Homélie mardi 6 novembre 2018

Publié le par Christophe Delaigue

Mardi de la 31ème semaine du Temps Ordinaire

Carmel St Joseph (Bruxelles)

Ph 2,5-11 / Ps 21 (22) / Lc 14,15-24

 

La 1ère lecture nous invite à contempler le Christ et à méditer sur le mouvement de son incarnation, cette dynamique d’abaissement-glorification que St Paul met ici en mots et qui est aussi celle de chaque eucharistie.

J’aimerais m’arrêter quelques instants sur la toute première phrase que nous avons entendue et qui nous concerne directement pour le concret de notre vie baptismale et spirituelle : « Frères, [sœurs,] ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus », c’est-à-dire, « ayez en vous » les mêmes dispositions que lui. C’est-à-dire ? 

Quelles sont-elles ces dispositions ? Ce sont celles de l’humilité et de l’abaissement, les dispositions du service de l’autre en se faisant son semblable, c’est-à-dire en le rejoignant là où il est et même, j’ai envie d’ajouter, là où il en est, là où il en est de son histoire, de son chemin de foi, là où il en est de ses questions sur le sens qu’il donne ou qu’il veut donner à sa vie…

Voilà l’abaissement auquel nous sommes appelés, pour suivre le Christ, pour vivre à son école. Et St Paul d’ajouter la question de l’obéissance, c’est-à-dire la confiance au chemin qui se dessine, la confiance en l’amour du Père, quoi qu’il arrive, et du coup l’adhésion à ce qui advient, en l’occurrence pour Jésus la mort sur la Croix, c’est-à-dire le don de soi par amour jusqu’au bout, pour sauver celles et ceux qu’il est venu rejoindre dans cet abaissement, celles et ceux que le Père invite et veut recevoir à sa table, celle de notre évangile.

Cet abaissement du Christ m’a fait penser au lavement des pieds... Avec ce geste on se fait serviteur de l’autre, en s’abaissant devant lui. Comme lorsque l’on vit le service concret de l’autre en prenant soin de lui.

(Août 2013 - Icône écrite par une moniale de St Bernard-du-Touvet, en cadeau de départ)

(Août 2013 - Icône écrite par une moniale de St Bernard-du-Touvet, en cadeau de départ)

Dans les communautés de l’Arche de Jean Vanier, dont je suis proche, ce geste prend un sens tout particulier car c’est le même, par exemple, que celui des toilettes pour celles et ceux qui ne peuvent pas se laver seuls. Pour moi ce fut l’expérience que face à un pied à laver on est tous un peu handicapé, on balbutie tous le geste dans une sorte de « comment faire ? » Si vous l’avez déjà vécu en communauté les unes pour les autres, vous voyez je pense de quoi je parle, sinon je ne peux que vous encourager à vivre ensemble ce geste.

Le lavement des pieds c’est le geste de l’abaissement à hauteur de l’autre, où l’on ne se regarde plus de haut. Seul compte alors le geste qui est en train de se vivre, qui est celui du prendre soin de l’autre pour lui permettre de se relever et de reprendre son chemin.

Et vous le savez, le geste du lavement des pieds est dans l’évangile de Jean à la place du récit de l’institution de l’eucharistie. C’est le geste eucharistique par excellence. Et c’est bien ce que St Paul nous a dit : le Christ Jésus s’est offert pour nous, il a été jusqu’au bout du don de lui-même, il n’est pas resté sur un piédestal de toute-puissance qui regarde de haut les hommes et les femmes que nous sommes qui se débattent dans ce monde traversé par la violence et la souffrance, non, il est descendu, il s’est livré entre nos mains et son corps a été brisé. Mais c’est pour nous ouvrir le chemin vers le Père dont la puissance se manifeste là, dans le silence de la nuit et la prise de conscience d’une présence qui apaise, dans la prise de conscience de la vie qui nous traverse et qui, avec le Christ qui veut se faire notre force, avec l’Esprit Saint aussi qui est promis à qui le demandera, le vie qui est et qui sera plus forte que tout mal et que toute mort.

Voilà le banquet qui nous est promis, la victoire de la vie, voilà ce à quoi le Père veut que nous ayons part. Nous et d’autres, tous les autres. Et pour cela, vous le savez bien, il a besoin de nous, à notre mesure mais toute notre mesure, il a besoin de notre abaissement, de notre service du frère, en communauté, pour nous laisser relever les uns les autres et ainsi pouvoir le vivre en dehors, dans nos lieux d’engagements.

La question, peut-être, qu’il faut que nous nous posions chacun et chacune, la question qu’il nous pourrons alors déposer avec les offrandes pour que le Christ vienne la prendre avec lui, et nous avec : qu’est-ce qui résiste en moi, très concrètement, à servir l’autre, à l’aimer, ici en communauté comme dans les engagements qui sont les miens ? Qu’est-ce qui résiste en nous, en moi, à aimer vraiment jusque dans les petites choses de chaque jour ? Qu’est-ce qui résiste en moi à me rendre présent et attentif, à Dieu comme aux frères et sœurs qui me sont donnés ?

Ces résistances d’abaissement, Seigneur nous Te les confions… Viens nous façonner toujours et encore pour une vie toujours plus eucharistique, avec Toi. Amen.

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