Homélie 2 février 2017

Publié le par Christophe Delaigue

Présentation de Jésus au Temple / Messe pour la Journée de la vie consacrée

Chapelle des Petites sœurs des Maternités catholiques, Médipôle (BJ) [avec les “Consacrés” de la paroisse]

Ml 3,1-4 / Ps 23 (24) / He 2,14-18 / Lc 2,22-40

Ces textes qu’on vient d’entendre sont comme bien souvent une invitation à contempler Jésus, mais le contempler ce soir dans une sorte de déploiement ou d’accomplissement de ce que nous avons fêté à Noël, il y a  40 jours maintenant. Nous sommes invités avec Anne et Syméon et, avec eux, avec Joseph et Marie, à nous redire aujourd’hui que le cœur de notre vie consacrée et donc le cœur de toute vie chrétienne dont le célibat et la consécration doivent être un signe et un appel, c’est d’abord et avant tout la contemplation du Christ. Le contempler non pas seulement comme une finalité, un en soi, le contempler parce que nous lui avons donné notre vie, à lui qui l’a donnée pour notre salut et pour le salut de tous. Le contempler pour vivre en intimité avec lui et pour ainsi pouvoir toujours mieux témoigner de sa présence, de son amour.

Cette célébration de ce soir a commencé, comme chaque année, avec une pré-liturgie au rite un peu inhabituel. C’est comme un avant goût de ce que nous vivrons dans la nuit de Pâques. Tout simplement parce que le mystère de l’incarnation et le mystère de la résurrection sont liés, cette fête de la Présentation de Jésus au Temple en est comme un rappel et une annonce. L’incarnation et la résurrection sont liées, comme deux réalités d’un même mystère, celui d’un Dieu qui veut pour chacun la vie. Et qui dit « vie » dit en fait « salut », c’est-à-dire à la fois libération de ce qui entrave toute vie mais aussi promesse de vie éternelle. Notre vie consacrée doit témoigner de ces deux réalités, elle doit même être ancrée pleinement dans ces deux réalités. Vivre concrètement, patiemment et chaque jour l’appel à aimer son prochain, le rejoindre là où il vit, là où il en est, pour l’orienter vers ce mystère de vie qu’est la résurrection, pour l’orienter vers ce mystère de toute notre vie qu’est l’existence et la présence de Dieu, Dieu qui nous aime, Dieu qui est là, Dieu qui veut sauver tous les hommes, Dieu qui promet la vie avec lui.

Comment renouveler notre attachement à Jésus pour être toujours plus ses témoins et trouver toujours plus en lui la force et la raison d’être de cet amour du monde et des frères qu’il nous faut vivre avec lui et en son nom ? Comme Syméon le vieillard, il nous faut résolument vouloir vivre l’attente, l’attente contemplative ; celle, pour nous, de la prière et la lecture priante de la Parole de Dieu. Il s’agit de laisser les promesses de Dieu façonner notre vie et notre cœur pour apprendre à voir combien elles se réalisent déjà dans notre propre histoire ; et il s’agit d’apprendre ainsi à discerner combien l’Esprit travaille déjà dans le cœur de celles et ceux que nous rencontrons, et en rendre grâce, comme nous sommes appelés à le faire chaque soir, en chantant ou en reprenant les mots du Cantique de Syméon.

Contempler Jésus, dans l’adoration et la prière, et dans sa Parole, pour que les promesses de salut et la Bonne Nouvelle de la Résurrection illuminent vraiment notre regard sur le monde et éclairent toute notre vie. C’est seulement ainsi que nous serons ces témoins joyeux que le pape François nous appelle à être et à devenir toujours plus. Demandons au Seigneur la grâce de visages rayonnants de joie et d’amour ! Que notre vie dans son humble témoignage donne envie de comprendre (ce) qui nous habite, et donc de comprendre que ce que nous portons ce ne sont ni des valeurs ni des convictions mais Quelqu’un, une présence aimante et miséricordieuse, Dieu lui-même qui oriente et conduit notre vie, Celui qui nous promet que quoi qu’il arrive, avec lui, par la résurrection de Jésus, la vie est et sera toujours plus forte que tout mal et plus fort que la mort. Il est là, même dans nos épreuves, pour reprendre le mot de la 2ème lecture. Il est là. Nous n’en serons convaincus, avec les yeux de la foi, qu’en prenant le temps – je le redis et j’insiste – de la contemplation et même de l’adoration. C’est pour cela – je le crois vraiment et le pape François comme les papes Benoît XVI et Jean-Paul II avant lui ne cessent de nous le rappeler –, c’est pour cela que la prière, la Parole et l’eucharistie comme les sacrements doivent être le cœur de notre vie et même doivent être notre 1ère mission à tous. Jésus est Celui que notre cœur aime et cherche, Celui pour qui nous avons donné notre vie – nous qui sommes consacrés –, Celui par qui et avec qui nous nous donnons pour les frères et sœurs que Dieu nous appelle à accompagner, à aimer et à relever avec lui.

Comme Anne et Syméon, soyons donc des hommes et des femmes de l’attente, imprégnés de la Parole et du désir sans cesse renouvelé de voir Dieu. Demandons cette grâce au Seigneur. Et soyons toujours convaincus qu’aujourd’hui et chaque jour Dieu visite son peuple et qu’il nous visite dans les rencontres et les évènements porteurs de vie, d’espérance et de confiance. Voilà ce que nous pouvons et devons déposer au Seigneur dans la prière silencieuse comme dans l’eucharistie…

Ce soir nous voilà rassemblés, justement, pour rendre grâce et demander au Seigneur, toujours et encore, sa présence qui se donne pour que nous vivions de lui en ce monde. Nous prions les uns pour les autres, pour que nous soyons fidèles à nos engagements et à notre amour premier du Christ. Nous prions plus largement pour tous ceux qui se reconnaissent disciples du Christ, que toute leur vie – que votre vie à tous – soit consacrée au Seigneur dans le don de soi – le don de vous-même – et le service du frère. Nous prions enfin et également pour que des jeunes se donnent aujourd’hui, encore et toujours, pour devenir d’humbles témoins de ce Dieu qui peut combler toute une vie et tout notre être, ce Dieu qui nous aime et qui est présent même si notre monde, en Occident surtout, a tendance à l’oublier parfois ou à le laisser de côté.

Et permettez-moi aussi de nous inviter ce soir à prier également et tout spécialement pour les moines et les moniales, ces sentinelles de la prière et de l’invisible dont la seule présence nous rappelle l’urgence du silence et de l’écoute intérieure mais aussi la présence de Dieu qui est toujours déjà là. Nous avons besoin de leur vie donnée ainsi, comme un appel et même un rappel, mais aussi pour nous ressourcer et nous arrêter de temps en temps, de façon plus longue, avec le Seigneur.

Alors que ce soir et chaque jour nous puissions vraiment refonder notre oui au Christ, chacun, notre amour pour lui, selon nos états de vie. Qu’il nous remplisse de joie et nous donne de la répandre autour de nous. Amen.

---------------

Illustration : peinture sur bois de Tony Castro, Communauté catholique Reine de la Paix, réalisée pour le 2 février 2015 pour les Petites soeurs des Maternités catholiques de Bourgoin-Jallieu.

Publié dans Homélies

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :