Pourquoi le sacrifice de la Croix ?

Publié le par Christophe Delaigue

 

Un ami me laisse un message sur mon répondeur pour prendre quelques nouvelles et il en profite pour me poser deux questions théologiques qui l'ont travaillé hier soir après la messe des Rameaux à laquelle il assistait :

  • Pourquoi un sacrifice humain pour que le message soit entendu ? Jésus n'aurait-il pas pu vivre et mourir vieux comme tout le monde ?
  • Et pourquoi dit-on qu'il prend sur lui nos péchés, qu'il nous sauve par sa mort, par son sang ?

Ce qui m’est venu spontanément...

C'est la question du « il fallait » que l'on retrouve dans les annonces de la Passion et de la résurrection, et même après celle-ci dans le récit des pèlerins d'Emmaüs.

On le voit jusqu'en notre époque, les grands prophètes sont mis à mort ou on veut les faire taire. Toujours. Car la vérité dérange. Toujours. Quand leur parole dit vrai et dénonce... On l'entendait bien d'ailleurs, pour Jésus, dans les textes d'Evangile de ces derniers jours, chez St Jean notamment, avec l'étau qui se ressert ; on cherche comment le faire condamner, il dérange trop, les autorités politiques comme les autorités religieuses. Ça devient une affaire politique que Pilate choisira de ne pas trancher lui-même, comme on l'entendra dans le récit de la Passion du Vendredi saint : il s'en lavera les mains. On l'a entendu dans le récit de ce jour, il laisse le peuple choisir.

Et Dieu laisse faire...

Il laisse faire ?! Oui... Il y a un consentement radical à la liberté des hommes. C'est ça l'amour. Consentir à la liberté de l'autre. Dieu laisse faire, il consent, et Jésus avec lui. Il se laisse mener comme l'agneau à l'abattoir. Pas de façon suicidaire, il ne va pas au-devant de sa mort, la réclamant ou fanfaronnant, non, mais il va jusqu'au bout, il consent à ce qui va advenir, au nom même de son message. Il ne sauve pas sa peau.

Dieu laisse faire ?

Dieu, nous l'entendrons dimanche, va en fait répondre et sauver ! On ne se sauve pas soi-même, on ne peut être sauvé que par l'Autre, le Père. Jésus nous montre le chemin. Oui, Dieu va le sauver, mais pas de façon magique ou tonitruante... Ce sera le tombeau vide, et la résurrection.

Revenons à la Croix... L'arbre de la création, devenu supplice de la croix par la main de l'homme pécheur, vengeur et violent, va devenir Arbre de Vie, passage dans la mort pour devenir signe du triomphe en Dieu, avec Dieu, de sa vie et du don de soi par amour, du salut, quoi qu'il arrive, et malgré les apparences, c'est-à-dire non pas selon notre volonté ou nos rêves de toute puissance de Dieu, mais selon sa volonté, dans le silence du mystère qui laisse libre de croire ou pas.

Jésus, et Dieu par lui, puisqu'il est Dieu, le Fils de Dieu, traverse en son corps la souffrance de tout homme, à son maximum, et la mort, comme tout homme. Il s'est fait vraiment homme, jusqu'au bout, jusque là. Il s'est abaissé complètement, pour nous entraîner avec lui dans le cœur du Père. Abaissement, passage, retour au Père.

Et pour cela, oui, c'est terrible, il meurt. Il meurt comme l'innocent maltraité, moqué, rejeté, abandonné. Oui, il meurt de la violence des hommes, du rejet, de l'incompréhension, du refus d'entendre qui il est et son message. On appelle cela le péché.

Jésus est victime du péché des hommes, le péché du monde. Il le prend sur lui, pour nous dire, en actes, que le péché conduit toujours à une forme de mort, mais que le pardon et le salut de Dieu sont plus forts. Que la vie de Dieu, avec Dieu, est plus forte que tout mal et que toute mort, même malgré les apparences.

Et il faudra le vide, le silence du Samedi saint, précédé du cri de Jésus entendu ce jour qui est celui de l'humanité qui souffre et donc de certains d'entre nous parfois, le cri face au  sentiment d'abandon par Dieu, mais précédé aussi de son pardon et de son abandon au Père, pour que nous découvrions que la mort n'a pas, finalement le dernier mot, qu'elle n'est pas le dernier mot de l'histoire. D'ailleurs, tout le temps pascal, qui va alors s'ouvrir pour nous, nous est donné pour que nous entrions petit à petit dans une compréhension et dans la foi en ce mystère de vie.

Dans le livre de la Genèse, l'histoire de l'humanité commence par une histoire d'arbre et de mensonge qui entraînent le mal, le péché, la violence, et la mort, avec le premier fratricide, non voulu par Dieu, mais conséquence de la liberté des hommes. Le sang est versé... Au livre de l'Exode, lors de la libération, juste avant, dans le récit que nous entendrons au soir du Jeudi saint, Dieu demande de tuer un agneau et de mettre du sang sur les portes des maisons où habitent les Hébreux, comme signe de protection quand Dieu va passer... Au soir de la mort de Jésus, l'arbre devenu objet de supplice devient passage de la mort à la vie de Dieu, avec ce signe du sang versé. Le sang qui est la vie en nous, la vie qui s'échappe de son corps qui meurt mais qui est vie donnée au monde, vie qui va féconder autrement notre monde... dans le mystère à accueillir, petit à petit, de la résurrection : Dieu sauve, Dieu libère de l'emprise du mal et de la mort, avec lui la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort.

C'est promesse qui s'accomplit par le sacrifice de la Croix et par la résurrection, dès maintenant, comme moteur de vie, de confiance et d'espérance, au cœur des épreuves que nous avons à traverser ici-bas, et pour toujours, dans ce passage de la mort que nous aurons à vivre.

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Illustration : tableau du Père Rib, cure St Maurice de Vienne.

Publié dans Méditations, Théologie

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