Homélie mardi 15 janvier 2019

Publié le par Christophe Delaigue

Mardi de la 1ère semaine du Temps Ordinaire

Carmel St Joseph (Bruxelles)

He 2,5-12 / Ps 8 / Mc 1,21-28

 

J’aimerais m’arrêter quelques instants sur la 1ère lecture, et plus exactement sur un aspect essentiellement…

Je reste toujours spontanément un peu perplexe quand j’entends ou quand je lis ce qui nous a été dit de la souffrance du Christ quand l’auteur de l’épître aux Hébreux écrit : « il convenait que [Dieu] mène à sa perfection, par des souffrances, celui qui est à l’origine de leur salut », à savoir le Christ… Soit on laisse filer, on fait comme si on n’avait pas entendu ou mal compris, soit on est spontanément un peu choqué et on se dit que c’est une théologie particulière et d’une époque et on passe à autre chose, soit il faut qu’on s’interroge. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Juste avant ce verset nous avons entendu que Jésus est « couronné de gloire et d’honneur à cause de sa Passion et de sa mort. Si donc il a fait l’expérience de la mort c’est, par grâce de Dieu, au profit de tous. » On a ici la clé pour comprendre et surtout pour entendre en quoi il y a une Bonne nouvelle à trouver et plus encore à recevoir.

Je reviens à mon verset problématique : « il convenait que [Dieu] mène à sa perfection, par des souffrances, celui qui est à l’origine de leur salut. » Dans ces mots on retrouve l’expression des évangiles « il fallait que le Christ souffrit tout cela, qu’il meurt et qu’il ressuscite au troisième jour », verset que l’on trouve par exemple en Lc 24, sur le chemin d’Emmaüs, de la bouche même de Jésus. « Il fallait »… « il convenait que [Dieu] mène à sa perfection, par des souffrances, celui qui est à l’origine de leur salut. »

La question que cela pose c’est de savoir si le Christ aurait pu ne pas souffrir pour nous conduire au salut. C’est du moins celle que nous nous posons assez spontanément, je crois. On y entend la question de savoir si la souffrance est un chemin indispensable, incontournable, pour notre salut… Question terrible…

On a pu faire cette lecture là au nom du fameux « prendre sa croix » pour suivre le Christ.

Et la réponse, de fait, c’est bien que la souffrance était inévitable. Mais attention, pas d’abord la nôtre, en ce monde, mais bien celle du Christ. Et je ne dis pas « indispensable » ou « incontournable » mais « inévitable ». Il y a une petite différence qui est en fait de taille. Et c’est « inévitable » par consentement libre. C’est-à-dire qu’il ne pouvait pas en être autrement et que Jésus le sait, du moins il l’assume !

C’est inévitable pour au moins trois raisons :

  1. Jésus s’est fait vraiment homme. Or, que nous le voulions ou non, c’est un constat, notre humanité créée et finie est marquée par le mystère du mal. Et que Dieu ne nous y abandonne pas. Il le traverse comme nous. C’est le poids, le prix, de l’incarnation. Jésus y va pour de vrai. Il ne fait pas semblant. Il consent librement à devenir victime du mal. Il vient nous rejoindre jusque là, pour nous en sauver. Il le traverse comme nous pour pouvoir le traverser véritablement avec nous. Il ne fait pas semblant. Il devient vraiment homme pour nous ouvrir un passage vers la vie en Dieu, la vie libérée de tout mal.
  2. Tous les prophètes dérangent et tous sont réduits au silence, par la violence et la souffrance, et bien souvent la mise à mort pour les plus grands d’entre eux. C’est un fait aussi. Or Jésus va jusqu’au bout de son message, jusqu’au bout de l’amour qui se donne et se livre, jusqu’à devoir consentir librement au mal qui va s’acharner pour le faire taire et ne pas bouleverser l’ordre établi, politique et religieux. Il sera, vous le savez, le Serviteur souffrant qu’annonçait Isaïe qui sera mené à l’abattoir…
  3. Sans doute que Jésus aurait pu ne pas mourir – mais c’est de la théologie fiction –, du moins ne pas souffrir, au nom de la Toute-puissance de Dieu (qui d’ailleurs, parenthèse, se manifestera quand même, mais après, dans la résurrection). Il aurait pu être épargné, mais il n’a pas voulu, il ne sauvera pas sa peau, il va assumer notre condition humaine jusque là, jusque dans le fait que personne ne peut se sauver lui-même, que le salut véritable viendra toujours d’un autre, et que le salut plein et entier, définitif pourrait-on dire, ne peut même être que donné par Dieu. Ce sera la résurrection, la résurrection comme promesse d’avenir mais la résurrection à laquelle nous sommes aussi appelés à participer dès maintenant, chacun à notre mesure, dans l’aujourd’hui concret de nos vies d’évangile et de miséricorde.

Voilà ce que j’avais envie de vous partager ce soir… Parce que je crois que dans ces quelques mots de l’épître aux Hébreux c’est tout le mystère de l’incarnation qui se dit déjà, le mystère de toute vie traversée et questionnée par le mystère du mal et de la souffrance. Et c’est finalement le mystère de notre salut qui nous est déjà annoncé. Ce que nous célébrons ce soir encore dans cette eucharistie.

Nous rendons grâce pour la vie de Jésus et le don de lui-même, jusque dans nos souffrances, pour les porter avec nous en les traversant comme nous, chemin de mort et de résurrection.

Publié dans Homélies

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