Homélie nuit de Pâques 2017

Publié le par Christophe Delaigue

Samedi 15 avril 2017 / Veillée pascale pour toute la paroisse

Avec baptême de 7 adultes et 2 adolescentes / église St Jean-Baptiste (Bourgoin-Jallieu)

Gn 1 et Ps 32 (33) / Gn 22,1-18 et Ps 15 (16) / Ex 14 et Ct Ex 15 / Ez 36,16-28 et Ps 50  (51) / Rm 6,3b-11 / Ps 117 / Mt 28,1-10.

Je crois que je vous l’ai déjà partagé l’année dernière ou une autre année, je ne sais plus bien, mais j’avais envie de commencer ces mots d’homélie en vous faisant comme une confidence, comme un secret ou plutôt un souvenir qu’on chuchote à des proches au cœur d’une nuit autour d’un feu ou sous un ciel étoilé d’été : aussi loin que je me rappelle, aussi loin que je me souvienne, alors même que j’étais encore tout petit, il me semble que j’ai toujours été fasciné par cette nuit de Pâques…

Je crois qu'on y a toujours été en famille, même tout-petits... Evidemment que je ne devais pas y comprendre grand chose à ce que nous célébrons ce soir – j’étais bien un peu comme ces femmes au tombeau qui sont à la fois effrayées et joyeuses, sans doute étonnés, en tout cas stupéfaites de ce qui leur est annoncé ; parce que nous sommes face à un mystère incompréhensible, du moins à vue purement humaine. Je n’y comprenais sans doute pas grand chose, donc, mais je me rappelle que j’ai toujours su, au fond de moi, qu’il se jouait dans cette nuit de veille et de prière quelque chose d’important – j’ai même envie de dire quelque chose de capital, pour ma vie.

Je me rappelle par exemple l’église plongée dans le noir, un peu comme tout à l’heure au début de cette célébration avec cette lumière se répandant petit à petit, de bougie à bougie et illuminant progressivement l’église – l’église-bâtiment –, avec l’impression au fond de moi d’assister à la naissance de l’Eglise – l’Eglise avec un grand E, l’Eglise que nous sommes, l’Eglise de Jésus-Christ. Quelque chose de pas bien explicable, d’indicible, quelque chose de l’ordre d’une expérience en moi. Et chaque année, je vous le dis très franchement, j’en suis ému ; chaque année j’espère même retrouver cette même émotion…

Cette nuit noire qui s’illumine petit à petit c’est celle du mystère de la résurrection, et c’est celle du mystère de notre vie, que nous avons goûté, déjà, dans la nuit de Noël : au cœur de ce que nous traversons, au cœur d’un monde parfois désespérant de violence, de persécutions, d’attentats, au cœur de toute vie traversée par le mal, celui qui nous tombe dessus mais aussi celui que nous faisons, au cœur de toute vie qui perd ou qui cherche sens, il y a une présence qui est là, en nous, à peine perceptible parfois mais qui un jour peut pourtant s’imposer à nous, une présence indicible qui est comme une petite lumière, une paix intérieure, une étincelle de vie et d’espérance

Le voilà le mystère de la résurrection qui nous rassemble ce soir et que nous célébrons. Le voilà ce mystère de la résurrection que nous sommes appelés à accueillir, à recevoir, à faire grandir en nous, comme un appel à la confiance, confiance en la vie, confiance en Dieu, confiance malgré tout !

Jésus est ce mystère. Il est celui qui peut donner sens à notre vie, celui qui peut être notre moteur d’espérance. Par sa résurrection. Par sa résurrection qui est promesse de vie pour tout passage de mort. Une promesse pour demain, pour l’au-delà, mais une promesse dès maintenant, dans l’aujourd’hui de notre vie.

Cette Bonne Nouvelle qui nous est adressée et qui peut changer notre vie – qui change notre vie ! –, c’est qu’avec Jésus, quoi qu’il arrive, la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort. Quoi qu’il arrive. J’insiste ! Non pas que nous n’allons plus souffrir ni mourir. Non. Mais là, au cœur de cela, nous ne sommes pas seuls, et avec Jésus ressuscité la vie peut rejaillir, la vie va jaillir, aussi petite et imperceptible serait-elle. Mais la vie est là, et avec lui, Jésus, elle est et elle sera victorieuse.

Voilà notre espérance, celle qui vous est offerte et proposée, chers catéchumènes, vous qui allez être baptisés tout à l’heure – quelle joie pour nous tous, je vous le disais déjà ce matin, je vous le redis, sincèrement ! –, la voilà cette espérance qui est promesse de vie, cette espérance dans laquelle vous allez être plongés et que votre baptême nous permet de revivre et de réentendre – merci à vous chers catéchumènes de nous permettre cela  !

Vous allez être plongés, oui, dans l’eau, cette eau qui est l’eau de la vie, cette eau qui purifie aussi, mais cette eau qui est pourtant – et qui est également – l’eau de la mort, celle de la noyade, l’eau qui a failli engloutir le peuple d’Israël dans sa fuite hors d’Egypte – on nous l'a raconté tout à l'heure.

Ce petit peuple persécuté et réduit en esclave, il lui en a fallu de la confiance pour oser suivre Moïse qui promettait la libération de la part de Dieu, Dieu qui lui affirmait qu’il avait entendu le cri de son peuple. Il lui en a fallu de la confiance quand ils se sont trouvés coincés entre la mer dans laquelle il fallait se jeter, au risque de se noyer et de mourir, et l’armée égyptienne qui les poursuivait et qui allait tous les tuer ; il a fallu que Moïse fasse confiance à cette voix, qu’il fasse confiance à Dieu, qui lui disait de jeter son bâton dans la mer pour être sauvé ; et il a fallu que le peuple lui fasse ensuite confiance à lui, Moïse, pour s’aventurer dans la mer qui s’ouvrait pour eux…

C’est incompréhensible tout cela, mais c’était une histoire de vie ou de mort ! Pour ceux qui aiment le cinéma on le voit très bien et on le comprend très bien dans le film Exodus, que je vous recommande. Il a fallu faire confiance avant de comprendre ce qui était possible ou pas. Et croire, d’ailleurs ce n’est pas tout comprendre ! Croire c’est arrêter de vouloir tout maîtriser ! Croire c’est faire confiance. Faire confiance à Dieu qui veut nous sauver ; nous sauver, c’est-à-dire nous libérer de tout ce qui nous recroqueville ou tout ce qui nous cloue au sol. Dieu qui veut nous sauver mais qui ne pourra pas le faire sans nous, sans notre confiance en lui.

Croire, du coup, pour nous chrétiens, c’est mettre notre confiance en cette promesse de vie et de salut qu’est la résurrection. Incroyable, certes, impossible à vue humaine, c’est vrai, mais qui peut être pourtant un tel moteur de vie et d’espérance !

Puissions-nous y croire, puissions-nous nous laisser façonner et transformer par cette nouvelle déconcertante et déroutante, mais cette Bonne Nouvelle qu’avec Jésus la vie, quoi qu’il arrive, est et sera plus forte que tout mal et que tout mort...

Parfois, comme Israël, nous allons douter et nous laisser submerger par nos questions ou par le mal qui traverse toute vie. Parfois nous allons oublier Dieu car nous aurons l’impression de ne pas avoir besoin de lui. Parfois encore nous allons douter de la présence de Jésus ressuscité parce que depuis l’Ascension et le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte nos yeux ne le voient plus, seul notre cœur peut le pressentir…

Apprenons – apprenons toujours plus – à nous soutenir les uns les autres sur le chemin de la foi qui est le chemin d’une vie avec Dieu. Voilà le mystère de l’Eglise et de ce que devrait être la beauté d’une vie communautaire : nous soutenir par la prière et nous soutenir concrètement, prendre soin les uns des autres, nous permettre de nous relever quand nous trébucherons, partager ensemble la Parole de Dieu pour que grandisse en nous la foi en la présence de Dieu et en son salut ; et vivre ensemble les sacrements que l’Eglise nous donne avec Jésus et à sa suite, ces sacrements qui sont sa force et sa présence qui nous sont offerts.

C’est notamment toute la puissance, toute la grandeur et tout le mystère de l’eucharistie qui nous rassemble semaine après semaine et que vous allez recevoir pour la première fois, chers catéchumènes. Dans ce mystère du Pain et du Vin consacrés Jésus vient nous rejoindre, il vient demeurer en nous, pour nous sauver et faire de nous, chacun et ensemble, ses témoins pour aujourd’hui, des témoins en actes de l’amour du Père pour tous, des témoins en actes de résurrection, des témoins en acte de la miséricorde du Père cet amour qui console, qui pardonne et qui redonne l'espérance...

Alors en cette nuit de Pâques, en cette nuit exceptionnelle pour vous les futurs baptisés mais aussi pour nous tous « vieux » chrétiens, laissons-nous renouveler dans notre foi et dans notre baptême, et laissons-nous renouveler dans la confiance en la résurrection qui est promesse de vie. Laissons-nous renouveler en Eglise, dans le souci mutuel les uns pour les autres. Devenons toujours plus ce que nous sommes et ce que nous allons recevoir tout à l’heure, le Corps du Christ, c’est-à-dire sa présence pour ce monde, à notre mesure et ensemble, avec lui qui se donne mystérieusement dans l’eucharistie...

Pour l’heure, au cœur de cette nuit, prenons le temps de confier à Dieu, maintenant, ce qui nous habite… C’est prière… C’est notre prière à chacun, dans le silence de nos coeurs ; c’est notre acte de foi en lui…

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Les photos illustrants ce post' sont de la célébration de la nuit de Pâques 2016 dans la même église St Jean-Baptiste à Bourgoin-Jallieu.

Publié dans Homélies

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