Homélie dimanche de la mission - 23 octobre 2016

Publié le par Christophe Delaigue

30ème ​dimanche du Temps Ordinaire / Année C - Journée missionnaire mondiale (dimanche de clôture de la Semaine missionnaire mondiale)

ND (Bourgoin-Jallieu, samedi soir) / Demptézieu 

Si 35,12-14.16-18 / Ps 33 (34) / Tm 4,6-8.16-18 / Lc 18,9-14

Je l’ai dit au début de la messe, nous célébrons aujourd’hui le dimanche de la mission. Comme dit le pape François – et notre évêque –, nous sommes tous appelés à être des « disciples-missionnaires » ; et nous avons à l’être dans la complémentarité de nos charismes respectifs mais aussi – c’est ce que nous rappelle pour une part cette Journée missionnaire mondiale – dans la complémentarité de nos cultures et de nos expériences ecclésiales, au-delà des frontières. 

C’est pour cela que nous devrions apprendre à toujours nous réjouir d’avoir par exemple dans notre paroisse un prêtre brésilien et un prêtre congolais mais aussi d’avoir parmi nous nos amis de la Communauté missionnaire Reine de la Paix. Mardi soir je fêterai avec eux leur deux années de présence et d’arrivée parmi nous ; c’est un vrai motif de joie, même si ça déstabilise certains Dauphinois ou Français que nous sommes qui pensent parfois qu’on n’a pas besoin des autres ou de se laisser évangéliser par d’autres. En tout cas leur présence et leur culture missionnaire autre c’est un appel à s’enrichir et se laisser renouveler, dans le dialogue et la rencontre. Ça vaut aussi entre nous, au cœur de nos différentes spiritualités, de nos différents charismes mais aussi de nos différents états de vie ou nos différentes responsabilités. Nous recevoir les uns les autres comme un don que Dieu nous fait, dans la complémentarité bienheureuse de ce que nous sommes chacun ! Je crois vraiment que vivre les choses ainsi, apprendre à se recevoir les uns les autres comme un don de Dieu, ça rendrait la vie bien plus simple et bien plus féconde pour tous, notamment dans la paroisse, dans toutes nos relations !

Quoi qu’il en soit, les textes qu’on vient d’entendre, qu’est-ce qu’ils peuvent nous dire au cœur de cette messe pour la mission ? Pour devenir disciples-missionnaires notre 1er appel c’est d’être disciples, c’est se mettre à l’école d’un maître ; pour nous ça veut dire se mettre à l’écoute de Jésus et donc de la Parole de Dieu, et ça veut dire aussi apprendre à se tenir dans le silence face à lui et apprendre à percevoir en nous ce qu’il Souffle, au cœur de ce qui nous habite.

L’évangile qu’on vient d’entendre nous met justement dans ce contexte de la prière et du comment je me situe face à Dieu – et du coup dans ma relation aux autres. Jésus nous a raconté une histoire. C’est presque caricatural ; il veut qu’on comprenne le message ! Il nous met face à deux personnages. Il y a le pharisien, celui qui sait tout comme il faut de qui est Dieu et de ce qu’on doit faire pour lui plaire, celui qui dit comment il fait tout bien, mais celui qui du coup se permet de juger les autres. Avec ce truc quand même vraiment étonnant, je ne sais pas si vous avez remarqué, que dans la prière qu’il formule, on dirait que Dieu n’est qu’un prétexte. C’est une prière en « moi je ». Le pharisien parle plus de lui qu’à Dieu ; et en plus il parle de lui dans la comparaison et le jugement de l’autre. « Regarde Seigneur comme je suis bien »…

C’est malheureusement une attitude qui nous guette parfois, y compris à l’intérieur de nos communautés chrétiennes, quand on se permet de se juger ou de se critiquer sans dialogue ou quand on pense qu’on est mieux que l’autre au nom de notre spiritualité, ou au nom de nos engagements ou de notre façon de les vivre, ou en raison de notre culture ou de je ne sais quoi d’autre.

Je reviens à l’histoire de Jésus. Face au pharisien, un publicain, c’est-à-dire un collecteur d’impôts, quelqu’un qui a choisi de travailler pour l’occupant romain en ponctionnant largement ses frères juifs et en s’assurant ainsi la protection de l’envahisseur. Dans notre vocabulaire on pourrait dire un « collabo »… Je ne suis pas en train de juger, d’ailleurs Jésus appellera Matthieu à devenir apôtre, or il était publicain ; pensez à Zachée aussi. Ce publicain de notre évangile, Jésus le montre  en exemple parce que dans sa prière nous voyons que c’est quelqu’un qui s’en remet à Dieu. Il a conscience de sa petitesse, de sa faiblesse, il a conscience qu’il est loin d’être parfait, qu’il n’est sans doute pas aimable à cause de ce qu’il fait ; il sait qu’il ne peut pas grand chose de lui-même. Il se tourne vers Dieu, il est dans cette espèce de confiance que Dieu seul peut quelque chose pour lui.

C’est ça être disciple : c’est croire qu’un Autre peut me guider, croire que j’ai tout à apprendre de ce maître que je décide de suivre, et c’est donc se mettre à son écoute, c’est faire de lui celui qui va orienter ma vie et mes choix. Non pas que je sois meilleur que d’autres, mais justement, parce que je sais que je ne fais pas toujours les bons choix, parce que je sais que la vie me dépasse et que je me sens parfois perdu, parce que je fais l’expérience que je ne peux être moi-seul le maître de ma vie, j’accepte de faire de cet Autre qu’est Dieu celui qui va me guider et orienter mes choix. Et pour cela je vais me donner les moyens de mieux le connaître, par exemple par l’écoute de la Parole, mais aussi en apprenant à lui faire place concrètement, par la prière ou en allant à la messe…

Et c’est parce que la présence de Dieu dans ma vie et le message de l’Evangile ça va donner sens à ma vie que je vais vouloir que d’autres le découvrent aussi, et donc que je vais vouloir qu’ils découvrent qu’il y a un Dieu qui est là, un Dieu qui nous aime, un Dieu aussi qui attend chacun de nous sans s’imposer, un Dieu que je peux prier et qui peut porter avec moi ce que la vie me donne de traverser, un Dieu qui me promet sa force de vie et d’amour qui s’appelle l’Esprit Saint, un Dieu qui veut me sauver, c’est-à-dire me libérer de tout ce qui me replie sur moi ou qui me cloue au sol, un Dieu qui me dit qu’il a besoin de nous pour être ses mains qui vont prendre soin ou sa voix qui va redonner confiance et espérance… Si ça me fait vivre, si ça a du sens pour moi, je vais vouloir le dire à d’autres, je vais vouloir l’annoncer – c’est logique – !

Mais pour que je sois crédible ça ne peut pas être que des idées ou des mots, il va falloir que ça s’incarne concrètement. Rappelez-vous, je le cite souvent, c’est Jean Vanier qui dit : « Jésus ne te demande pas seulement de dire aux gens que Dieu les aime, il te demande de les aimer concrètement au nom de Dieu et de l’Evangile »…

Annoncer en paroles et en actes, c’est ça être missionnaire ! Et pour que ce soit l’œuvre de Dieu et pas seulement la nôtre, selon nos seuls critères à nous, il faut qu’on le vive dans la prière, avec Jésus, en prenant force aussi dans l’eucharistie.

Alors puissions-nous accueillir ce mystère, tout à l’heure, dans une attitude proche de celle du publicain, une attitude intérieure qui dise au Seigneur : « Seigneur Jésus, j’ai besoin de toi, de ton amour, de ta présence. Viens me rejoindre, là où j’en suis aujourd’hui. Sois ma force dans ce que je vis ; sois ma force aussi pour que je devienne à ma mesure témoin pour d’autres de ta présence et de ton amour. Amen. »

 

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Pour en savoir plus sur les Œuvres pontificales missionnaires qui sont destinataires de la quête impérée de ce dimanche...

 

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