Sainte Marie-Madeleine. Vierge et prostituée

Publié le par Christophe Delaigue

 

Jean Pierre Brice Olivier, dominicain, nous offre là un roman que j'ai trouvé magnifique et bouleversant. Sur Marie-Madeleine, cette femmes des évangiles dont on ne sait trop qui elle est vraiment et quelle fut son histoire. Un roman au sous-titre volontairement provocateur (mais il s'en explique dans l'introduction qui lui permet en même temps de questionner ce qu'est la virginité et notre rapport à la sexualité comme aux femmes ou au regard sur elles).

C'est bien d'un roman dont il s'agit, d'une fiction, même si on y retrouve les quelque passages d'évangiles auxquels est associée la figure de Marie-Madeleine (et qui sont d'ailleurs tous cités et inclus en fin de livre). Un roman, donc, et pas une hagiographie. Et en même temps, un vrai livre de spiritualité.

Il y est question d'amour et de foi, du désir et du manque, de la quête de soi, de l'autre et de celle de Dieu, de l'attente aussi du Messie et de la rencontre bouleversante avec cet homme Jésus... Chaque page dit cela, au travers du récit de ce qui pourrait avoir été la vie de cette femme.

Après l'introduction où l'auteur s'explique sur son projet et son sous titre dont je disais plus haut qu'il est de fait provocateur (de quoi est-elle vierge ? réponse, p.13 : du mal...) le livre est divisé en 4 chapitres plus un 5ème :

1. Marie : son enfance, sa vie de jeune fille, la naissance en elle du sentiment amoureux, son innocence et son aspiration à la vie et à la liberté...

2. Madeleine : elle a pris son envol, toute seule, elle l'a décidé, elle veut vivre, vivre pleinement, et devient cette prostituée qu'annonçait le sous-titre. Pourquoi ? “ Pour être au plus près du vivant, elle choisit de s'offrir, se met à nu (...). Elle le fait parce que se donner, elle n'a jamais rien su d'autre. Et son corps, elle n'a que ça à donner” (p.55-56). Et c'est là qu'elle va découvrir l'amour, qu'il va surgir, qu'elle va découvrir ce que veut dire aimer (cf. p.86-87), dans l'attente, le désir et le manque. Et c'est là aussi qu'elle va se poser des questions sur le sens de la vie, sur Dieu, et sur l'attente de celui qu'on appelle Messie (cf. p.84).

3. Marie-Madeleine : Et voilà la rencontre. Celle de Jésus. Qui va bouleverser sa vie. Qui est l'amour. Qui est l'homme. Des pages magnifiques sur qui il est et ce qu'il annonce, sur sa Passion aussi, sa marche résolue et le sens de ce don par amour, et sa mort. Magnifique. Des pages bouleversantes de foi. Emouvantes et profondes.

4. Marie... Ces dernières pages racontent le tombeau vide et le Ressuscité. Mais aussi les apôtres. L'auteur est dur avec eux, par la bouche de Marie-Madeleine ; avec eux et quant à la religion (cf. p.148). Mais (et il le sait bien en l'écrivant ici) l'histoire a donné raison à ce qu'il écrit là comme une peur ou une intuition profonde de Marie-Madeleine... Quelques pages seulement, suspensives...

Que devient-elle ensuite ? C'est le chapitre suivant, où c'est elle désormais qui nous parle et qui se raconte, depuis la Sainte-Baume où la Tradition dit qu'elle s'y serait retirée (“pour être à lui. (...) Sentinelle de l'amour.” p. 155). Elle se fait mystique en ses propos et ses paroles sont toutes empreintes de citations bibliques, des psaumes surtout — avant aussi d'ailleurs, tout au long du récit, mais là ça s'accélère, ça s'amplifie. Et c'est très beau.

Un roman étonnant tout autant que bouleversant. Un récit qui veut nous dire avec force ce que Jean Pierre Brice Olivier écrit déjà dans son introduction : “l'Evangile se désintéresse de la morale. Il se préoccupe des personnes et de leur vie” (p.16). Car, de fait, l'Evangile n'est pas un code de bonne conduite chrétienne, même si un agir en découle ; il est la rencontre de Quelqu'un, le Christ, et l'annonce d'une Bonne nouvelle, celle du salut. Ce salut qui est du côté de la vie et de l'amour.

J'ai été pris par ce roman, ne pouvant le lâcher. Car vraiment c'est très beau, c'est bien écrit, à la fois dynamique, spirituel et poétique. Méditatif aussi, avec telle ou telle phrase qui ouvrirait presqu'à la prière. Et toutes ces citations implicites de psaumes et autres versets des Ecritures qui se font le texte lui-même. Ces personnages bibliques aussi dont l'auteur fait que Marie-Madeleine les rencontre (même celle avec l'eunuque éthiopien, en Ac 8 dans nos Bibles,  qui peut être, par exemple, un peu déroutante, mais c'est intéressant ce qu'il en fait).

C'est très beau. Peut-être un peu bousculant pour certains ? Mais bouleversant. J'ai envie d'ajouter : comme l'amour, comme la vie, comme la rencontre du Christ...

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Jean Pierre Brice Olivier, Sainte Marie-Madeleine. Vierge et prostituée, Cerf, septembre 2017, 175 pages, 15€.

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