient avertis et qu'ils vous évitent !

Que fait Jésus dans notre évangile ? Il permet une rencontre. Il défie les peurs et les règles sociales. C'est déjà de l'ordre de la vie qui prend le dessus sur le mal et sur ces formes de mort que sont l’exclusion et la souffrance. Ces 10 lépreux redeviennent quelqu'un, ils peuvent exprimer leur désir. Et Jésus les guérit, en les envoyant aux prêtres comme le prévoyait la loi, pour que la guérison soit constatée et qu'une réintégration sociale et religieuse soit possible. Cette guérison, comme tous les miracles de Jésus dans les évangiles c'est un signe pour annoncer à tous que le salut est arrivé en Jésus, c'est pour nous dire à tous ce mystère et cette promesse de la résurrection et du salut que Dieu veut nous offrir…

Parfois nous serons comme les 9 lépreux qui ne sont pas revenus, nous ne nous serons pas rendus compte que Dieu est passé dans notre vie, qu'il nous a libéré ou sauvé. Un seul revient, nous à dit le texte. Un seul, « voyant qu'il était guéri ». J'entends que les 9 autres n'ont pas vu. Un seul a vu et il revient vers Jésus. Nous ne verrons pas toujours parce que nous ne serons peut-être pas guéris ou libérés comme nous aurions voulu nous, ou parce que nous n'avons pas perçu que c'était l'œuvre de Dieu. Parce que Dieu agit le plus souvent par nos mains d'hommes et de femmes qui prennent soin, il réconforte et console par nos paroles d'espérance et de vie ;il passe discrètement dans notre vie, sans s'imposer. Un seul des 10 lépreux revient, il a vu, il vient rendre grâce à Dieu... Combien d'entre nous qui ont vécu quelque chose de la vie qui reprend le dessus, la vie qui est re-suscitée, la vie qui est finalement plus forte que le mal qui nous assaillait, combien d'entre nous pensent à rendre grâce, à Dieu, c'est-à-dire à se tourner vers lui ?

Retenons en tout cas ce soir/matin cet appel à la vie, cette promesse de vie que nous rappellent ces textes, cette Bonne nouvelle de la résurrection et du salut : avec Dieu, avec Jésus, la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort. Car Dieu est là, Dieu sauve qui accepte de se laisser sauver et qui accepte déjà de lui faire cette confiance là. « Relève-toi, a dit Jésus au lépreux, et va : ta foi t'a sauvé ». Ta foi, c’est-à-dire ta confiance…

J'aimerais que nous en soyons convaincus, que nous osions y croire. Apprenons du coup à recueillir et reconnaître la vie qui passe et qui nous relève, et puissions-nous alors devenir toujours plus des témoins en actes de cette Bonne nouvelle, en consolant, en pardonnant, en redonnant confiance et espérance, et en permettant à celles et ceux qui nous entourent de se relever eux aussi ou de retrouver sens à la vie.

Nous prenons quelques instants de silence pour laisser tout cela résonner en nous et nous demandons au Seigneur sa force de vie qui s'appelle l'Esprit Saint, qu'il nous éclaire sur ce qui a déjà été résurrection dans notre vie et qu'il travaille nos cœurs pour que nous en témoignons concrètement et en actes pour d'autres…

Publié dans Homélies

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