Homélie dim. 20 nov. 2016

Publié le par Christophe Delaigue

34ème dimanche du Temps Ordinaire – Solennité du Christ Roi de l'univers / Année C

Eglise ND (samedi soir) / Eglise St JB – Bourgoin-Jallieu [1]

2Sa 5,1-3 / Ps 121 (122) / Col 1,12-20 / Lc 23,35-43

C’est quoi ce roi qu’on nous donne à contempler ? Roi de l’univers en plus ? ça veut dire quoi ? Un roi c’est puissant et ça commande ! Côté commandement, il nous en a laissé : aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. Pourquoi pas ! Mais un roi ça siège sur un trône ! En guise de trône je ne vois que la croix, trône bien méprisable… Un roi, ça mobilise les foules et une armée pour montrer sa puissance ! Au pied de la croix, ils sont où ce peuple prêt à défendre son roi ? C’est quoi ce roi et il est roi de quel genre de royaume ? Et nous, est-ce que nous sommes vraiment prêt à être son armée ? Mais quel genre d’armée ?

Cette fête du Christ-roi et ce texte qu’on vient d’entendre viennent bousculer, nos représentations. De cette royauté nouvelle annoncée par Jésus et du coup de Dieu lui-même ! C’est pour une part ce que nous dit l’un des deux malfaiteurs qui est en croix avec Jésus : « N’es-tu pas le Christ – c’est-à-dire le Messie, le libérateur, l’envoyé de Dieu – ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » Et juste avant le larron, la foule n’a pas dit autre chose : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »

J’ai envie de dire : on les comprend ! C’est quoi ce dieu qui ne fait rien, ce dieu qui reste silencieux et désarmé, et qui se laisse mettre à mort ! C’est vrai que ça a quelque chose de révoltant ! D’autant plus si on attend un dieu tout-puissant au sens d’un dieu très fort, un dieu magicien qui réponde à toutes nos demandes ou qui s’impose par des choses qui en mettent plein la vue, ou si on s’imagine un dieu qui soit une sorte de roi puissant qui fait ce qu’il veut, comme il veut, quand il veut, avec qui il veut…

Le Dieu auquel je crois, ce n’est pas ce dieu là, ce dieu qui interviendrait à sa guise dans le monde et donc dans ma vie. C’est sûr que parfois ça m’arrangerait moi aussi, je suis bien d’accord. Mais ce serait finalement un dieu à ma mesure, dépendant de ma volonté ; donc pas si tout-puissant que cela… Le Dieu auquel je crois, c’est vraiment le Dieu de Jésus Christ, celui que Jésus me fait découvrir ; Jésus qui pourtant meurt sur la croix comme un moins que rien et un bandit… Quel drôle de « roi » que nous fêtons ?! …

Cette page d’évangile, elle me bouleverse. Vraiment. Ça n’est pas que des mots. Je suis ému de cette scène qu’on a entendue et qui dit le cœur de notre foi chrétienne, à savoir ce qu’on célèbre à Pâques, en plein cœur de l’année liturgique ; Pâques, c’est le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus… En voilà une forme décalée de toute-puissance, en fait : la vie, avec Jésus, est plus forte que tout mal et que toute mort ; si ça ce n’est pas de l’ordre de l’impossible, de l’impensable et donc du génial, alors je ne sais pas ce qu’il nous faut ! Là il y a quelque chose de franchement puissant ! Sauf que c’est tellement trop, qu’on finit par ne plus y croire. Parce qu’en fait on aimerait bien que Dieu soit tout-puissant, mais raisonnablement, ou plutôt dans notre sens à nous, comme ça nous arrange. Et là, la résurrection ça paraît tellement incroyable qu’on décide que ça n’est pas vrai parce qu’humainement et rationnellement ça paraît impossible.

La foule réclamait de Jésus qu’il se sauve lui-même mais elle ne veut pas reconnaître après sa résurrection qu’il a été sauvé. Parce que ça ne s’est pas passé comme on aurait voulu, dans de grands coups de tonnerre et dans de grands éclats de lumière, comme dans un film hollywoodien. Ça s’est passé de nuit, à l’abri des regards ; et ça ne s’impose pas, c’est laissé à notre liberté de croire ou de ne pas croire.

Et dans ce texte, aujourd’hui, je suis touché par l’attitude de Jésus. S’il est sur la croix, Jésus, et s’il y reste, c’est parce qu’il ne sauve pas sa peau. Il aurait pu se cacher pour ne pas être arrêté ; il aurait pu tout mettre en œuvre d’une puissance divine pour se libérer. Mais non. Il ne sauve pas sa peau. Il assume la radicalité de sa vie et de son message d’amour qui l’ont conduit jusque là. Il décide de traverser lui aussi ce passage terrible de nos vies qu’est celui de l’épreuve de la souffrance, de l’abandon et de la solitude, et même de la mort. Il nous accompagne jusque là, et jusqu’au bout. Il ne se défile pas, il ne sauve pas sa peau… Par contre, dans sa mort et dans sa résurrection, il nous assure qu’un salut est possible, qu’une libération va avoir lieu ; il témoigne en son corps que la vie et le don de soi par amour seront et sont plus forts que tout.

Très concrètement pour nous, ça a plusieurs conséquences. Ça veut déjà dire que dans nos épreuves de souffrance et de maladie et dans cette épreuve de la mort que nous aurons nous aussi à traverser, eh bien Dieu ne nous abandonnera pas et ne nous laissera pas seuls, si nous lui faisons une place avec nous, comme le larron qui se tourne vers Jésus.

C’est beau, d’ailleurs, ce dialogue qu’ils ont : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Règne ». Alors qu’il parle d’un règne à venir et donc d’une espérance pour demain, pour un au-delà, Jésus lui répond au présent, pour maintenant, pour l’aujourd’hui de notre vie : « Amen, je te le dis: aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ». Certes ils sont tous les deux aux portes de la mort, mais cet « aujourd’hui » indique que ce n’est pas que pour un futur, ailleurs, c’est déjà aujourd’hui. Il est déjà instauré ce règne, par la venue de Jésus. Il est déjà là ce Royaume de Dieu que Jésus n’a pas cessé d’annoncer tout au long de sa vie publique. Il est déjà à l’œuvre par tout ce que Jésus a fait et dit, et il nous a été confié par Jésus ressuscité pour que nous le fassions grandir et advenir. En nous, entre nous aussi, mais également autour de nous.

C’est un royaume qui ne s’impose pas mais qui nous est proposé. Et c’est un royaume qui n’est pas tout décidé d’avance, il est ce que nous en ferons. A nous d’œuvrer pour plus de paix, d’amour et de justice ; mais pour de vrai, pas à coup de mots ou idées ou de promesses ; à nous de combattre à notre mesure les formes de mal, de pauvreté et d’exclusion qui sont là à notre porte. A nous de permettre à chacun d’avoir part à ce Royaume où Dieu veut que tous les hommes et toutes les femmes aient leur place, s’ils le veulent…

Je ne sais pas ce que nous retiendrons de ce texte et de ce que j’ai essayé de vous partager. Permettez-moi juste de vous dire que c’est vraiment en ce Dieu là auquel je crois : un Dieu qui me laisse libre de le suivre ou pas, de lui faire confiance ou pas ; et un Dieu qui certes ne supprime pas la souffrance ou les épreuves de nos vies mais qui veut nous aider à les traverser, comme lui, si nous l’associons à ce qui nous tombe dessus. Un Dieu dont les premières paroles après la résurrection seront celles du don d’une paix intérieure, d’une paix du cœur. Un Dieu qui m’appelle aussi à devenir miséricordieux comme lui, c’est-à-dire un Dieu et un roi qui veut que nous soyons une armée de témoin en actes d’un amour qui console, qui pardonne et qui redonne espérance, un amour aussi qui veut bien apprendre à prendre soin de l’autre qui est là et qui en a besoin…

Alors… Voulons-nous en être de cette armée et de ce royaume ? Nous demandons au Seigneur sa force et qu’il nous souffle où il nous attend pour vivre sa mission avec lui !

 


[1] Le dimanche, « messe des familles pour tous » avec entrée en Eglise de deux catéchumènes adultes.

---------------

L'icône de la miséricorde illustrant cette homélie a été réalisée à la demande et pour la communauté de Taizé par l'atelier St Jean Damascène de St Jean-en-Royans (dans la Drôme) pour l'Année de la miséricorde.

Publié dans Homélies