Homélie dim. 25 juin 2017

Publié le par Christophe Delaigue

12ème dimanche du Temps Ordinaire / Année A

Demptézieu (avec baptême et familles de la catéchèse [1])

Jr 20,10-13 / Ps 68 (69) / Rm 5,12-15 / Mt 10,26-33

Les paroles qu’on vient d’entendre sont fortes, je trouve… un peu étonnantes… peut-être provoquantes, même, ou dérangeantes… Autant dans la 1ère lecture que dans l’évangile que je viens de proclamer…

En les lisant pour préparer ces mots, j’ai pensé spontanément aux chrétiens qui aujourd’hui sont persécutés, dans le monde. Et deux choses ont notamment et particulièrement résonnées pour moi, dans l’évangile :

  1. L’appel, d’abord, à être sans crainte. Répété par Jésus à plusieurs reprises et complété de cette image, un peu amusante peut-être, des moineaux dont Dieu prend soin ou de nos cheveux qui sont comptés…
  2. Et puis ce qui est dit du corps et de l’âme… Jésus qui veut nous dire que quand bien même notre corps serait attaqué, malmené, ou serait voué à une forme de perdition, à cause du mal notamment, ce qui compte c’est ce lieu en nous qui est comme un sanctuaire sacré dont il nous faut prendre soin, chacun, ce lieu en nous qui contient comme un trésor en nous, que Dieu a déposé au fond de nous (par notre baptême notamment) ; et ce trésor dont il nous faut prendre soin c’est cette promesse de vie qui doit et qui peut être comme un moteur pour avancer, quoi qu’il arrive, un moteur de confiance et d’espérance, cette promesse de vie qu’est le mystère de la résurrection et qui veut dire, très concrètement, que quoi qu’il arrive, avec Dieu, avec Jésus, la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort. Et même malgré les apparences. Et que nous sommes notamment promis à la vie éternelle… Voilà ce qui se cache au fond de nous, dans notre âme, pour reprendre le mot de Jésus, dans notre cœur, en nous. Une promesse de vie…

Ceci dit, je les imagine bien quand même, ces chrétiens persécutés auxquels je vous disais que je pensais, je les imagine bien faire leurs les paroles du prophète Jérémie de la 1ère lecture, notamment l’appel vers Dieu vers la fin de ce qu’on a entendu, quand Jérémie s’écrie : « Seigneur de l’univers, toi qui scrutes l’homme juste, toi qui vois les reins et les cœurs, fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras, car c’est à toi que j’ai remis ma cause »… Je le comprends bien cette espèce de cri-réflexe à désirer une sorte de vengeance sur l’ennemi… Mais n’oublions pas pour autant le suite du cri de Jérémie, son action de grâce qui est un acte de foi, de confiance, et qui, moi, m’impressionne : « Chantez le Seigneur, louez le Seigneur : il a délivré le malheureux de la main des méchants »

C’est vrai que nous, nous ne sommes pas persécutés… et heureusement, me direz-vous… Mais avec ces textes nous sommes comme eux renvoyés à une question fondamentale qui peut tout changer pour notre chemin de vie et pour trouver sens au cœur de ce qui adviendra : la question c’est celle de notre confiance en Dieu ; est-ce que nous avons foi en lui, est-ce que nous voulons bien l’entendre nous dire : « Sois sans crainte » ?

Croire, je l’ai souvent dit au cours de ces années, croire ce n’est pas d’abord comprendre ni tout comprendre de Dieu ou prouver je ne sais comment son existence ou je ne sais quoi. Dieu c’est comme l’amour, l’amour ça ne se prouve pas ! Croire c’est d’abord et avant tout oser notre confiance en ce mystère qui nous dépasse, alors petit à petit nous comprendrons un peu qui il est… Et surtout nous comprendrons à force de nous obliger à nous arrêter, comme ce matin, pour ouvrir ensemble les Ecritures et entendre ce que Dieu veut nous révéler de lui et de comment il s’est dévoilé au cours des siècles.

Voilà d’ailleurs ce que nous célébrons dimanche après dimanche et à chaque eucharistie… Dieu qui veut se faire connaître, Dieu qui veut que nous entrions dans une confiance en lui, en sa présence et en son amour, quoi qu’il pourrait nous arriver, Dieu qui nous dit ce matin qu’il y a en nous comme un sanctuaire imprenable, si nous voulons bien lui faire confiance ; et que là, en nous, au fond de nous, peut grandir cette confiance et cette promesse de vie dont je parlais tout à l’heure, cette promesse de vie qui pourra devenir un vrai moteur, un moteur d’espérance pour demain quand nous serons traversé par le mal et que nous aurons besoin de force pour avancer.

Et c’est ça aussi que nous célébrons d’ailleurs à chaque eucharistie : Jésus ressuscité qui se fait notre force, Jésus qui se fait nourriture, mystérieusement, pour venir habiter en nous, en chacun de nous, pour de l’intérieur être cette force de vie dont nous avons besoin pour tenir debout ou pour nous relever. Jésus qui se fait nourriture pour être aussi cette force intérieure pour que nous arrivions à notre mesure à vivre l’évangile, que nous devenions ce que nous recevons, le Corps du Christ, sa présence aujourd’hui, ses mains qui vont prendre soin au nom de Dieu, et sa voix qui l’annoncera et qui osera des paroles de réconfort et d’espérance.

Rappelez-vous l’Année de miséricorde que le pape François nous a offerte l'an dernier : nous sommes appelés à devenir miséricordieux comme le Père est miséricordieux, et la miséricorde – nous l’avons redécouvert – c’est l’expérience de l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance. C’est à la fois à recevoir de lui, dans la prière et dans les sacrements, l’eucharistie notamment, et c’est alors à vivre autour de nous…

La miséricorde, je vous le redis, c’est l’amour qui console, qui pardonne et qui redonne de l’espérance…

Nous, aujourd’hui, ici en France, nous ne sommes pas persécutés. Mais nous savons bien qu’il y a du mal dans ce monde et autour de nous, qu’il y a aussi des épreuves et de la souffrance. Alors c’est bien à chacun de nous que Jésus, ce matin, veut redire ces paroles de confiance : « Sois sans crainte. Quoi qu’il arrive, sois sans crainte. Prends soin de ce que je dépose en toi, prends soin de cette promesse de vie que je te fais, incroyable peut-être, indicible, mais qui est promesse de vie »

J’aimerais vraiment, ce matin, que nous l’entendions, que nous y croyions. Mais que pour cela, pour que ça prenne corps en nous, il faut que nous apprenions à nous en donner jour après jour les moyens, notamment par la prière, par exemple et tout simplement en confiant chaque soir au Seigneur un merci pour une chose belle et bonne de la journée écoulée, un merci pour une parole ou une rencontre ou un événement qui a été de l’ordre de la vie qui nous traverse, aussi petite et imperceptible serait-elle parfois. Et avec ce merci, déposons en Dieu ce qui fait notre vie concrète, nos joies, nos peines, nos questions aussi, nos révoltes ou nos cris peut-être, tout ce qui nous habite. Demandons-lui qu’il nous éclaire, qu’il souffle en nous des chemins de réponses ou au moins d’apaisement. Et pour cela apprenons à faire silence, écoutons en nous ce qui est là, ce qui est déposé, ce qui vient…

Je vous propose qu’on prenne justement quelques instants de silence pour laisser résonner tout cela, et pour confier au Seigneur ce qui monte en nous, lui confier tout ce que ces mots ont réveillé, dans cette confiance que s’il existe, ce que je crois, alors il entend ce que nous voulons déposer en lui de notre vie.

 


[1] Avant la messe, rencontre d’enfants ayant vécu leur 1ère communion il y a quelques semaines.

 

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