Homélie dim. 22 janvier 2017

Publié le par Christophe Delaigue

3ème dimanche du Temps Ordinaire / Année A [1]

Bourgoin-Jallieu [ND (sam. soir) / Eglise St JB] [2]

Is 8,23b – 9,3 / Ps 26 (27) / 1Co 1,10-13.17 / Mt 4,12-23

J’espère que vous êtes surpris ?! … Je précise : j’espère que vous êtes surpris de ce qu’on vient d’entendre !? Non seulement le fait que l’évangile reprenne en grande partie la 1ère lecture et nous donne à entendre deux fois cette annonce d’Isaïe, cette promesse de lumière au cœur des ténèbres que le peuple traverse, mais aussi que nous réentendions cela à quelques semaines à peine de Noël où ces paroles du prophète nous étaient déjà adressées : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, sur le pays de l’ombre, une lumière a resplendi ». On devrait savoir ces versets par cœur, car toute la Bonne Nouvelle de la venue de Jésus est ici déjà annoncée…

A Noël, nous avons fêté Dieu qui tient promesse. Dieu qui a tenu promesse car il est venu Celui qui était promis, il est venu le libérateur, le sauveur, le Messie. Certes il nous faudra apprendre à le reconnaître et à le comprendre, certes il nous faudra découvrir quel visage du Père il nous révèle, certes il nous faudra entrer dans la dynamique de miséricorde à laquelle il nous invite et même dans sa dynamique de résurrection. Mais il est venu Celui que le peuple attendait, Jésus est cette lumière promise, Dieu a tenu promesse. Et quand Jésus dira après sa résurrection : « Je suis avec vous pour toujours », alors nous savons que nous pouvons le croire, car Dieu tient promesse, Noël en a été la fête, Noël en est le gage.

Dieu tient promesse aujourd’hui encore. C’est confié à notre foi, c’est livré à notre confiance… Mais quelle bonne nouvelle qui peut changer notre vie ! C’est excatement pour cela que j’ai décidé un jour de répondre à l’appel que je pressentais en moi de quitter mes projets de vie pour suivre le Christ dans une vocation spécifique, je voulais que soit annoncé à d’autres, encore, qu’il y a un Dieu qui est là, que Dieu est là, qu’il veut pour nous la vie, même au cœur des traversées de souffrance que j’avais déjà pu expérimenter, que Dieu est là, qu’il peut nous éclairer de sa présence et de son amour, même quand nous désespérons de lui, et qu’il veut pour nous la vie, qu’il est le Dieu de miséricorde, qu’il est celui qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance, celui qui nous invite à le vivre et le devenir à notre tour pour d’autres, devenir miséricordieux comme le Père est miséricordieux.

Voilà ce que j’avais touché du doigt et que je voulais permettre à d’autres de découvrir, voilà pourquoi j’ai accepté un jour d’oser répondre à l’appel que je pressentais en moi à donner ma vie et de le faire comme prêtre. Comme Pierre et André et comme Jacques et Jean, il faut quitter des habitudes, des projets, pour suivre. Et ça nous concerne tous, quelle que soit notre vocation. Ça concerne même nos Eglises séparées, qui sont appelées à prier tout particulièrement cette semaine pour que nous acceptions d’avancer sur des chemins d’unité et de réconciliation, au-delà de nos certitudes identitaires que nous dressons entre nous comme des étendards ou comme des murs pour se protéger de l’autre.

Laisser nos filets, laisser notre barque, pour suivre Jésus. Pour cela entrer toujours et d’abord, toujours et encore, dans la confiance en sa présence, dans la confiance qu’il est cette lumière promise au cœurs des ténèbres ou des ombres de notre vie et de toute vie. Oser croire qu’il est là, même quand nous n’y voyons pas clair. Et nous soutenir les uns les autres, en frères et sœurs, pour cheminer, pour avancer, pour grandir dans la foi et la confiance, pour apprendre à faire place au Seigneur dans notre vie et ainsi apprendre à témoigner de lui, de sa présence, de son amour. Car nous le savons, nous le voyons bien autour de nous, notre monde a tellement besoin de consolation, de pardon et d’espérance – c’est ça la miséricorde, nous a rappelé le pape François, c’est l’amour de Dieu, l’amour qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance.

Tout cela, nous ne pouvons pas le vivre seuls, chacun seul. Nous avons besoin les uns des autres, d’ailleurs Jésus enverra toujours ses disciples deux par deux, et il formera une communauté de proches qu’il va enseigner pour qu’ils puissent devenir ses témoins. Nous aussi nous avons besoin de faire communauté, nous avons besoin de réapprendre à faire communauté, au-delà des clivages entre nos clochers ou entre nos différentes appartenances spirituelles. Et entre communautés et même entre Eglises il devient toujours plus urgent de faire tomber les barrières des divisions dont parlait Paul dans la 2ème lecture car notre monde a besoin que la bonne nouvelle du salut lui soit annoncée et que pour cela nous en soyons des témoins crédibles, qui apprennent à s’aimer, à se pardonner et à se réconcilier, qui veuillent bien se donner les moyens de s’écouter, se comprendre et même, comme disait Jean-Paul II, de vivre entre nous un « échange de dons », c’est-à-dire croire et accepter que l’autre, dans ses différences propres, peut m’enrichir, croire et accepter que nos différences ne sont pas que séparatrices, que l’autre a quelque chose à m’apporter, et que c’est bon pour l’un et l’autre, que c’est bon pour nous deux et même pour plus large que nous !

Chaque année pour cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens je ne peux m’empêcher de laisser résonner en moi ces mots de l’évangile de Jean, au chapitre 13, juste après le Lavement des pieds, Jésus qui dit à ses disciples : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples »

L’urgent, l’appel que Jésus nous adresse, il est à devenir toujours plus ces disicples dont il a besoin. Et pour cela : lui faire confiance ; et donc : se mettre à son écoute, l’associer à ce que nous vivons et traversons, par la prière ; et oser témoigner, à notre mesure, de ce que l’Evangile lu et entendu produit déjà dans notre vie, ce à quoi il nous appelle que nous aurons discerné dans la prière et avec les frères et sœurs avec qui nous partagerons la Parole – par exemple en Fraternité locale. Certes il nous faudra laisser quelques filets qui nous retiennent dans nos habitudes ou nos façons parfois un peu étriquées ou routinières de voir les choses et les autres, il nous faudra laisser notre barque, il nous faudra accepter de nous laisser déplacer, déranger, bousculer. Mais dans cette confiance fondamentale que Dieu et là, que Jésus a promis sa présence et son Esprit saint et que quoi qu’il arrive, avec lui, la vie est plus forte que toute ténèbre.

Aujour’hui encore il nous appelle à la suivre, comme Pierre, André, Jacques et Jean, et tellement d’autres témoins après eux. Aujourd’hui encore il nous appelle à lui faire confiance et à entrer dans les promesses qu’il nous a faites et notamment dans celle du mystère de l’eucharistie que nous célébrons ce soir/matin, ce mystère où il veut nous rejoindre, parce qu’il nous promet sa présence ; entendons-le, entendons-Jésus qui veut nous dire à chacun :

« Viens, viens à moi, écoute ce qui est blotti en toi, écoute les appels de la Vie, laisse toi éclairer par ma Parole, par l’Esprit Saint, par ma présence promise… Deviens alors, à ta mesure, et deviens-le avec tes frères et sœurs, deviens ma présence en ce monde ; deviens toujours plus ce que tu vas recevoir, le Corps du Christ »…

 


[1] Au cœur de la semaine annuelle de prière pour l’unité des chrétiens.

[2] Avec les séminaristes du Séminaire provincial St Irénée de Lyon en mission sur la paroisse ; et, le samedi soir, une soixantaine de jeunes de l'aumônerie, au terme d'une journée de retraite sur le thème de l'appel de Dieu et les vocations.

 

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