Homélie dim. 13 nov. 2016

Publié le par Christophe Delaigue

33ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Eglise St Jean-Baptiste, Bourgoin-Jallieu (avec baptême)

Ml 3,19-20a / Ps 97 (98) / 2 Th 3,7-12 / Lc 21,5-19

Je vous l’accorde, tout cela n’est pas très facile à entendre ! Qu’est-ce que Jésus veut donc nous dire ?!

Il y a deux choses à ne pas oublier pour bien comprendre, du moins pour essayer !

  • Premièrement que nous entendons ce texte parce que c’est la fin de l’année liturgique, ça peut éclairer ou plutôt guider ou orienter notre écoute !
  • Et deuxièmement quand Jésus dit de telles paroles, il s’adresse à ses disciples, pas à la foule dans son ensemble, ce qui veut dire qu’il s’adresse à celles et ceux qui ont entendu ses autres appels d’Evangile, celles et ceux qu’il a formé à entrer dans la dynamique de miséricorde et de résurrection à laquelle le Père nous appelle, celles et ceux qui sont familiers de la Parole de Dieu et qui savent donc les promesses de vie qui nous ont été rappelées en finale de la 1ère lecture, celles et ceux qui ont confiance que quoi qu’il arrive, au travers des épreuves de ce monde et au travers du mal galopant en ce monde, Dieu est là, Dieu vient, Dieu veut nous sauver… Les disciples de Jésus ils ont ça en tête, il faut nous aussi que nous entendions ces paroles avec cet arrière fond…

Il semblerait qu’on nous prédise dans ces mots d’évangile ce qui peut ressembler à la fin du monde. C’est catastrophique et affolant ce que Jésus annonce… Et figurez-vous que ça a eu lieu… Oui, le Temple a été détruit, c’était en 70 après Jésus Christ. Oui, il y a eu des persécutions des premiers chrétiens, pendant les premiers siècles, jusqu’à ce que l’empereur se convertisse et qu’il oblige tout le monde à devenir chrétien comme lui. Le sang des martyrs a coulé mais ils ont tenu dans la foi, ils ont été habités d’une confiance et d’une espérance parfois inébranlable, ils ont eu les mots, l’Esprit Saint était avec eux. On le voit déjà dans le livre des Actes des Apôtres… Et ça c’est transmis… jusqu’à nous…

Et aujourd’hui encore, dans les pays du Moyen-Orient où des chrétiens sont mis à mort ou violentés au nom de leur foi, je suis impressionné par cette force de foi et de vie qui les habite, cette force de foi et d’espérance qui semble être un moteur de vie ! Jésus, Dieu, ça n’est pas que des idées, ils y croient, ils sont prêt à donner leur vie pour avoir le droit d’en vivre. La résurrection, Dieu, ce ne sont pas que des hypothèses ou une vague consolation éventuelle, il y a bien quelqu’un, pour eux, avec eux, quelqu’un qu’ils aiment, quelqu’un pour qui ils sont prêts à rester fidèles, quoi qu’il arrive. Et elles sont impressionnantes les images des premières célébrations à Mossoul, ces dernières semaines, quand nos frères et sœurs chrétiens ont pu retrouver leur cathédrale, complètement dévastée, mais que là, au milieu des décombres ils ont célébré. C’était le plus important pour eux, aussi important que de retrouver les restes de leurs maisons et s’y installer, parce que Dieu est leur force. Ça ne veut pas dire qu’ils ne souffrent pas, qu’ils ne doutent pas, que certains ne renient pas, dans une même famille, comme nous le dit parfois l’évangile dans certaines annonces des persécutions à venir, mais ils sont nombreux à rester fidèles, à puiser leur force de vie dans leur foi, franchement pas plus évidente que pour nous, mais solide, ancrée, une foi qui est confiance en quelqu’un qui est là, quelqu’un qui ne va pas abandonner, quelqu’un qui promet la vie, au cœur des tempêtes comme des passage de la mort. Ils ont foi. Leur vie est centrée sur l’Essentiel, Jésus ressuscité… Ils sont pour nous des témoins… Et ils m’impressionnent…

Jésus – je reviens à notre page d’évangile – a donc ce matin des propos difficiles à entendre… Il y aura dans ces temps qui sont les derniers des évènements troublants et violents. Il y en a eu, il y en a encore. Mais il nous assure qu’il est là, qu’il est en acte de révélation. La question pour nous : c’est saurons-nous l’accueillir, saurons-nous mettre sa présence et ses promesses de vie au cœur de ce qui fait notre quotidien, saurons-nous le mettre, lui Jésus, à la 1ère place, pour qu’il soit notre force ? Le mettre à la 1ère place ça veut dire avant le reste, excusez-moi cette évidence, et donc, par exemple, avant de compter sur nos seules forces, mais aussi, exemple concret, au cœur de nos choix paroissiaux et donc bien avant nos histoires de clochers ou de sensibilités spirituelles voire de plannings de messes. C'est aussi la question de sa place dans notre agenda du week-end et du dimanche...

Quels sont les tremblements de terre qui nous assaillent aujourd’hui, chacun, que ce soit de grandes épreuves, ou des peurs ou je ne sais quoi qui nous paralyse ? Là, Jésus vient. C’est ce qu’il nous dit, c’est ce qu’il promet. C’est ce que nous célébrerons tout au long de l’avent qui commencera bientôt. Il est venu, il reviendra définitivement et pleinement, mais chaque jour il advient, si nous l’accueillons. Il est là, il passe dans nos vies. Il veut se donner à entendre par sa Parole que nous avons proclamée et que parfois nous écoutons seulement d’une oreille alors que par ces mots c’est Dieu lui-même qui veut s’dresser à nous. Il vient dans le mystère de l’eucharistie qui devrait être notre rdv de chaque semaine pour puiser force en Dieu, pour lui rendre grâce de la venue de Jésus, pour écouter sa Parole de vie, pour prier, demander pardon de nos manquements d’évangile mais aussi confier les cris de ce monde. Dieu est là, Dieu vient, Dieu passe, Dieu nous visite aussi dans les plus petits qui viennent nous bousculer. Avons-nous su le voir, le recevoir, en cette année liturgique qui va toucher à sa fin ? Nous sommes-nous laissé visiter et renouveler par l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance, cet amour qu’il a pour nous, cet amour qu’il nous communique par l’Esprit Saint mais aussi par les frères et sœurs qui croisent nos routes ?

Jésus nous annonce ce matin la fin d’un monde… Il y a du mal, nous le savons bien. Il y a des choix politiques, économiques et sociétaux qui nous rendent partie prenante de ce mal. Il y a notre propre péché, nos difficultés à aimer ou à vouloir aimer. Au cœur de tout cela, Jésus passe et vient encore. J’entends ce matin un appel à laisser tomber ce qui ne nous centre pas sur l’essentiel pour déposer en lui ce mal qui nous touche ou nous traverse pour qu’il vienne se révéler, déposer en lui ce qui nous assaille de questions ou de souffrance aussi pour qu’il vienne porter avec nous, qu’il vienne consoler, soigner, guérir. Qu’avec lui, Jésus, nous devenions alors des témoins humbles mais concrets d’un amour qui peut se répandre et sauver le monde, dans le dialogue, l’accueil de l’autre, le pardon, l’écoute et le cheminement avec celles et ceux qui sont mis sur notre chemin. Et qu’on s’y aide, qu’on se soutienne, qu’on prie ensemble aussi pour discerner ce que l’Esprit nous souffle, pour entendre quels choix il va falloir poser ou ce qu’il va falloir dénoncer et comment, dans un esprit d’évangile, toujours.

Vraiment j’aimerais qu’on entende cela ce matin. Jésus ne nous annonce pas des catastrophes, mais il veut qu’on entende qu’au milieu du catastrophisme de ce monde il est là et qu’il sera là avec nous. Avec nous, et par nous. D’ailleurs quand nous allons communier tout à l’heure encore, nous recevons le sacrement de sa présence, le Corps du Christ, et nous devenons ce que nous recevons, comme un appel. Nous devenons ensemble sacrement de sa présence pour ce monde traversé par le mal. Et il demeure avec nous, force et présence, amour qui console et veut consoler, qui pardonne et veut pardonner, présence d’espérance.

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