Homélie 8 décembre 2018

Publié le par Christophe Delaigue

Solennité de lImmaculée Conception de la Vierge Marie

Maison Ste Thérèse (Bruxelles)

Gn 3,9-15.20 / Ps 97 (98) / Ep 1,3-6.11-12 / Lc 1,26-38

 

Zurbaran, L'Annonciation - Musée de Grenoble

 

Une fois n’est pas coutume, mon balbutiement de ce jour va s’inspirer très largement d’une homélie d’un autre, en l’occurrence une grande figure spirituelle de mon histoire, en ce jour de sa béatification ; vous l’aurez deviné, frère Christophe de Tibhirine [1].

 

Dans cette scène de l’annonce faite à Marie, que nous connaissons bien et dont le mystère doit devenir nôtre, frère Christophe nous dit qu’« il y a là quelque chose de nouveau : à entendre, à toucher, à voir, à reconnaître. Le dogme de l’Immaculée Conception n’est pas ici formulé, mais il apparaît : comme une expérience de la foi.

 

« Que s’est-il donc passé à Nazareth entre Dieu et Marie [demande-il] ? Ceci : le Verbe venant dans le monde, à Nazareth en Galilée, vraie Lumière, illumine Marie. Ce n'est pas quelque chose d’abord qui est annoncé, c’est elle qui est révélée immaculée d’être ainsi nommée, personnalisée, singularisée par Dieu. » Et Marie, ajoute frère Christophe, est « entièrement désencombrée, vide : immaculée d’être remplie, comblée. Délivrée de toute peur »…

 

« À cette foi immaculée – [cette foi] sans calcul, sans faille, sans hésitation – est donné le Salut en Personne : Jésus Sauveur. Par Lui, avec Lui et en Lui, Marie reçoit le pouvoir de naître, de naître d’en haut (Jn 3,3) ». Et « ce pouvoir de devenir enfant de Dieu (Jn 1,12) […] semble être le contenu même de la foi vécue par l’Immaculée Conception.

 

« Par grâce, elle a reçu de vivre son existence humaine comme une filiation jamais interrompue, ni déviée, ni corrompue. Marie est immaculée non pas magiquement, mais dans ce devenir humain de parfaite correspondance et d’entière ouverture à la Grâce. Ce qui est immaculé n’est jamais en elle une image d’elle-même, un dédoublement idolâtrique. Elle existe simplement par grâce : immaculée d’être aimée, immaculée d’être regardée. »

 

Frère Christophe – qui aimait jouer avec les mots – nous propose alors de poursuivre notre contemplation de Marie en remplaçant le mot « immaculée » par le mot « ingénue », et même en remplaçant l’expression « immaculée conception » par « ingénue durant toute sa vie », ce qui veut dire que Marie vit, et vit jusqu’au bout, dans une sorte de sincérité innocente et naïve, que frère Christophe traduit par « sans cesse née libre ». Ce qui lui fait dire : « Quel bonheur pour Dieu ! Une liberté pour Lui. Marie ingénue, oui mais [dont la] naïveté n’est pas une paresse de l’intelligence. Comment cela se fera-t-il [demande-elle] Son ingénuité la tient au plus près de la Parole faite chair... De Cana jusqu’à la Croix, elle est immaculée d’être avec Jésus […] : compromise avec lui dans ce Procès que le monde lui intente. »

 

Présente vraiment – c’est moi qui rajoute. Présente et accueillante à ce qui advient, en toute liberté, sans entrave de cœur ou de peur. Et frère Christophe de conclure : voilà que « Tout l’amour dont le Père aime Jésus passe en elle », Marie, comme il passera « en Marie-Madeleine et... en chacun, chacune » ; car, nous dit frère Christophe, c’est cela être « disciple ».

 

De ces mots, notamment ces derniers mots d’homélie de notre frère martyr et Bienheureux, et de cette page d’Evangile, je retiens – j’ai envie de dire tout simplement ou évidemment – cet appel pour nous à accueillir toujours et encore la Parole faite chair, l’accueillir chez nous, en notre propre vie, chaque jour ; et à laisser cet amour du Père pour Jésus envahir notre existence et la façonner ; il s’agit là, il s’agit pour nous, de grandir en correspondance et en ouverture à la Grâce, comme Marie l’est pleinement, pour être témoin de la Parole faite chair et Lumière de toute vie. En être témoins jusqu’au bout, jusqu’au bout de ce qui nous sera donné de vivre. C’est bien ce qu’ont vécu les 19 martyrs d’Algérie, et c’est bien toute la vie de Marie qui est finalement ici résumée.

 

Puissions-nous alors et à leur suite faire nôtres cette autre parole du frère Christophe que je ne peux pas ne pas vous rappeler en ce jour de sa béatification et qui dit si bien ce mystère qui nous rassemble ce midi encore mais aussi en ce qu’est une vie à la suite du Christ – vous me voyez venir j’espère ! et vous allez finir par le retenir ! – : « N’être plus que le geste seul qu’il me faut devenir eucharistie »...

 

[1] Frère Christophe Lebreton, homélie du 8 décembre 1995. Béatification ce 8 décembre 2018 à Oran des 19 martyrs dAlgérie, dont les moines de Tibhirine.

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