D'un Noël à l'autre... | Avent et incarnation...

Publié le par Christophe Delaigue

Pour le numéro de décembre 2018 de Relais 38, le journal des communautés catholiques du diocèse de Grenoble-Vienne, on m'a demandé d'écrire un article sur le mystère de Noël et plus largement sur le sens de ce temps de l'Avent dans lequel nous venons d'entrer et sur l'incarnation... 

D'un Noël à l'autre... | Avent et incarnation...

Alors que les fêtes de Noël approchent, et ce temps de l’Avent qui va les précéder et nous y conduire, prenons le temps de nous arrêter un peu sur le sens de ce que nous allons célébrer, sur ce que cela nous dévoile de Dieu et sur ce que cela induit pour notre vie…

 

D’un Noël à l’autre…

Dans son livre La crèche et la croix, Edith Stein [1] commence sa conférence sur « Le mystère de Noël » par ces mots éveillant en nous des souvenirs d’enfance :

« Quand les jours se font courts, quand les premiers flocons d’un véritable hiver se mettent à tomber, timidement, silencieusement montent en nous les premières pensées de Noël. De ce simple mot se dégage un tel charme que nul cœur ne peut lui résister. Même les fidèles d’une autre foi, les incroyants, ceux pour qui l’histoire de Bethléem, ne signifie rien, se préparent à la fête et se demandent comment, ce jour là, faire jaillir autour d’eux une étincelle de joie. C’est, déjà des semaines, des mois à l’avance, comme un chaud courant d’amour qui se répand sur la terre. La fête de l’amour et de la joie – c’est bien cela, l’étoile vers laquelle tous marchent en ce début d’hiver.

« Mais pour le chrétien (…) Noël c’est encore autre chose. C’est à la crèche que l’étoile le conduit, à l’Enfant qui apporte la paix à la terre. (…) »

Edith Stein de conclure cette méditation : « Lors de la veillée, quand scintille l’arbre de lumière et que s’échangent les cadeaux, le désir inassouvi d’une autre lumière monte en nous, jusqu’à ce que sonnent les cloches de la messe de minuit et que se renouvelle, sur des autels parés de cierges et de fleurs, le miracle de Noël. Et le Verbe s’est fait chair. Nous voilà parvenus à l’instant bienheureux où notre attente est comblée. » [2]

Le voilà le mystère qui nous attend. Le voilà ce mystère dont l’Avent est déjà la célébration en déploiement, la mise en mots plus que la préparation. Car il nous faut entrer toujours et encore dans le sens de ce que nous allons célébrer à Noël : « le Verbe [qui] s’est fait chair », bonne nouvelle qui n’est pas seulement celle d’un passé qui s’éloigne mais celle de ce que nous actualisons à chaque eucharistie : Dieu qui se donne aujourd’hui encore, Dieu qui se livre entre nos mains aujourd’hui encore, Dieu qui nous entraîne avec lui vers notre destinée : la vie en Lui, avec Lui.

 

Noël, temps de l’avènement du Sauveur…

Le temps de l’Avent est celui de l’avènement. L’avènement, la venue, de Jésus, notre Sauveur. Jésus que nous reconnaissons comme le Messie, la promesse de Dieu qui s’accomplit. Jésus qui va naître, vivre, mourir et ressusciter. Il est là le sens de l’incarnation, la venue en notre chair – en notre humanité – de celui que nous reconnaissons comme Fils de Dieu et même Parole de Dieu : il nous rejoint, il se fait l’un de nous, pour nous entraîner avec lui en vie éternelle. Si nous mourons avec lui, dira St Paul dans sa 2ème lettre à Timothée (ch. 2 versets 11 et 12), avec lui nous vivrons, et si nous souffrons avec lui, avec lui nous règnerons. Dieu en son Fils Jésus Christ vient nous rejoindre en notre humanité pour nous entraîner en cette dynamique là de vie : la victoire, avec lui, sur tout mal et toute mort. La résurrection.

 

Noël, fête de Dieu qui tient promesse et qui veut éclairer les nuits du monde…

La promesse qui nous est ici faite – au cœur même de la fête de Dieu qui tient ses promesses, puisque la venue du Messie est accomplissement de ce que les prophètes avaient annoncés – c’est que les épreuves de nos vies, les ténèbres et les nuits que nous traversons, ne sont pas le dernier mot de notre histoire, et peuvent s’éclairer d’une clarté nouvelle, aussi imperceptible et petite serait l’étincelle de vie et d’amour qui va nous traverser. Que là est notre espérance. Que là Dieu vient nous rejoindre. C’est la Bonne Nouvelle de la venue de son Fils. C’est ce que le prophète Isaïe nous dira en promesse dans la 1ère lecture de la nuit de Noël (Is 9,1-6) : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, (…) sur le pays de l’ombre une lumière a resplendi » ; et le signe qui nous sera donné de cela : un enfant, dit-il, qu’on appellera « Prince de la Paix ».

Laissons résonner ces mots en nous… Et rappelons-nous quelle sera la première parole du Christ ressuscité : « La paix soit avec vous » [3]… au milieu de votre désespérance de la victoire apparente du mal et de la mort… au cœur de vos doutes car Dieu semble s’être tu et même s’être retiré… Non… « La paix soit avec vous »… « Et moi, dira le Ressuscité, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20b).

 

Noël, temps de l’aujourd’hui de Dieu parmi nous…

Aujourd’hui encore Dieu veut naître à notre monde, et il vient, discrètement. Il se livre entre nos mains, il se livre à notre foi, pour que nous nous laissions éclairer de sa présence, de ses promesses de vie, de l’amour du Père révélé en Jésus Christ et répandu en nos cœurs par l’Esprit Saint. Mystérieusement, comme à Bethléem – dont le nom signifie « la maison du pain » – « le Verbe [de Dieu qui] s’est fait chair » et qui se révèlera comme « le Pain vivant descendu du Ciel » vient établir sa demeure en nous, il vient se faire notre force, pour vivre de lui en ce monde, pour nous abaisser à hauteur de l’autre, pour devenir ses mains qui prennent soin et sa bouche qui ose des paroles de réconfort, de consolation et d’espérance. Il se fait nous par le mystère de l’eucharistie : nous devenons, en Eglise, son Corps, le lieu et le moyen de sa présence à ce monde où Dieu veut naître et se donner à reconnaître, encore, pour que retentisse toujours la Bonne Nouvelle du Salut qu’il veut offrir à tous les hommes, ce Salut qui est résurrection, promesse de la victoire de la vie sur le mal et sur la mort.

 

[1] Ste Thérèse-Bénédicte de la Croix, morte à Auschwitz, philosophe d’origine juive et carmélite, co-patronne de l’Europe.

[2] Edith Stein, La crèche et la croix, éditions Ad Solem, octobre 1995, p.27-29. Les méditations intitulées « Le mystère de Noël » sont une conférence prononcée le 31 janvier 1931. La première, dont est extraite notre citation, évoque justement « L’Avent et Noël ».

[3] Lc 24,36 ; Jn 20,21.26.

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