Homélie dim. 4 déc. 2016

Publié le par Christophe Delaigue

2ème dimanche de l’Avent 2 / Année A

Eglise St Jean-Baptiste (BJ) / Petites sœurs des Maternités catholiques [dim. soir]

Is 11,1-10 / Ps 71 (72) / Rm 15,4-9 / Mt 3,1-12

Quand j’entends cette page d’évangile et que je vous regarde, excusez-moi mais ça me fait un peu sourire… Ce qu’on vient d’entendre c’est une parole que Dieu nous adresse, difficile, violente même. Et nous l’écoutons paisiblement et même passiblement… Pire encore, on se fait insulter par Jean-Baptiste, mais on écoute ça la bouche en cœur… Jean-Baptiste nous a traité d’« Engeance de vipères », je ne sais pas si on se rend bien compte ! C’est comme il y a quelques semaines quand dans le livre d’Amos, je crois, je ne sais plus quel dimanche – j’étais à St Savin, fin septembre il me semble –, le prophète Amos s’adressait à Israël, et donc à nous, en nous appelant « Bande de vautrés ». On écoute, on hoche de la tête… et on passe à autre chose…

J’aimerais qu’on se laisse bousculer par ce qu’on vient d’entendre. Alors on pourra comprendre en quoi ça nous concerne nous aujourd’hui et comment ça vient nous éclairer pour ce temps de l’Avent qui nous est offert comme une chance ou, pour le dire autrement, comme un temps de grâce qui va nous permettre d’entrer dans déjà dans le mystère de Noël, le mystère de l’avènement de Jésus, de sa venue, le mystère de Dieu qui veut naître aujourd’hui encore à notre monde pour y établir son Royaume de paix et de réconciliation, comme nous l’a rappelé la 1ère lecture avec ce tableau un peu idyllique que nous a dépeint Isaïe.

Ça contraste d’ailleurs avec Jean-Baptiste. Jean-Baptiste, je le redis, qui veut nous réveiller d’une espèce de torpeur ou de sommeil, celui de la foi qui s’installe : je suis chrétien, je vais à la messe, c’est normal ou ça me fait du bien [ou c’est la règle, si je suis religieuse], tout va bien, etc.

« Engeance de vipères » nous dit Jean-Baptiste ; « Pharisiens hypocrites », dira Jésus ; « Bande de vautrés » dans la foi, s’exclamerait Amos; « quand est-ce que vous allez vous bouger ? Quand est-ce que vous allez vivre une vie en adéquation avec les appels de Dieu dans sa Parole et notamment dans l’Evangile ? Convertissez-vous, bon sang, il vient, il veut vous visiter, le Messie de Dieu, ça ne peut pas vous laisser indifférent, ça doit changer quelque chose ! Allez y, laissez-vous bousculer et déranger, sortez de votre sommeil ! »

Voilà ce qu’on doit entendre, et j’espère que ça nous réveille un peu ! « Convertissez-vous », nous dit Jean-Baptiste, c’est-à-dire, si j’en crois la citation du prophète Isaïe que Matthieu ajoute, « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers », « en vous, et autour de vous, dans votre vie et dans ce monde ; c’est votre mission, il attend, il arrive, il vient, Jésus »…

Alors demandons-nous… Qu’est-ce qui très concrètement fait aujourd’hui obstacle, peut-être, à la venue de Jésus dans ma vie de tous les jours et dans mon quotidien… Comment faire pour apprendre à guetter son passage ? Comment faire pour apprendre à vivre mieux ses appels d’Evangile ? Comment faire pour permettre à la paix dont parlait Isaïe dans notre 1ère lecture, de grandir, de s’installer, d’être réelle et pas qu’une idée pieuse ? Demandons-nous qu’est-ce qui dans ma vie de tous les jours ne sert pas la paix et la réconciliation autour de moi et avec celles et ceux que je suis obligé de côtoyer, dans ma famille ou ma communauté, dans mon travail ou mes engagements, dans la rue aussi ? Qu’est-ce qui me freine dans ma relation aux autres, qu’est-ce qui dresse des barrières entre nous ou qui me provoque à des jugements ?

St Paul a dit dans la 2ème lecture qu’en Christ il n’y a plus les juifs d’un côté, ceux pour qui Dieu réserverait ses promesses, et les nations de l’autre, comme si un mur infranchissable nous séparait. Dans une autre lettre il le dit autrement: « Il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre »… Ne mettons-plus du coup des séparations, des barrières, des jugements, entre nous, donc, entre nous qui nous reconnaissons du Christ, et donc entre nous qui avons différentes sensibilités spirituelles et ecclésiales que nous dressons comme des paravents qui nous protégeraient ou comme des étendards de je ne sais quelle guerre que nous pensons sans doute sainte ; entre nous aussi de différents Relais, la ville et les villages, ceux qui ont la messe régulièrement ou ceux qui se sentent un peu en marge…

Qu’est-ce qui est le plus important ? Ce temps de l’Avent n’est-il pas ce temps qui nous est offert pour qu’on réentende que quoi qu’il arrive, ce qui doit compter seul, c’est Jésus ; c’est que Jésus vient aujourd’hui encore naître à notre monde, et qu’il a besoin de nous pour que son Royaume advienne ? Concrètement. En vivant concrètement l’appel à nous aimer les uns les autres, l’appel aussi à prendre soin du pauvre et du petit, en vivant en dynamique de miséricorde, vous savez l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance…

Concrètement, comment faire toujours plus de place au Seigneur qui nous visite et qui vient donner sa paix, qui veut nous la donner à chacun, en nous, et qui veut que nous la répandions ? Comment faire toujours plus de place, du coup, au pardon à célébrer avec lui pour qu'il soit notre force dans les pardons et les réconciliations que nous avons à vivre jours après jours ? Comment allons-nous nous donner les moyens de voir ce qui dans notre vie a besoin de conversion, ce qui a besoin d'être rendu droit, ce qui fait obstacle ou barrage aux appels de l'Evangile ?

Profitons de ce temps de l’Avent, s’il vous plaît, pour refonder peut-être notre prière. Prendre le temps de stopper la frénésie du quotidien pour veiller, pour guetter, pour se tenir en présence de Celui qui passe et qui en fait est déjà là et qui nous attend. Essayons de trouver le temps de nous arrêter pour goûter au silence et entendre en nous les appels de la vie. Dieu est là, Dieu souffle en nous. Laissons alors résonner la Parole de vie, par exemple celle que la liturgie nous offre jour après jour, et demandons au Christ sa force de vie et d’amour qu’il promet à qui la lui demande, l’Esprit Saint, Esprit de sagesse et de discernement, de conseil et de force, de connaissance et d’amour de Dieu, pour reprendre les mots d’Isaïe dans la 1ère lecture. Et regardons paisiblement ce qui fait réellement notre vie, ce qui nous agace, ce qui nous perturbe, ce qui nous inquiète, ce qui est de l’ordre du péché aussi, mais également ce qui permet d’avancer et même d’être heureux. Ce qui nous vient, tout simplement, offrons-le au Seigneur, dans l’action de grâce, s’il y a lieu, ou dans la demande de pardon ou de lumière pour que nous puissions y voir plus clair, peut-être, au fil des jours et des semaines…

Mais allons-y, mettons-nous au travail maintenant ! N’attendons pas que ce temps de l’Avent file et qu’il nous échappe ! C’est un temps de grâce pour que la paix grandisse, en nous et alors autour de nous ; c’est un temps qui nous est offert pour approfondir notre attente du Christ qui passe, qui vient nous rejoindre, et qui avec nous veut naître et renaître encore à ce monde pour que Dieu y soit accueilli et que la miséricorde – l’amour qui console, qui pardonne et qui donne espérance – puisse toujours plus et encore se répandre. Ce monde en a tellement besoin, nous le savons bien, mais nous aussi, chacun, j’en suis sûr...

Alors n’attendons-pas, s’il vous plaît, et préparons dès maintenant et dans le silence de nos cœurs et de notre prière, préparons le chemin du Seigneur, Jésus, le Prince de la paix…

Publié dans Homélies

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