Homélie dimanche 18 décembre 2016

Publié le par Christophe Delaigue

4ème dimanche de l’Avent / Année A

Eglise St Jean-Baptiste, Bourgoin-Jallieu [1]

Is 7,10-16 / Ps 23 (24) / Rm 1,1-7 / Mt 1,18-24

Franchement, on pourrait dire qu’il n’a pas de chance, Joseph… Alors qu’il est quasi marié – ce qui, en soi, est une bonne nouvelle – voilà que celle qui lui est promise attend un enfant qui n’est pas de lui. Je ne suis pas sûr que ça choquerait beaucoup nos contemporains aujourd’hui… Et pourtant… à l’époque de Joseph c’est en tout cas un vrai scandale, et la loi prévoyait que le futur mari répudie sa future femme, en public ; tout le monde saurait alors qu’elle est une femme de mauvaise vie et personne ne s’occuperait ni d’elle ni de son enfant. C’était la loi.

Mais Joseph est un homme juste, nous a dit l'évangile. Il est bon. Vous l’avez entendu, il ne veut pas faire d’histoire, il ne veut pas en rajouter et jeter la honte sur celle qui lui était promise. Il décide donc de la renvoyer en secret. C’est comme s’il vivait déjà comme par anticipation ce que Jésus appellera le commandement de l’amour : aimer son prochain, quoi qu’il arrive. Aimer à la suite de Jésus c’est vouloir ou accepter, quoi qu’il arrive, d’ouvrir un avenir à l’autre, quel qu’il soit, quelle que soit son histoire ou le mal qu’il ait pu faire. C’est permettre à l’autre de pouvoir grandir et avancer quand même sur le chemin de sa vie sans être enfermé dans le mal ou les erreurs qu’il a pu faire, c’est croire qu’un pardon est possible, croire que chacun a le droit de vivre… Joseph décide donc de répudier Marie en secret – il ne lui fera pas un procès sur la place publique.

Mais voilà que Dieu en a décidé autrement. Jésus naîtra bien dans cette famille qui le rend descendant du roi David, par Joseph, et Jésus ne naîtra pas comme le fils d’une femme de mauvaise vie car Marie est au contraire celle qui sait vivre à l’écoute des appels de Dieu et qui n’a fait que répondre aux promesses de Dieu… Dieu décide donc d’intervenir. Et comme pour nous, comme dans nos vies à nous, ça ne se passe pas à coups de baguette magique, avec je ne sais quel tour de passe-passe qui s’imposerait à nous. Non, Dieu souffle quelque chose dans le cœur de Joseph. Tout se passe dans un songe, dans une sorte d’intuition que Joseph va avoir… Dieu a pris un risque. Celui que Joseph se réveille en se disant qu’il a fait un mauvais rêve et que du coup il n’en tienne pas compte. Dieu ose s’en remettre, dans la confiance, en la liberté de Joseph et en sa capacité à entrer lui aussi dans une confiance, une sorte de confiance folle ou aveugle…

Et figurez-vous que Dieu fait pareil avec nous, si on y regarde de près ! Il nous souffle des choses, dans le cœur, par la voix de notre conscience ou dans telle intuition ou désir de vie que nous avons, ou encore dans telle rencontre ou tel évènement qui vient nous bousculer et qui nous pousse à chercher du sens à ce que nous sommes en train de vivre ou qui nous redonne une lueur d’espérance… Parfois nous décidons de suivre cela, parfois au contraire nous préférons ne pas entendre ou ne pas voir et rester dans ce qui paraissait la logique des choses…

Dieu s’en remet à la confiance à Joseph ; et Joseph, lui, il ose entrer dans la confiance en ce qu’il ne comprend pas mais qu’il pressent peut-être comme pouvant être un chemin de vie, car c’est un chemin qui est conforme à l’espérance de foi qui est la sienne et celle de son peuple – je vous rappelle qu’à l’époque on attendait le Messie, l’envoyé de Dieu, le sauveur que Dieu avait promis. Et Joseph décide donc de s’ouvrir à cette « chose » étonnante qui lui vient et il décide d’accueillir le Fils de Dieu, d’être pour lui ce père dont il aura besoin pour grandir.

Sans doute qu’il n’y comprend pas grand-chose, Joseph – mais je le dis souvent, croire ce n’est pas tout comprendre, c’est d’abord faire confiance. Il n’y comprend pas grand-chose, Joseph ; et nous, avouons-le, ça nous dépasse aussi cette foi que nous avons ou cette Bonne Nouvelle qu’on nous annonce d’un Dieu qui veut venir à notre rencontre ; nous n’y comprenons pas grand-chose ou en tout cas il nous faut du temps pour faire nôtre cette Bonne Nouvelle, la faire nôtre concrètement et pour de vrai. C’est pourtant ce que nous allons fêter dans quelques jours !

Joseph prend le risque de faire confiance et d’ouvrir sa maison et sa personne à celui qui vient, à celui qui est annoncé, à celui qui vient sauver le peuple… Et c’est la même chose qui nous est proposée à Noël comme à chaque eucharistie : nous ouvrir à celui qui est là, qui frappe à notre porte, celui qui nous promet qu’il est avec nous pour tout-jours.

Il est celui qui se prénomme « Le Seigneur sauve » – Jésus –, lui qui est aussi l’Emmanuel – « Dieu avec nous ». C’est beau, je trouve, ces deux prénoms ; deux prénoms qui sont les deux facettes d’une même réalité, deux facette d’une même mission et d’une même identité de Jésus : Dieu nous sauve quand il est avec nous et donc quand nous voulons l’accueillir, lui faire une place chez nous – c’est le gage de notre liberté. Et voulant nous sauver, voulant venir nous rejoindre pour nous aider à traverser la vie et à lui donner un sens, il se rend proche de nous… Mais il n’est pas simplement là, passif, en train de nous regarder nous débattre avec la vie. Il veut nous sauver, il veut que nous nous laissions sauver, que nous apprenions à l’accueillir et à recueillir sa présence à nos côtés…

Certains d’entre vous font l’expérience qu’il en faut des années dans une vie pour se laisser rejoindre, pour s’ouvrir vraiment, même quand on a la foi. Et vous faites cette expérience bouleversante que lorsque Dieu vient comme naître ou renaître en vous, alors vous naissez ou vous renaissez à vous-mêmes et que ça change votre vie…

C’est ce que je souhaite à chacun d’entre nous, en cette période de Noël… Car à Noël, je le redis, nous fêtons Dieu qui veut naître en chacun de nous pour être porté au monde aujourd’hui, Dieu qui veut éclairer notre monde de sa présence et y apporter sa paix. C’est même ce que nous célébrons en fait à chaque eucharistie, à chaque messe… Je prie pour que nous osions croire en cela, que nous osions ouvrir notre cœur et notre vie à Dieu, que nous nous laissions aimer et rejoindre par sa présence mystérieuse mais bien réelle…

Nous pouvons prendre quelques instants de silence pour lui confier ce que ces mots éveillent en nous, et nous lui demandons pour aujourd’hui et pour cette fête de Noël qui approche sa lumière et sa paix…

 


[1] Le samedi en fin d’après-midi à Ruy avec Foi et Lumière (et une entrée en Eglise) et avec des familles de la catéchèse.

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