Homélie dim. 30 octobre 2016

Publié le par Christophe Delaigue

31ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Eglise ND (samedi soir) / Eglise St JB – Bourgoin-Jallieu

Sg 11,23 – 12,2 / Ps 144 (145) / 2Th 1,11 – 2,2 / Lc 19,1-10

Cette histoire de Zachée, cette rencontre de Jésus avec Zachée, ça fait partie je crois de textes qu’on connaît plutôt bien ; et vous savez, je pense, que c’est un texte qu’on utilise souvent en catéchèse pour essayer d’expliquer ou d’illustrer ce qu’est le pardon. On nous dit de fait que Zachée est un pécheur – c’est comme cela que la foule parle de lui, la foule qui récrimine contre Jésus.

En méditant cette page d’Evangile je me suis dit : qu’est-ce qu’on pourrait entendre pour nous aujourd’hui, à quelques semaines de la fin de l’Année de la miséricorde ? En se rappelant que cette Année de la miséricorde nous avons été invités par le pape François à la vivre sous l’angle de l’appel de Jésus dans l’évangile de Matthieu : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »

Dans cette histoire, dans cette rencontre de Jésus avec Zachée, il est question de miséricorde. Zachée se laisse rejoindre par Jésus qui le voit perché dans son arbre ; une rencontre peut alors se vivre. Et dans cette rencontre c’est quelque chose de l’œuvre de Dieu qui est en train de s’accomplir ; et en même temps cette rencontre est comme un enseignement en actes de ce que nous devons vivre à la suite de Jésus pour devenir miséricordieux comme le Père est miséricordieux.

Jésus voit donc Zachée perché dans son arbre. Voilà une première chose à relever. Zachée, on nous a dit que c’est un collecteur d’impôt et même le chef des collecteurs d’impôts. Zachée il est sans doute jugé comme un « collabo », une « crapule », un profiteur du système parce qu’il travaille pour l’occupant romain. Et en plus on nous dit qu’il est riche, sous-entendu qu’il s’enrichirait sur le dos de ses frères juifs ? Zachée il a donc toutes les raisons de ne pas être très aimé… Essayez du coup d’imaginer Zachée au milieu de la foule, cette foule qui ne l’aime pas, cette foule qui est nombreuse et qui se presse là pour voir passer Jésus. C’est sûr que cette foule elle ne vas pas laisser la 1ère place à Zachée, au contraire. En plus, nous a dit le texte, il était de petite taille. Si vous êtes petit et que vous avez fait l’expérience de vous retrouver dans une grande foule compacte alors vous entendez que Zachée, au milieu de cette foule hostile, il risque sa vie. Il grimpe dans l’arbre… C’est une question de vie ou de mort… Je crois que cette rencontre – accueillir Jésus – c’est pour Zachée une question de vie ou de mort. J’insiste, même : la miséricorde c’est une question de vie ou de mort.

Je reviens à Zachée. On ne sait pas trop pourquoi il voulait voir Jésus. On ne nous dit pas qu’il avait conscience de son péché ou de faire du mal, non. On sait juste qu’il veut voir Jésus, que quelque chose le pousse à cela. C’est ça la foi : se sentir poussé à se laisser rencontrer par quelque chose qui nous dépasse… Sans doute qu’il sait que Jésus parle bien de Dieu, sans doute qu’il sait que Jésus fait des miracles, et ça l’attire…

Et voilà que l’improbable advient. L’improbable car si on s'imagine la scène, il y avait très peu de chances que Jésus voit ce petit homme perché dans son arbre avec toute cette foule qui doit être là autour de lui. Mais Jésus voit. Et il voit non pas le collecteur d’impôts, celui qui n’est pas aimable, il voit l’homme, il l’appelle par son prénom. Une rencontre est possible. Et cette rencontre est un acte de salut. Zachée existe même s’il est collecteur d’impôt et pécheur. Et parce qu’il existe dans le regard de Jésus et dans cette rencontre il devient lui-même et il sait alors ce qu’il doit faire pour réparer le mal qu’il a fait. 

Peut-être aurez-vous remarqué qu’il appelle Jésus « Seigneur », c’est le titre de Dieu ; Zachée reconnaît en lui, Jésus, la présence de Dieu. Dieu qui vient non pas pour les bien-portants, ceux qui pensent ne pas avoir besoin d’aide, Dieu qui vient non pas pour les riches, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas en manque d’autre chose que ce qu’ils ont et qu’ils amassent ; mais Dieu qui vient pour les petits et les pécheurs, Dieu qui vient pour celles et ceux qui ont besoin d’être consolés, aimés, pardonnés, accueillis, accompagnés, celles et ceux qui ont besoin d’une parole qui relève, qui redonne confiance et espérance au cœur de ce qui est traversé.

Nous croyons en un Dieu qui veut sauver, vous le savez, c’est-à-dire nous libérer de ce qui empêche de vivre, nous libérer de ce qui recroqueville, nous libérer de ce qui cloue au sol. Mais pour être sauvé, non seulement il faut reconnaître qu’on a besoin d’un Autre que soi, mais il faut accepter de faire un pas, de vivre la rencontre ; la rencontre avec Dieu, par exemple par les sacrements et la prière, et notamment l’eucharistie mais aussi le sacrement des malades ou celui du pardon, et puis la rencontre avec Dieu dans les évènements du quotidien où Dieu va passer, l’air de rien.

Et c’est parce que nous aurons fait l’expérience de cette miséricorde envers nous, c’est parce que nous aurons fait l’expérience d’avoir été consolés et pardonnés et d’avoir retrouvé espérance, que ce soit dans la prière ou par ces rencontres ou ces évènements qui donnent vie, que nous pourrons à notre tour le vivre avec d’autres et pour d’autres. C’est ça notre mission de disciples de Jésus – j’ai envie de dire : tout simplement. Et voilà ce qui arrive à Zachée : il pend conscience de ce qui fait sa vie, il accepte d’entrer dans le regard de Dieu sur lui, un regard qui aime, un regard qui garde confiance en chacun, quelque soit son histoire ou le mal qu’il ait pu faire, un regard qui provoque à la rencontre qui redonne vie. Au-delà des apparences ou des jugements spontanés qui réduisent l’autre à ce qu’on en voit… Entrer dans une dynamique de miséricorde.

La miséricorde, le pape François nous dit que c’est l’expérience de l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance. C’est aussi l’amour de Dieu qui panse les plaies et les blessures, qui chemine avec, qui va à la rencontre de l’autre. C’est ce que Dieu veut que nous vivions avec lui, et c’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie ; c’est aussi ce qu’il nous appelle à vivre, chacun à notre mesure, mais avec sa force qu’il nous donne et qu’il est lui-même, dans l’eucharistie justement. Nous célébrons Jésus qui vient établir sa demeure en nous, mystérieusement mais réellement, Jésus qui veut transformer notre vie de sa présence, Jésus qui est la miséricorde du Père qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance, Jésus qui a besoin de nous, ensemble et selon nos charismes, pour que la miséricorde soit vécu concrètement chaque jour avec celles et ceux que nous rencontrerons…

Nous allons prendre quelques instants de silence pour laisser ces paroles raisonner en nous. Peut-être pour rendre grâce pour les visages qui nous viennent de celles et ceux qui ont pu être des témoins pour nous de la miséricorde. Et puis pour confier au Seigneur là où nous avons besoin d’être rejoint aujourd’hui : nos peurs, nos angoisses, ce qui nous blesse ou nous enferme… Ensemble nous prenons ce temps du silence…

Publié dans Homélies

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