Homélie dimanche 9 septembre 2018

Publié le par Christophe Delaigue

23ème dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Eglise de la Ste Croix, Ixelles (Bruxelles)

Is 35,4-7a / Ps 145 / Jc 2,1-5/ Mc 7,31-37

 

« Pourquoi lui et pas moi ? »

 

Pourquoi ce sourd-presque-muet est-il guéri par Jésus et pas moi ou tant d’autres malades ? Est-ce que Dieu choisit ? Mais alors, comment choisit-il ?

 

Cette question, elle peut légitimement nous habiter, quand nous tombons sous le coup de la maladie ; et nous sommes d’ailleurs nombreux à prier pour la guérison d’un proche ou pour la nôtre, parce que nous croyons que Dieu ne peut que vouloir et que faire le meilleur pour nous. Encore hier, par exemple, mon évêque, en France, me disait au téléphone qu’il continue à prier pour ma guérison. Moi aussi, d’ailleurs… Parce que, oui, je crois, il nous faut demander à Dieu ce qui est pour nous de l’ordre de la vie, comme un enfant se tourne vers son Père qui veut le meilleur pour lui ; oui il nous faut nous tourner vers Dieu pour lui confier ceux que nous aimons, car nous avons foi en lui, et parce que nous voyons bien de temps en temps tel miracle, à Lourdes ou ailleurs, qui nous entretient dans cette confiance et cette espérance.

 

Mais alors… « Pourquoi lui et pas moi ? »… Bonne question… qui n’est pas celle de la foule de l’évangile, vous aurez peut-être remarqué. Eux ils sont remplis d’admiration, et on les comprend vu qu’il vient d’y avoir un miracle ! Ils sont frappés par ce qu’ils voient et sans doute par ce que le sourd-presque-muet leur raconte, lui dont la langue a été déliée.« Extrêmement frappés, ils disaient : Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »

 

Mais oui, c’est donc ça ! « Il fait entendre les sourds et parler les muets » ! Moi je ne suis ni sourd ni muet, voilà peut-être « Pourquoi lui et pas moi ? »… Sauf que se poser ainsi la question ce serait chercher une excuse à Dieu ou à sa non réponse apparente, vous ne croyez pas ?

 

En même temps c’est capital cette exclamation de la foule car elle est en train de nous dire – écoutez-bien – : Jésus, cet homme qui a guéri notre sourd-presque-muet, Jésus est peut-être bien celui qui vient accomplir les promesses de Dieu, ces promesses qui ont été annoncées par les prophètes, et notamment celles d’Isaïe que nous entendions en 1ère lecture. Car il nous a dit : « Alors (…) s’ouvriront les oreilles des sourds (…) et la bouche du muet criera de joie », mais aussi : « les yeux des aveugles se dessilleront » et « le boiteux bondira comme le cerf ». La voilà la Bonne Nouvelle ! Jésus ne serait-il pas celui qui vient accomplir les promesses de Dieu, la promesse qu’il vient lui-même, comme a dit Isaïe, qu’il vient lui même et qu’il va nous sauver ?!

 

Jésus est l’accomplissement des promesses de Dieu, c’est notre foi ; c’est à cette confiance là que nous sommes appelés, à cette espérance là. Au cœur de ce que nous traversons, au cœur peut-être de ce qu’Isaïe a appelé en tout début de 1ère lecture « nos affolements », Dieu vient nous sauver. Dieu nous sauve. C’est d’ailleurs le nom de Jésus : « Dieu sauve ». Et il est même l’Emmanuel, « Dieu avec nous ». Voilà comment il sauve.

 

Et c’est intéressant ce détail là ! Dieu sauve en étant avec nous. Pas de loin, perdu je ne sais où dans le Ciel. Non, il sauve en étant « Dieu avec nous ». Et c’est ça qui se passe dans notre évangile. Car vous aurez peut-être remarqué que Jésus ne guérit pas de façon spectaculaire qui en mette plein la vue, comme dans une sorte de grand spectacle devant une foule en délire, ce qui serait tellement mieux pour qu'on ait bien vu qu'il a agi ! Non, Dieu sauve, Jésus guérit, loin du regard de la foule qui veut des miracles et surtout des preuves que Dieu est là et qu’il va agir. Jésus guérit notre sourd-presque-muet dans une rencontre personnelle, une rencontre quasi intime comme la prière, il le guérit en le prenant à l’écart. Et là il lève les yeux au ciel – peut-être une image pour nous dire qu’il prie le Père – et il soupire – une sorte de son avec du souffle, ce qui peut rappeler le souffle de l’Esprit Saint, et en même temps une sorte de gémissement, peut-être, comme une plainte – et il peut dire : « Effata ! (…) Ouvre-toi », une parole qui est accompagnée d’un double geste : il lui a mis les doigts dans les oreilles et il lui a touché la langue avec sa propre salive, comme s’il lui transmettait un peu de lui-même…

 

« Effata ! (…) Ouvre-toi ». Et désormais notre sourd-presque-muet qui n’est plus sourd et qui va pouvoir parler correctement peut entendre cet ordre que Jésus donne à la foule, l’ordre de ne rien dire, consigne étonnante pour lui qui a désormais la capacité de dire !

 

Pourquoi cet ordre là, presqu’ahurissant ? Parce que Jésus ne veut pas être pris pour un faiseur de miracles. Il n’est pas venu pour cela ! Nous pouvons nous demander tant que nous voulons « Pourquoi lui et pas moi ? » cela ne changera rien, nous ne serons pas plus guéris pour autant, sauf si Dieu veut, mais lui seul. Notre seule plainte doit désormais être celle de Jésus lui-même au Mont des Oliviers : « Non pas ce que je veux, Père, mais ce que tu veux »

 

A nous, alors, d’entendre ce que Dieu veut faire dans notre vie ou plutôt, je crois, ce à quoi il va nous appeler, au cœur de ce que nous vivons ; et donc à nous de nous ouvrir à sa présence qui va se dire. Et à nous, alors, de crier de joie, de rendre grâce, pour ce que Dieu fait en notre vie, quoi que nous traversions.

 

« Effata ! (…) Ouvre-toi », nous dit-il ce matin... Oui, « Effata ! (…) Ouvre-toi » à ma présence et à mes appels d’Evangile, nous dit-il à chacun…

 

Et désormais la question n’est plus « Pourquoi lui et pas moi ? » mais : « Seigneur, qu’attends-Tu de moi ? Oui, Seigneur, et donne-moi d’apprendre à m’ouvrir à Ta présence, dans le silence de la prière et dans l’écoute de Ta Parole. Oui, Seigneur, donne-moi d’apprendre à m’ouvrir à Toi pour entendre le Souffle de Ta présence et ce que Tu chuchotes en moi et au cœur des rencontres de chaque jour, ce que Tu chuchotes comme chemins de réponses à mes cris ou à ceux qui Te sont adressés pour moi. Oui, Seigneur, viens me sauver, comme Tu voudras, mais permets que quoi qu’il arrive, au cœur de ce que je traverse, j’ai foi en Ta présence et en Ton amour. Permets que je puisse entendre cela, mais aussi les cris de ceux qui souffrent autour de moi, et qu’avec Toi je puisse alors oser des paroles d’espérance et que j’ose proclamer ma joie à savoir que Tu es là, malgré tout, ma joie d’espérance à savoir que Tu es là dans tout ce qui est de l’ordre de la vie plus forte que tout mal »…

 

« Pourquoi lui et pas moi ? »... Tout simplement pour que nous entendions que Jésus est celui qui accomplit les promesses de Dieu ; que par lui, Jésus, le salut est arrivé, dont les quelques miracles sont des signes pour que nous ayons foi ; que par lui, Jésus, la vie est et sera, quoi qu’il nous arrive, plus forte que tout mal et que toute mort, que malgré les apparences peut-être, elle est bien, elle est déjà, plus forte que tout mal. C’est notre foi, et c’est en tout cas ce moteur de confiance et d’espérance que nous pouvons faire nôtre pour accueillir chaque jour comme un don que Dieu nous fait. Alors, nous allons découvrir que oui, nous aussi nous sommes sauvés et aimés de Dieu, que la vie est là, comme un torrent d’eau jaillissante, comme disait Isaïe, qu’elle est bien là, malgré tout, plus forte que les désespérances et les manques de foi, qu’elle est là, cette vie promise, plus forte que les affolements de certains jours ; et que Dieu nous redit à chacun, ces mots d’Isaïe :

« Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu (…). Il vient lui-même et va vous sauver »

N’est-ce pas d’ailleurs ce que nous célébrons à chaque eucharistie ?

Publié dans Homélies

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