Homélie mardi 26 février 2019

Publié le par Christophe Delaigue

Mardi de la 7ème semaine du Temps Ordinaire

Carmel St Joseph (Bruxelles)

Si 2,1-11 / Ps 36 / Mc 9,30-37

 

Je pense que vous ne serez pas surprises, mes sœurs, au regard de ma petit rechute du moment, que j’ai été tout particulièrement sensible à la 1ère lecture, à laquelle l’évangile qu’on vient d’entendre prend une résonance particulière avec l’annonce de la Passion et de la résurrection du Christ. Et c’est bien toujours cela qu’il nous faut avoir en tête, cette Bonne Nouvelle de la vie plus forte que tout mal et que toute mort, quoi qu’il arrive, avec le Christ qui est déjà victorieux, cette Bonne Nouvelle qui est ou qui devrait être toujours mieux ce que j’aime appeler notre moteur d’espérance et de confiance.

C’est parfois plus facile à dire qu’à vivre, spirituellement et dans nos corps. Mais c’est pourtant tellement important de le réentendre, de le faire nôtre. Et c’est bien d’ailleurs le sens des fêtes de Pâques vers lesquelles nous allons être orientées par le chemin de carême qui va s’ouvrir à nous dans une semaine. C’est le sens du rythme liturgique qui nous fait revivre et entrer année après année dans ce mystère de vie qui est en même temps celui-là même que nous célébrons à chaque eucharistie : dans le don de lui-même, jusqu’au bout et par amour, le Christ est victorieux du mal et de la mort ; et passant dans l’épreuve de la souffrance, traversant comme nous et pour nous cette épreuve de la souffrance, il nous ouvre un chemin en sa résurrection. Celle qui nous est promise, pour toujours – en un mot –, dans un au-delà qui nous attend, mais aussi celle qui nous est promise pour tout-jours, pour chaque jour, dès aujourd’hui. Avec lui le Christ.

La 1ère lecture donc… J’y reviens. L’auteur de ce livre dit de Ben Sira le Sage nous annonce que toute vie au service du Seigneur est accompagnée d’épreuves. Il ne s’agit pas là, d’abord, de l’épreuve de la souffrance telle celle de la maladie, mais bien plus de celles de l’incompréhension voire du rejet, peut-être celle aussi de la distance dont nous allons prendre conscience entre les appels de Dieu et notre capacité réelle à les vivre très concrètement, chaque jour. Oui, nous en faisons l’expérience, il y a et il y aura de l’adversité. Peut-être même au cœur de la fidélité à nos engagements.

Oui, nous le savons, il y a des hauts et des bas. Et nos épreuves de maladie ou celles de nos proches peuvent venir bousculer cela, et même accentuer nos questionnements ou nos doutes d’un moment. Nous pouvons être fragilisés dans notre confiance en Dieu, en la beauté de la vie, en nous-mêmes aussi, que ce soit en la justesse de nos choix ou de notre engagement ou en la capacité à les tenir.

La tentation alors c’est de se détourner de Dieu. Parfois pas complètement, ou sans s’en rendre vraiment compte, mais un peu, insidieusement, juste lui faire un peu moins confiance et du coup lui donner un peu moins de temps ou de place ; parfois juste se laisser prendre par soi-même et du coup nous éloigner sans toujours nous en rendre compte. Par exemple quand nous raccourcissons le temps d’oraison, ou quand nous nous trouvons des excuses à ne pas être là une fois ou l’autre, juste de temps en temps, parce que nous sommes fatigués – ce qui est vrai – ou parce que nous pensons être indispensable ailleurs...

Ce que Ben Sira le Sage nous rappelle c’est que là, justement, quand c’est plus difficile, là il nous faut nous enraciner encore plus en Dieu, lui donner encore plus de nous-mêmes et de notre temps, nous obliger encore plus. Même si cela nous coûte et même si nous avons l’impression que cela ne sert à rien. Car c’est là que tout se joue… Car comment allons-nous pouvoir rester dans cette espérance et cette confiance qu’avec le Christ la vie est quoi qu’il arrive plus forte que tout mal et que toute mort si nous ne le vivons pas avec lui ?! Comment peut-il être notre force pour vivre et traverser ce qui nous est comme imposé par la vie, si nous ne le lui demandons pas et si nous ne l’associons pas à notre combat ?!

Avec lui, le Christ, la vie est déjà plus forte que tout mal et que toute mort. Mettons quoi qu’il arrive notre foi en lui, nous dit déjà Ben Sira le Sage. Et pour cela rendons grâce d’avoir des frères et sœurs qui vont être une aide pour tenir. Oui, aidons-nous à être fidèles à nos engagements qui sont de l’ordre d’un chemin de vie puisque nous n’avons pas choisi par hasard. Aidons-nous à tenir dans une fidélité à la prière où l’Esprit Saint va nous éclairer petit à petit et nous permettre d’avancer avec le Christ, comme des enfants qui se blottissent en confiance auprès de leur Père ; le Christ que nous allons découvrir et redécouvrir petit à petit déjà présent à nos côtés, toujours présent à nos côtés, qui porte avec nous, qui marche avec nous.

Il est mort et ressuscité pour nous. Et rappelons-nous : il a traversé l’épreuve du mal et du non-sens de la souffrance de l’innocent ; il n’a pas sauvé sa peau, mais par amour pour nous il a consenti librement, nous révélant ainsi et pleinement que Dieu est bien sauveur, que le salut ne dépend pas de nous-mêmes, de nos pauvres forces, mais bien de lui, que le salut est à accueillir, toujours, que ce salut est à l’œuvre dans le mystère de la résurrection. C’est ce que nous célébrons ce soir encore…

Publié dans Homélies

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