« Bien » communier ? Normes et texte d'un Père et Docteur de l'Eglise

Publié le par Christophe Delaigue

Débat de table entre séminaristes, sur comment doit-on communier... Quelles sont les normes ? Il y a évidemment ceux qui disent que c'est mieux dans la main, ceux qui disent que les textes officiels le tolèrent mais que normalement c'est dans la bouche ; peut-on ou pas à genoux ? Et pour la consécration, pendant qu’on y est ? Etc. Vaste sujet qui finit toujours par crisper tout le monde ; car la question principale ne devrait-elle pas être d'abord : comment je communie, au sens spirituel, la dignité de ce que je fais, la foi en ce qui se joue là, en Celui que j'accueille, et comment se construit notre communion ensemble au Corps du Christ que nous devenons par notre communion au Pain de Vie ?

 

Certes il y a un aspect personnel, intime, de ma relation au Christ, mais il y a aussi la question communautaire, le Corps du Christ que nous sommes et devenons par la célébration commune et l'accueil de ce mystère...

 

Ces sujets m'énervant un peu quand chacun justifie sa position en affirmant ce que dirait la Présentation Générale du Missel Romain, j'y suis retourné. Et là... mince... c'est peu précis... On parle de recevoir l'hostie consacrée avec “le salut requis” (PGMR n°244)... Et on précise à diverses reprises que c'est aux Conférences épiscopales qu'il revient de préciser les normes liturgiques sur tel ou tel aspect, y compris en matière de communion... La nouvelle version de 2002 pour la nouvelle traduction à venir du Missel romain est légèrement plus précise, un peu, au n°161 : “Si la communion est donnée seulement sous l'espèce du pain, (...) le communiant (...) reçoit le Sacrement dans la bouche ou bien, là où cela est autorisé, dans la main, selon son choix”.

 

Sinon, une instruction romaine de 2004 de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements (à laquelle Benoît XVI renvoie dans ce qui semble être le dernier texte officiel sur la question, l'exhortation apostolique de février 2007, Sacramentum Caritate) est encore un peu plus explicite, que je citerai ci-dessous, après avoir d'abord partagé ce très beau texte d'un Père de l'Eglise qui, moi, me parle dans la dignité et la foi qu'il m'invite à vivre et à avoir dans la réception de ce grand mystère que nous célébrons et recevons...

St Cyrille de Jérusalem donc... Je rappelle juste qu'il fut évêque de Jérusalem de 350 à 386, qu'il est né vers 315 et décédé en 387, qu'il est reconnu comme Père de l'Église et qu'il est fêté le 18 mars ; il a été proclamé Docteur de l'Eglise par Léon XIII en 1883. Dans ses Catéchèses mystagogiques il écrit :

« Quand tu t'approches [des saints Mystères Eucharistiques], ne t'avance pas les paumes des mains étendues ni les doigts disjoints mais fais de ta main gauche un trône pour ta main droite, puisque celle ci doit recevoir le Roi, et dans le creux de ta main reçoit le corps du Christ, disant : “Amen”.

« Avec soin alors sanctifie tes yeux par le contact du saint corps, puis prends-le et veille à n'en rien perdre. Car ce que tu perdrais, c'est comme si tu étais privé de l'un de tes membres.

« Dis-moi en effet, si on t'avait donné des paillettes d'or, ne les retiendrais-tu pas avec le plus grand soin, prenant garde d'en rien perdre et d'en subir dommage ? Ne veilleras-tu donc pas avec beaucoup plus de soin sur un objet plus précieux que l'or et que les pierres précieuses, afin de n'en pas perdre une miette ?

« Ensuite, après avoir communié au corps du Christ, approche-toi aussi du calice de son sang. N'étends pas les mains, mais, incliné, et dans un geste d'adoration et de vénération, disant “Amen”, sanctifie-toi en prenant aussi du sang du Christ.

« Et tandis que tes lèvres sont encore humides, effleure-les de tes mains et sanctifies tes yeux, ton front et tes autres sens.

« Puis, en attendant la prière, rends grâce à Dieu qui t'a jugé digne de si grands mystères. »

[Cyrille de Jérusalem, Catéchèses Mystagogiques, 5,18-19, Le Cerf, coll. Sources Chrétiennes n°126 bis, p. 169.]

J'en reviens maintenant aux normes romaines. Comme je le disais au début de ce post', dans l’instruction romaine Redemptoris sacramentum (mai 2004), à laquelle Benoît XVI renvoie dans son exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis de février 2007, nous pouvons lire :

 

« - 90 - Les fidèles communient à genoux ou debout, selon ce qu’aura établi la Conférence des Évêques, avec la confirmation du Siège Apostolique. Toutefois, quand ils communient debout, il est recommandé qu’avant de recevoir le Sacrement ils fassent le geste de respect qui lui est dû, que la Conférence des Évêques aura établi.

 

« - 91 - Au sujet de la distribution de la sainte Communion, il faut se rappeler que les ministres sacrés ne peuvent refuser les sacrements aux personnes qui les leur demandent opportunément, sont dûment disposées et ne sont pas empêchées par le droit de les recevoir. Ainsi, tout baptisé catholique, qui n’est pas empêché par le droit, doit être admis à recevoir la sainte Communion. Par conséquent, il n’est pas licite de refuser la sainte Communion à un fidèle, pour la simple raison, par exemple, qu’il désire recevoir l’Eucharistie à genoux ou debout. 

 

« - 92 - Tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche. Si un communiant désire recevoir le Sacrement dans la main, dans les régions où la Conférence des Évêques le permet, avec la confirmation du Siège Apostolique, on peut lui donner la sainte hostie. Cependant, il faut veiller attentivement dans ce cas à ce que l’hostie soit consommée aussitôt par le communiant devant le ministre. […] »

 

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En note ou en ouverture... Il faudrait ajouter à ces textes normatifs ceux que la Conférence des évêques de France a dû rédigés, puisque tout ce que nous avons cité renvoie à ce qu'autoriseront ou permettront les Conférences épiscopales dans l'application de ces normes générales. Pour la France, je ne sais où les trouver. Il est clair en tout cas que l'habitude avait été prise après le concile de privilégier la positon debout (consécration et communion) et la communion dans la main, mais le disant il nous faut entendre ce que disent les normes romaines ci-dessus qui insistent finalement sur la liberté du choix.

 

La question sera toujours dans quel état d'esprit communions-nous, au Corps présent par le Pain de Vie, que nous recevons, mais aussi, en communion les uns avec les autres, au Corps du Christ qu'est celui de l'Eglise. Comme le dit  la prière après la communion du 27è dimanche du Temps Ordinaire, reprenant St Augustin  : “afin que nous devenions ce que nous avons reçu : le Corps du Christ”.

 

En n'oubliant pas, dans ces histoires de savoir ce qui est le plus digne ou pas, que nous venons de répondre, juste avant d'enter en procession de communion : “Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir”…

 

 

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