Homélie dimanche 13 janvier 2019 | Baptême du Seigneur

Publié le par Christophe Delaigue

Solennité du Baptême du Seigneur | Année C

Eglise de la Ste Croix, Ixelles (Bruxelles)

Is 40,1-5.9-11 / Ps 103 (104) / Tt 2,11-14 ; 3,4-7 / Lc 3,15-16,21-22

Frères et sœurs, nous voilà invités avec ces lectures à contempler le Christ dans cet acte qu’il vit, ce baptême qu’il reçoit, et invités en même temps à contempler et méditer notre propre baptême. Quel en est le sens ? Que devenons-nous en comprendre aujourd’hui et pour l’aujourd’hui de notre chemin ?

On vient donc d’entendre dans l’évangile Jean-Baptiste parler du baptême, c’était un baptême de conversion, nous disent les textes. Un baptême qui était proposé à ceux qui reconnaissaient qu’ils voulaient changer de vie, qu’ils voulaient réorienter leur vie, pour faire place à Dieu. Ce baptême de Jean, c’était du coup un baptême de purification : je me lavais de ma vie d’avant pour me purifier de ce qui ne correspondrait pas à une vie qui soit en fidélité aux appels de Dieu, c’est-à-dire aux commandements confiés à Moïse et au peuple d’Israël que les prophètes n’ont pas cessé de rappeler ; et je demandais à recevoir cette eau du baptême pour signifier ma résolution, ma volonté de vivre avec Dieu et d’accueillir son Messie, son envoyé. C’était le sens du baptême de Jean-Baptiste, un baptême de conversion.

Or voilà, nous dit-on, que tout le peuple se pressait jusqu’à Jean le Baptiste, car il arrive ce libérateur, ce sauveur, que les prophètes n’ont cessé d’annoncer. C’est bien ce que nous venons de fêter à Noël. Et s’il arrive, si le temps de l’avènement est bien là, si le temps de la venue du Règne de Dieu c’est pour maintenant, alors il faut y aller !

Chose étonnante, Jésus demande à recevoir ce baptême. Or Jean-Baptiste nous dit pourtant que Jésus vient instaurer un autre baptême, qui ne sera pas d’eau, mais dans l’Esprit Saint et dans le feu. J’espère que ça vous questionne : pourquoi Jésus aurait-il besoin de recevoir ce baptême de conversion et de purification, alors qu’il est le Fils de Dieu, alors qu’il est le fameux Messie qui est attendu ? Et c’est quoi ce baptême qu’il va proposer ?

Je rajoute une autre question : pourquoi est-ce qu’aujourd’hui, nous proposons encore un baptême avec de l’eau alors que nous ne sommes pas les disciples de Jean-Baptiste mais les disciples de Jésus ? On devrait proposer un baptême dans l’Esprit Saint et dans ce que l’évangile a nommé « le feu », ce « feu » dont on aura compris qu’il s’agit d’une image, ce « feu » qui est sans doute « le feu de son amour », son amour qui va se répandre comme un feu sur la terre ; ce feu qui est aussi cette lumière qu’il est, lui Jésus ; ce « feu » qui évoque encore quelque chose de la purification – je ne suis ni bijoutier ni joaillier, mais on dit que l’or ça se purifie par le feu…

Jésus se fait baptiser par Jean. C’est le début de son ministère public. Et c’est là qu’il y a cette révélation, cette voix venant du Ciel, avec cette colombe qui n’est pas sans rappeler la colombe de Noé à la fin du déluge et la vie nouvelle qui reprenait : « Toi, tu es mon Fils Bien-Aimé ; en toi je trouve ma joie »

Pourquoi Jésus reçoit-il ce baptême de conversion et de purification ? Sans doute pour nous dire déjà que s’il vient, s’il se fait homme, il le fait pleinement. Il se laisse plonger dans l’eau comme tout homme et toute femme est invité-e à se convertir. Et c’est en même temps et déjà une annonce en acte de sa mort et sa résurrection. Certes il n’a sans doute pas besoin d’être purifié puisque la Tradition dit qu’il est sans péché, puisqu’il est le Fils de Dieu, mais par ce baptême il signifie que pour accueillir le Royaume de Dieu, pour s’ouvrir à la présence de Dieu, il faut accepter de se laisser guider et il faut se convertir, c’est-à-dire s’arrêter, rentrer en soi, et décider de vivre des appels de Dieu. Qui, plus que lui, va vivre cela ? Il nous le dit déjà, dès les débuts de son ministère, en se dépossédant de ce qu’il est, en s’en remettant à un autre, en signifiant qu’il veut vivre et qu’il va vivre pour Dieu, avec Dieu, et donc – c’est inséparable, il ne cessera de le dire – pour les autres et avec les autres. Celui qui est le Fils Bien-Aimé du Père nous fera découvrir que nous aussi nous sommes appelés à faire l’expérience que Dieu nous aime, que nous aussi nous sommes ces fils et filles bien aimés de Dieu en qui il trouve sa joie.

Et Jésus nous donnera l’Esprit Saint. Il va nous faire découvrir qu’il y a cette force de Dieu, cette présence, cet amour de Dieu, qui nous est proposé. A nous de nous plonger dedans – le mot baptême c’est du grec, ça veut dire être plongé – à nous de nous laisser plonger dans ce feu d’amour. Alors nous ferons l’expérience, petit à petit, qu’au cœur des nuits que nous traversons ou que nos proches traversent, les petites lueurs d’espérance qui nous sont données vont illuminer peu à peu notre chemin et notre vie et que ça peut devenir comme un feu qui se propage. Et d’une lumière d’espérance qui va nous donner de retrouver un peu de saveur et goût en la vie, nous allons pouvoir découvrir que Dieu était là, présent, et voilà que nous pourrons devenir à notre tour des lueurs d’espérance pour ceux qui nous entourent, et ainsi de suite…

Comment signifier que nous voulons faire cette confiance là au Seigneur ? Comment dire à Dieu que nous reconnaissons qu’il est là avec nous et que nous voulons bien entrer dans ce projet d’amour qu’il a pour nous ? C’est le sens de ce baptême que l’Eglise propose à la suite de Jésus, ce baptême que Pierre et les apôtres ont proposé dès la Pentecôte. C’est comme s’ils nous disaient : « Vous reconnaissez que Jésus est mort et ressuscité et vous croyez que ça donne sens à ce que vous voulez vivre et ce que vous avez à vivre, eh bien décidez de faire de Jésus le maître de votre vie ; et pour signifier ce choix, approchez-vous, convertissez-vous et recevez le baptême ». Voilà ce qui s’est passé aux premières heures du christianisme. Voilà pourquoi nous baptisons comme Jean-Baptiste. Car pour suivre Jésus et le reconnaître comme présent, ressuscité, il nous faut nous convertir, il nous faut décider de changer de vie, une vie où nous apprenions à nous laisser éclairer par sa Parole et nourrir par sa présence.

Oui, être baptisé aujourd’hui, vivre de ce baptême que nous avons reçu un jour, c’est croire que Dieu peut nous accompagner et qu’il donne sens à notre marche de chaque jour, c’est le signifier et c’est décider de suivre Jésus, c’est entrer ainsi et concrètement dans l’espérance dont parlait Paul dans la 2ème lecture, l’espérance de la vie éternelle… Il s’agit, disait-il, de renaître, de se laisser engendrer, renouveler par l’Esprit Saint, il s’agit d’accueillir et vivre de la miséricorde et de la consolation que le Christ vient révéler. Là est le salut.

Alors ce matin nous confions au Seigneur ce chemin sur lequel il nous attend et nous précède. Et nous lui confions tout ce que ces quelques mots et surtout sa Parole éveillent en nous. Nous lui demandons sa lumière… et sa présence… Amen.

Publié dans Homélies

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