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Chris.D.+

Chris.D.+

Le blog de Christophe Delaigue, prêtre en Isère (cinéma, homélies et méditations, lectures, théologie et œcuménisme, Arche de Jean Vanier...)

Homélie dim. 19 février 2017

7ème dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Bourgoin-Jallieu, église St Jean-Baptiste (messe des familles)

Lv 19,1-2.17-18 / Ps 102 / 1Co 3,16-33 / Mt 5,38-48

[“Jésus, t'es sympa, mais bon... quand même, quoi... !”]

Je vous l’accorde, les propos de Jésus qu’on vient d’entendre ont quelque chose de franchement dérangeants… Il y a une sorte de radicalité folle qui est dure à comprendre et même à accepter. Est-ce qu’il n’y a pas quelque chose de naïf ou de fou à croire, par exemple, que nous pourrions oser tendre l’autre joue si on nous frappe ? Est-ce qu’il n’y a pas quelque chose d’absurde à accepter de donner son manteau à celui qui nous aurait déjà pris notre tunique ? Être charitable, ok, nous voulons bien ; aider celui qui est dans le besoin, ok, nous pouvons bien partager un peu… Mais à faire plus, ne risque-t-on pas de se faire avoir ? Et nos frères et sœurs d’Orient qui sont persécutés au nom de leur foi, comment est-ce qu'il accueillent et reçoivent le reste de ces paroles de Jésus qu'on vient d'entendre ?

Ces questions qu'on eut se poser elles sont vraiment légitimes… Mais essayons déjà de comprendre ou de recevoir ces paroles pour ce que nous vivons nous, concrètement, chaque jour. En ayant en tête ou au cœur que de Jésus, c’est vrai, va plus loin que nos réflexes spontanés, nos réflexes humains que j’ai envie d’appeler « de base »… Jésus il a un côté passionné de l’homme et confiant en l’homme qui le rend un peu extrémiste dans la relation et dans ses exigences… Au nom de son message d’amour.

Quel est-il ce message ? Il nous dit d’aimer et d’aimer même nos ennemis… Dans la Première Alliance, il était déjà question d’aimer – on l’a entendu dans la 1ère lecture – aimer ses frères ; et donc, déjà, accepter de nous reconnaître frères et sœurs, au nom de notre foi au Dieu unique, frères et sœurs et donc, responsables les uns des autres. Sauf que dans la Première Alliance, cet appel à aimer et à se reconnaître frères et sœurs, il se situe sur un fond culturel et religieux que j’ai envie de qualifier de communautariste. L’amour du prochain il était vécu d’une façon plutôt restrictive : les étrangers on ne s’en occupait pas vraiment, sauf qu’ils demandaient à rejoindre le peuple dans sa foi au Dieu unique et dans ses règles de vie. Pensez à tout ce que les évangiles nous rapportent des Samaritains. L’amour du prochain ne semblait pas concerner alors celui qui est différent, celui qui pense différemment, celui qui n’est pas de la même famille…

Avec Jésus, il y a comme un basculement. Nous ne sommes plus appelés à aimer seulement ceux qui sont comme nous – vous me direz que si déjà on y arrivait nous ferions de grands pas en avant… Désormais, nous sommes appelés à plus que cela. Jésus vient élargir cet appel. Comme le dit l’Evangile, il vient accomplir la Loi, c’est-à-dire la porter à son achèvement. Et l’appel à aimer son prochain devient appel à aimer chacun, quel qu’il soit, quelle que soit son histoire, sa foi ou sa croyance, et même quel que soit le mal qui ait pu se glisser entre nous. D’ailleurs l’évangile de Jean nous rappellera que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés ! Et cet autre, ce prochain que je suis appelé à aimer, ce sont même nos ennemis, nous dit Jésus. Pour les Juifs qui écoutent Jésus, tout cela est très concret, ça veut dire que désormais les Samaritains que les Juifs n’aiment pas sont eux aussi à aimer ; et je vous rappelle qu’à l’époque de Jésus, le pays n’est pas libre, il est occupé par les Romains ; même eux sont donc à aimer…

Il y a là quelque chose de complètement fou, quelque chose de radical, c’est vrai, mais quelque chose, je le crois, de profondément libérant ; pour moi, pour l’autre, pour notre vivre ensemble les uns avec les autres.

Qu’est-ce que ça veut dire aimer ? Aimer comme Dieu aime ? Aimer ce n’est pas être naïf et croire que tout le monde est bien gentil, et donc se laisser faire ou se faire avoir. Si je suis appelé à aimer mes ennemis, c’est donc que j’en ai des ennemis, c’est donc que je les reconnais comme mes ennemis ! Aimer, ce n’est pas non plus qu’un sentiment ; aimer ce n’est pas d’abord un sentiment comme être amoureux ou être de bons copains. Jésus sait bien que spontanément nous n’avons pas forcément d’attirance particulière et évidente pour ceux qui nous font du mal. C’est donc qu’il s’agit d’autre chose !

Aimer, du coup, qu’est-ce que ça veut dire ? Dans l’évangile de Luc il y a une parabole qui répond à cette question là. Celle que nous appelons la parabole du Bon Samaritain. Nous y voyons qu’aimer c’est prendre soin de l’autre qui est là et qui en a besoin, en faisant tout ce qui est de notre possible, mais pas comme des supers-héros que nous ne sommes pas ; prendre soin de l’autre à notre mesure, puis en passant le relais avec ceux qui seront à même de faire ce qui n’est pas de mon possible à moi… Aimer c’est vouloir du bien à l’autre, c’est vouloir permettre à l’autre qui est là de vivre, tout simplement parce qu’il est homme ou femme comme moi, peut-être méchant parfois, fragile en tout cas, mais qui a le droit de vivre, comme moi, parce que lui aussi est aimé de Dieu – même s’il ne le reconnaît pas…

Jésus dira dans les évangiles qu’il n’y a pas d’amour sans pardon. Car aimer c’est décider ou essayer d’ouvrir un avenir à l’autre quoi qu’il ait pu faire ; c’est croire qu’il a, quoi qu’il arrive, quelque chose de bon et de beau en lui, peut-être bien enfoui, mais bien présent quand même. Aimer c’est accepter ce pari fou de croire en l’autre, de croire qu’il a le droit et la capacité d’avancer, de grandir, de vivre… Aimer l’autre quel qu’il soit c’est essayer de lui permettre de trouver son chemin… Et aimer comme Dieu aime c’est aimer de miséricorde – vous vous rappelez que la miséricorde, nous dit le pape François, c’est l’amour qui console, qui pardonne et qui donne ou redonne espérance…

Aimer, donc… Mais ne soyons pas naïfs pour autant. Jésus sait bien que nos rapports les uns avec les autres sont parfois empreints de violence et que les pardons sont durs à vivre. Mais ce qu’il voudrait que nous comprenions, lui qui va mourir persécuté, c’est que la seule chance que nous ayons de nous en sortir de cette violence, c’est de décider de rompre le cercle vicieux et infernal de la vengeance. Que nous ne frappions pas en retour celui qui vient de nous frapper, mais que nous tendions la joue autre, autrement ; c’est une image qui est un appel à trouver une autre voie que celle de la réponse au mal par le mal ; c’est un appel à désarmer l’autre par une attitude pacifique et aimante, qui osera dire à cet autre qui est mon ennemi : « Tu n’es pas que ce mal que tu me fais ; je ne t’excuse pas, je ne fais pas comme si ça ne me faisait rien, mais je veux bien croire que tu vaux plus que cela »…

Finalement, aimer c’est oser reconnaître en l’autre, malgré tout, un frère ou une sœur en humanité, en humanité certes fragile et blessée… Et je vois bien dans ma propre vie que je ne peux pas aimer en vérité sans demander à Dieu la force de son pardon, et sans mendier à chaque eucharistie la force de sa présence, sa présence à lui, en moi, en nous, qui nous donnera cette paix du cœur dont nous avons tous tellement besoin pour avancer… et pour aimer…Voilà ce que j’ose lui demander aujourd’hui encore… pour moi, et pour vous…

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