Homélie dimanche 29 juillet 2018

Publié le par Christophe Delaigue

17ème dim. du Temps Ordinaire / Année B

Eglise de la Ste Croix, Ixelles (Bruxelles)

 

2R 4,42-44 / Ps 144 (145) / Ep 4,1-6/ Jn 6,1-15

 

Ce récit d’Evangile, on le connaît bien je crois. Mais j’espère qu’il y a quelque chose qui vous étonne dans ce qu’on vient d’entendre ! Pas seulement parce qu’on a une fois de plus un récit de miracle. Mais bien plus parce que ce miracle, ce signe, cette multiplication des pains, ça ressemble franchement au récit qu’on a entendu en 1ère lecture ! On dirait presqu’il y a comme un copier-coller, à quelques détails près…

 

Est-ce que ça voudrait dire, du coup, que cette histoire n’est qu’une reprise d’une belle histoire plus ancienne mais pas vraiment un évènement réel de la vie de Jésus ? Sauf qu’il y a un autre truc étonnant : ce passage fait partie des rares récits qui soient communs aux quatre évangélistes, qui, je vous le rappelle ou je vous l’apprends, ne se connaissaient pas : ils n’écrivent pas tout à fait dans les mêmes années et ils sont dans des régions du bassin méditerranéen complètement différentes… Ce récit, qu’il soit donc stricto-sensu historique ou non, relate donc bien quelque chose d’important pour les 1ères communautés chrétiennes. Même si c’est étonnant que ce soit presque la même histoire que celle de la 1ère lecture.

 

Que s’est-il exactement passé ce jour là, je ne sais pas. Et ce n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est de savoir ce que les 1ères communautés chrétiennes veulent nous dire avec ce récit, ce qui compte cest dentendre dans quelle expérience de foi elles veulent nous faire entrer. Et de comprendre, du coup, ce qui nous est dit de Jésus, de son identité et de sa mission. Et vous le savez, cette question de l’identité de Jésus c’est la question des évangiles, c’est la question qui traverse les quatre évangiles et qui nous est posée à nous aussi : qui est-il, cet homme Jésus ? Et qui est-il pour nous, aujourd’hui, lui que nous croyons ressuscité et au nom de qui nous nous rassemblons toujours, plus de 2000 ans après sa mort ?

 

Dans le récit qu’on vient d’entendre, Jésus est celui que les foules suivent. Elles le suivent car il fait des signes prodigieux ; et notamment, nous dit-on, il guérissait les malades. Je ne sais pas pourquoi les uns et les autres nous croyons en Dieu ou nous voulons y croire, mais c’est peut-être bien pour les mêmes raisons, parce que nous aimerions nous aussi, parfois, un petit signe, un petit miracle, une petite réponse à nos prières ; ce serait comme une preuve que Dieu existe bien, qu’il sert même à quelque chose, et, pourquoi pas, puisque Jésus nous le promet, qu’il y aura bien une vie après la mort…

 

La foule suivait donc Jésus, à cause des signes qu’elle a vus, mais peut-être aussi parce qu’elle avait compris qu’avec cet homme, Jésus, il se passait quelque chose d’étonnant, quelque chose de plus que la « normale », quelque chose qui est de l’ordre des promesses que Dieu avait fait à son peuple. On nous dit d’ailleurs, à la fin de cette page d’évangile, qu’à « la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »

 

Jésus serait donc « le Prophète annoncé » ; voilà une expression qui fait le lien avec la 1ère lecture. Parce que celui qui était « le Prophète annoncé », c’est le prophète Elie, qui devait revenir, celui qui a été emporté sur son char de feu, celui qui a confié à Elisée, son fils spirituel – celui de notre lecture –, de continuer sa mission de prophète pour préparer son retour et annoncer l’arrivée imminente du Règne de Dieu. Il est là le lien entre ces deux récits qu’on entend ce matin : Jésus est celui qui vient accomplir les promesses de Dieu, il est celui que le peuple attendait, il est l’envoyé de Dieu. Et si le prophète Elisée a pu nourrir 100 personnes avec 20 pains d’orge et du grain frais, lui, Jésus, nourrit plus de 5000 hommes, avec encore moins, avec presque rien, mais avec le tout petit peu qui lui suffit – 5 pains d’orge et 2 poissons. Et il va même en rester !

 

Ce qui nous est donné ici à entendre, et à faire nôtre, c’est qu’avec sa venue – la venue de Jésus – c’est la démesure qui advient, la démesure et l’abondancede la grâce de Dieu, la démesure de la grâce de Dieu pour qui veut bien l’accueillir, pour qui veut bien reconnaître en Jésus la présence même de Dieu, la présence agissante de Dieu. La démesure, l’abondance, car Jésus va nous révéler que Dieu voudrait sauver tous les hommes et n’en perdre aucun… Il resta d’ailleurs 12 paniers de pain !

 

Jésus a nourri et rassasié les foules. De sa parole et de sa présence. Mais aussi, très concrètement, par ce geste du pain partagé. Qu’en est-il pour nous ? Est-ce que nous croyons que Jésus peut nous rassasier, nous aussi, aujourd’hui ? Sans doute que nous y croyons, au moins un peu, sinon nous ne viendrions pas ici, semaine après semaine. Peut-être que nous en sommes au stade des foules qui veulent des signes ou qui veulent une petite réponse à leur demande et donc qui viennent, on ne sait jamais… C’est déjà ça… Mais je vous assure que Jésus nous promet bien plus ! Il vient et il veut nous nourrir, nous rassasier ; il vient et il veut combler nos désirs de vie et d’absolu ! C’est ça la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Et c’est pour tous ! Voilà  ce que nous sommes invités à croire !

 

Sauf que concrètement, il se passe quoi dans notre vie quotidienne ? Concrètement, et le plus souvent, il se passe… pas grand-chose, en apparence… mais quelque chose qui est en fait extraordinaire : Jésus nous promet que notre confiance en lui peut tout changer. Non pas d’abord changer le cours des choses, mais changer notre façon de les vivre. Je peux décider de traverser les épreuves de la vie avec lui, dans cette confiance que le mal et la mort n’ont pas le dernier mot de nos vies… Pensez à ce verset de l’évangile de Matthieu – que mes paroissiens en France m’entendaient souvent citer – : « Venez à moi vous tous qui peinez, je vous donnerai le repos » ; Jésus ne dit pas qu’il supprimera notre fardeau, non, mais qu’il nous donnera le repos, la paix du cœur ; si nous venons à lui, c’est-à-dire si nous lui faisons cette confiance que sa présence peut changer notre façon de vivre et de traverser cette vie.

 

Changer notre façon de vivre les évènements c’est aussi accepter d’entendre l’appel qu’il adresse aux disciples dans le récit qu’on a entendu et tout au long des évangiles, l’appel à retrousser nos manches, à l’écoute de l’Esprit Saint, pour prendre soin, nous aussi, de celles et ceux que nous allons croiser. Le petit peu que nous avons, le petit peu dont nous disposons, ça suffit. Le petit peu de foi en la présence de Jésus comme le petit peu de forces ou d’idées que nous avons pour aimer concrètement notre prochain et prendre soin de celui qui en a besoin.

 

Concrètement, Jésus nous promet d’être lui-même notre force pour avancer sur ce chemin ; c’est le mystère de l’eucharistie, ce mystère étonnant qui nous rassemble et qui reste livré à notre foi. Il nous suffit juste de croire que Jésus peut être cette nourriture et cette force dont nous avons besoin pour vivre et pour arriver à vivre avec lui les appels de l’Evangile…

 

Alors avant d’entrer dans ce temps de la célébration et de l’accueil de ce mystère nous prenons quelques instants de silence pour offrir au Seigneur ce que nous traversons... offrir au Seigneur notre confiance... offrir au Seigneur ce que ces mots éveillent en nous...

Publié dans Homélies

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