Prier 15 jours avec Thomas More

Publié le par Christophe Delaigue

La collection, vous connaissez sans doute ? Même si je trouve son nom assez faux car beaucoup de volumes invitent de façon générale et à la fin de chaque jour-chapitre non pas à la prière (parler à Dieu comme quelqu'un qui est là) mais à la réflexion et à la méditation à l'école et à l'écoute d'un saint ou d'une figure spirituelle — la collection s'appellerait Vivire 15 jours avec ...” ou “Passer 15 jours avec ...” ce serait plus juste... mais passons ! —, si je n'aime donc pas le titre de cette collection, elle est très intéressante car elle nous plonge dans la vie spirituelle avec une figure qui nous accompagne ainsi pendant 15 jours (si on suit le livre tel qu'il est prévu).

Je viens de découvrir Thomas More. Saint, martyr, proclamé par Jean-Paul II en 2000 saint patron des dirigeants et des hommes politiques et de gouvernement. Et, c'est suffisamment paradoxal de le relever et du coup particulièrement intéressant dans notre société laïque française (et depuis laïciste), il fut choisi comme parrain de la promotion de l'année 1970 de l'ENA ! C'est dire l'envergure du personnage.

 

Alors qui est-il ? C'est un laïc anglais du 16è siècle, marié et père de famille. Homme de foi, il sera l'auteur d'écrits spirituels tout en étant un homme politique d'importance, gravitant un à un les échelons de la vie politique anglaise, jusqu'à occuper le poste de chancelier de la couronne, de 1529 à sa démission en 1532. C'est un homme intègre et c'est pour cette raison là qu'il refusera de rester en place comme chancelier du Royaume, n'étant pas d'accord avec la décision du Roi Henri VIII de se déclarer Chef suprême de l'Eglise d'Angleterre alors même qu'il l'avait conseillé et aidé à rédiger sa Défense des sept sacrements — qui lui valut, à Henri VIII, le titre de défenseur de la foi catholique ! —, quelques années auparavant. Refusant de suivre les évêques anglais dans le schisme qui fut la conséquence de cette décision du roi, au nom du primat de la liberté de conscience et de la responsabilité de chacun face à Dieu et ses engagements, il sera emprisonné et mis à mort en 1535 (il a 57 ans).

Cet homme d'importance, politique, théologique et spirituelle, fut aussi un époux et un père très aimant et bienveillant, même quand ses diverses occupations et responsabilités l'éloignaient trop de sa famille, et même jusqu'en prison où il continuera à écrire à sa famille, à donner des conseils, à prendre des nouvelles. Un homme dont le rythme de vie est assez similaire à beaucoup de pères de familles aujourd'hui, écartelés entre travail, responsabilités, déplacements, et vie de famille. Un homme dont la vie peut donc être pour une part un enseignement pour nous aujourd'hui...

Ami d'Erasme, il défendait déjà, par exemple, la traduction de la Bible pour qu'elle soit accessible au plus grand nombre et qu'elle nourrisse la vie spirituelle des fidèles. C'était novateur, surtout après la crise de la Réforme ! A ceux qui lui opposaient les arguments habituels du risque de mal interpréter il répondait par exemple : “L'objection est qu'il se trouvera des lecteurs pour puiser dans la bible matière à abus. Mais ce n'est pas une raison pour empêcher le profit des autres […]. Cette considération n'a pas empêché que l'Ecriture ait d'abord paru en langue vulgaire que tout le monde comprenant. D'ailleurs si l'on pousse l'argument à fond, il ne faudrait pas proscrire la Bible en anglais seulement, mais en latin aussi, à quiconque, prêtre ou laïc, ne possède qu'une connaissance rudimentaire de cette langue. Bref, à moins de mettre toutes les bibles sous clé dans toutes les langues, il faut accepter le risque et aller de l'avant. Des mesures drastiques sont aussi absurdes que pour un chirurgien de couper une jambe ou un genou agin de protéger l'orteil contre la goutte” (on remarquera au passage, en finale, le sens de l'humour qui le caractérisait ! Cf. p.40).

Une figure passionnante, très actuelle, pour notre vie contemporaine, qui nous invite à ne pas oublier le primat de la conscience, la responsabilité individuelle de chacun dans la formation de sa conscience et dans l'adéquation entre foi et engagements ou responsabilités ; une figure très actuelle dans sa foi en Dieu mais également ecclésialement, quant à l'oecuménisme et le besoin de réconcilier ensemble notre histoire, entre Eglises. Une figure à découvrir. Cette collection le permet grâce aux citations et commentaires de Jacques Mulliez à qui l'on doit aussi une biographie de Thomas More (chez Nouvelle Cité aussi).

---------------

Jacques Mulliez,  Thomas More, Nouvelle Cité, coll. Prier 15 jours avec n°134, avril 2016, 125 pages (format poche), 12,90€.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :