La prière

Publié le par Christophe Delaigue

 

C'est l'histoire de Thomas, jeune drogué d'une vingtaine d'années, envoyé dans un camp pour sortir de la dépendance. La méthode du lieu est particulière : rigueur quasi militaire, travail difficile et prière. En fait, est ici filmée la vie de ces jeunes envoyés dans les communautés du Cenacolo, fondées en 1983, à Turin, par Soeur Elvira. Ici nous sommes visiblement dans les montagnes du Trièves, en tout cas vers Grenoble (pour le film, car en France cette communauté est présente vers Lourdes, à Ars et à Lille).

Nous suivons Thomas, de son arrivée jusqu'au jour où il en repartira. Plusieurs mois, plus d'une année même, où il va apprendre à revivre, à se laisser aimer, à se reconstruire. De longs mois où il va lutter avec lui-même et le sevrage qui lui est imposé, avec ses frères de communauté, aussi, et toutes les règles qui sont là pour leur permettre d'avancer vers une guérison.

Le film est âpre, rude, violent même, tourné en séquences juxtaposées. Tout n'est pas dit ni montré, beaucoup est suggéré. Et l'on voit, petit à petit, Thomas qui se pacifie, qui se laisse faire, puis qui devient un aîné pour d'autres, ce qu'ils appellent un ange-gardien.

Et on les voit prier. Une réalité qui a visiblement marqué le réalisateur. On se sent parfois un peu extérieur à ces scènes qui peuvent sonner étrangement au spectateur que nous sommes. Les jeunes du film, les acteurs, ont appris eux-mêmes les chants, et c'est beau, un peu âpre aussi. On les voit prier le chapelet, écouter la Parole de Dieu à l'Adoration ou à la messe, faire silence également. Et là, on comprend ce qu'on pressent de ce qui se passe. La grâce. On pourrait croire à quelque chose d'un peu volontariste quand un des jeunes dit que la foi il l'a acquise, qu'elle vient, à force de prier. Peut-être, mais quoi qu'il en soit on est témoin de la grâce qui opère en Thomas. Sans doute pas seulement par la prière, mais par la vie fraternelle, qui lui est difficile et qui demande de prendre beaucoup sur soi dans les règles qui sont imposées ; également par la découverte du sentiment amoureux comme par l'amitié et par la confiance qui est mise en lui ; et par la prière, oui, et par la Parole entendue qui va venir rejoindre ses questions, toucher son coeur. C'est un ensemble, c'est sûr. Et s'ouvrant à la foi, Thomas s'ouvre en même temps à lui-même et à la vie. Ou inversement. Tout est lié. Et l'âpreté du film, la rudesse, semble alors comme s'estomper derrière la grâce qu'on pressent ; on se laisse faire par le film comme Thomas apprend à se laisser faire, à consentir à ce qu'il doit vivre et à lui-même.

A ce propos, la scène avec soeur Elvira est un peu étonnante et même dérangeante, provoquant Thomas jusqu'à le gifler, pour qu'il s'ouvre et accepte de laisser jaillir de lui ces larmes qu'il contient depuis trop longtemps. Un séminariste que je connais, qui a passé quelques semaines au Cenacolo et qui a rencontré soeur Elvira, m'a confirmé qu'elle ne s'y prend pas ainsi, alors que tout du film est vraiment fidèle à ce qui se vit pour de vrai. Cette scène veut nous montrer Thomas qui cède à accepter que sa carapace soit brisée, alors la grâce peut opérer et il va pouvoir consentir...

La question d'une vocation spécifique, en l'occurence à devenir prêtre, est alors abordée, de façon très belle j'ai trouvé, nous montrant très bien l'élan et l'urgence du désir à vouloir répondre et en même temps les doutes, le besoin de discerner et de faire la vérité sur ce qui se passe en soi. Ce n'est pas très long dans le film, seulement dans le dernier quart, mais c'est bien amené et bien conduit.

Pour moi c'est du très beau cinéma, passé la rudesse du début qui peut agacer car on n'a pas l'habitude de cette façon de filmer. Et pas sûr que le titre ait permis à beaucoup d'avoir la curiosité de voir ce film, sans parler de l'affiche qui à mon avis est à côté du propos ou qui veut trop en faire... Dommage... Oui, dommage car ce film que je n'avais pas vu quand il est sorti il y a quelques mois vaut vraiment le coup, cinématographiquement et spirituellement. Il est signé Cédric Kahn, et c'est Anthony Bajon qui interprète superbement le rôle de Thomas.

La bande annonce...

Publié dans Témoignages, Cinéma

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