Jésus le guérisseur

Publié le par Christophe Delaigue

Je suis tombé par hasard sur ce petit livre, dans la librairie de mon quartier. Et le titre, l'auteur et la 4ème de couverture m'on interpellé :

“Jusqu'à ma rencontre avec Gabriela personne ne m'avait incité à examiner au plus près Jésus, la personne de Jésus. L'homme donc, et non la religion qui a découlé de son enseignement. Si l'on examine son parcours, Jésus a essentiellement parlé, réuni et guéri. C'est à l'analyse de ce personnage, politique et thérapeute, que j'ai voulu consacrer ces pages.”

Voilà le projet de Tobie Nathan qui se présente comme ethnopsychiatre, auteur d'essais et de romans, qui a d'ailleurs reçu le Prix Femina essai en 2012 pour son livre Ethno-roman, et dont le point de départ de ces pages que je viens de lire sont donc l'accompagnement thérapeutique de Gabriela, membre d'une Eglise évangélique dont Jésus a bouleversé la vie et qui a des dons de guérison. Il a été interpellé, faisant des liens avec d'autres patients issus d'Eglises ethniques évangélique issues d'Afrique notamment. 

Il fait son enquête pour comprendre Jésus. D'un point de vue historique, pas du côté de la foi. Même s'il cite plus l'évangile que ses autres sources (dont on aimerait parfois qu'elles apparaissent en note de bas de page pour telle ou telle affirmation). Celles-ci sont rassemblées à titre indicatif dans une bibliographie finale.

Sa thèse ? Jésus était un guérisseur. Contrairement à ce que dit l'Eglise ou la théologie il ne guérirait pas au nom de la foi des gens (pour dire vite, comme le fait un peu notre auteur), mais ses actes de guérisons ouvraient à la foi au Dieu dont il parlait et surtout en lui. Et c'est le levier de son acte politique. Car Jésus est/serait un révolutionnaire, comme d'autres à son époque, un rebelle politique.

Voilà d'ailleurs Tobie Nathan qui, pas à pas, nous fait avancer dans le contexte de l'époque, la culture, les enjeux historiques et politiques. Et c'est intéressant, sur ces points là assez juste il me semble, de façon globale, et des souvenirs que j'ai de ces questions là. Le livre avance ainsi en 12 petits chapitres qui suivent l'introduction où il explique son projet et cette fameuse rencontre de Gabriela.

Jésus, guérisseur, et rebelle politique. Son but est d'instaurer le Royaume attendu par les Juifs (qui vivaient en régime d’occupation). Et il pose des actes religieux qui sont des actes politiques. Ses dons de guérisons, comme d'autres en avaient, attirent les foules et crée ce mouvement dont il a besoin. Et qui va le conduire à la mort car il dérange les pouvoirs en place, politique-romain et religieux-juif (cette thèse de notre auteur rappelle le « nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël » des pèlerins d’Emmaüs en Lc 24, et la question de savoir quel messie est-il lui qui recommande régulièrement dans les évangélises et après des guérisons, justement, de ne pas dire l’evenement ni qu'il est le Messie, car on risque de se tromper sur la nature de sa venue, les gens ne sont pas prêt encore à comprendre qui il est exactement : non pas un guérisseur-faiseur de miracles, justement, ni un messie politique).

Honnêtement on passe un bon moment, ça se lit bien et c'est intéressant,  et c'est une porte d'entrée, pourquoi pas, quant au personnage historique, l'homme Jésus. Avec cette question qui demeure et qui était le point de départ de l'enquête : comment se fait-il que plus de 2000 ans après on parle toujours de lui, que 2,4 milliards de personnes (nous dit notre auteur, je n’ai pas vérifié les chiffres) se réclament de lui et de son message, qu'il ait ainsi imprégné toute notre culture, etc. ? Il y en avait d'autres des guérisseurs et des rebelles politiques à cette époque et même à d’autres ? Pourquoi cet impact là, j'ai envie de dire civilisationnel, de cet homme là ?

C'est là tout le mystère ou le renversement de ce livre : Tobie Nathan ne peut répondre à cette question. Au terme de son enquête. Ou plutôt, il y répond en finale de son dernier petit chapitre par ces mots suspensifs et étonnants, puisqu'il n'est pas question de foi dans ces pages : “ Son destin fut différent. Qui en a décidé ainsi ? Dieu, peut-être ?”

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Tobie Nathan, Jésus le guérisseur, Flammarion, novembre 2017, 127 pages (petit format), 12€.

Bonus : ce que notre auteur dit lui-même de son livre sur son blog...

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Si je devais recommander un livre à qui veut mieux comprendre, découvrir et approfondir qui est Jésus, pour moi ça reste celui de José Antonio Pagola, Jésus. Approche historique, au Cerf, qui fait par contre plus de 500 pages... mais qui est passionnant et pas difficile à lire, le but étant que ce soit accessible a plus grand nombre ! Au passage, notez que Jean Vanier nous en parle dans sa lettre de janvier 2018... Ce qui est une façon de le conseiller à ses amis et notamment de l'Arche donc pas un public de théologiens ou d'exégètes !

Sinon, en livre court, format poche, très bon, et j'ose dire de référence, il y a celui de Daniel Marguerat, L'homme qui venait de Nazareth, aux éditions du Moulin.

Publié dans Essais, Théologie

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