La crèche et la croix

Publié le par Christophe Delaigue

Quand je pense au mystère de Noël et à ce temps de l'Avent qui arrive bientôt, me viennent presque toujours ces mots lus il y a quelques années, j'étais encore au séminaire, il y a 15 ans peut-être ; ces jours encore alors qu'on me demandait un article sur le sens de l'Avent, Noël et l'incarnation : 

« Quand les jours se font courts, quand les premiers flocons d’un véritable hiver se mettent à tomber, timidement, silencieusement montent en nous les premières pensées de Noël. De ce simple mot se dégage un tel charme que nul cœur ne peut lui résister. Même les fidèles d’une autre foi, les incroyants, ceux pour qui l’histoire de Bethléem, ne signifie rien, se préparent à la fête et se demandent comment, ce jour là, faire jaillir autour d’eux une étincelle de joie. C’est, déjà des semaines, des mois à l’avance, comme un chaud courant d’amour qui se répand sur la terre. La fête de l’amour et de la joie – c’est bien cela, l’étoile vers laquelle tous marchent en ce début d’hiver.

« Mais pour le chrétien (…) Noël c’est encore autre chose. C’est à la crèche que l’étoile le conduit, à l’Enfant qui apporte la paix à la terre. (…) 

« Lors de la veillée, quand scintille l’arbre de lumière et que s’échangent les cadeaux, le désir inassouvi d’une autre lumière monte en nous, jusqu’à ce que sonnent les cloches de la messe de minuit et que se renouvelle, sur des autels parés de cierges et de fleurs, le miracle de Noël. Et le Verbe s’est fait chair. Nous voilà parvenus à l’instant bienheureux où notre attente est comblée. »

 

Ces lignes sont d'Edith Stein, philosophe allemande d'origine juive, disciple de Husserl, qui deviendra carmélite sous le nom de soeur Thérèse-Bénédicte de la Croix et qui mourra à Auschwitz ; canonisée par Jean-Paul II, il l'a aussi déclarée co-patronne de l'Europe.

Ce sont là les premières lignes d'une conférence qu'elle donna le 31 janvier 1931 sur Le mystère de Noël, rééditée dans le livre La crèche et la croix où lui sont adjoint des méditations plus tardives, de ses années de carmel, sur le mystère de la Croix.

La crèche et la croix

Ce petit opuscule nous fait entrer dans la pensée spirituelle de la sainte qui nous redit combien le mystère de l'incarnation que nous fêtons à Noël est complètement lié à celui de la Passion et de la résurrection. On sait bien, d'ailleurs, que la fête de Noël prend tout son sens en référence aux fêtes pascales et qu'historiquement celles-ci ont été instaurées et célébrées avant celle-là.

Mais plus fondamentalement ce livre nous fait entrer petit à petit et par de courtes méditations dans le mystère de la venue du Christ, depuis Bethléem, jusqu'en cet autre mystère qu'est celui de la Croix, au Golgotha. Deux faces inséparables, en fait, d'une même réalité, dès la crèche comme dans nos vies...

Des flocons de l'hiver et des souvenirs du sapin de Noël au coeur du mystère d'un Dieu qui se fait homme jusqu'à mourir et qui se donne aujourd'hui encore dans cet autre (et même) mystère qu'est l'eucharistie, c'est toute l'histoire de notre salut qu'Edith Stein met en mots, mais aussi son histoire, du sens qu'elle donne à la vie consacrée qu'elle a embrassée, et dont elle parle également en ces pages, au drame de la mort qui va l'emporter, le drame du non-sens de la haine, du mal et du péché.

Un livre qu'une très belle préface de Philippe  Secretan (co-traducteur) introduit et présente, nous donnant les raisons d'avoir conjugué ensemble, dans un même recueil, ces différents textes. En tout cas une belle façon, je trouve, d'entrer en Avent, dans quelques semaines, pour cheminer dès maintenant au coeur du mystère de notre foi qui vient à nous en ces fêtes de Noël qui se profilent déjà...

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Edith Stein, La crèche et la croix, éditions Ad Solem, octobre 1995, 93 pages.

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