Conduis-la vers l'unité parfaite. Œcuménisme et synodalité

Publié le par Christophe Delaigue

Conduis-la vers l'unité parfaite. Œcuménisme et synodalité

Il y a quelques semaines j'achevais la lecture un peu lente et patiente, par petits bouts au fil de plusieurs mois, de ce livre fort intéressant, en vue d'une recension pour la NRT (la Nouvelle revue théologique, des jésuites de Bruxelles) à paraître dans une des prochaines livraisons donc dans les mois qui viennent.

Relisant ce jour son introduction et tel ou tel article m'ayant plus particulièrement intéressé ou stimulé – notamment celui sur l'œcuménisme en chemin du pape François ou ceux de la troisième partie sur la synodalité comme enjeu œcuménique et celui sur la primauté – je voulais vous partager ici quelques lignes.

Notons tout d'abord que ce livre est un recueil d'articles. Les sujets abordés sont au final forts divers, pour la plupart des textes de conférences. Leur auteur, le frère Hyacinthe Destivelle, est un spécialiste du dialogue entre l'Eglise catholique et les Eglises orthodoxes, notamment l'Eglise orthodoxe russe (de Moscou). A ce titre là il travaille au Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens et il est membre de la Commission mixte internationale de dialogue théologique entre l'Eglise catholique et l'eglise orthodoxe. Notons également qu'après avoir enseigné à l'ISEO (l'Institut Supérieur d'Etudes Œcuméniques, à Paris, où je l'ai d'ailleurs eu comme professeur) il enseigne maintenant les questions œcuméniques à l'université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin à Rome (l'Angelicum ; il est dominicain).

Un recueil d'articles ou conférences, donc, qu'il a choisi de thématiser en trois parties : une première qui est plutôt d'ordre historique, intitulée “Aux sources du Mouvement oecuménique”, avec un premier chapitre sur le passage de l'unionisme à l'œcuménisme, un deuxième sur l'histoire et la théologie de ce que l'on appelle le dialogue de la charité, puis deux chapitres sur deux figures théologiques françaises qui marquèrent ces deux phases de l'histoire du mouvement oecuménique : le P. Christophe-Jean Dumont et l'incontournable et plus connu P. Yves Congar.

Dans une deuxième partie notre auteur explore “Quelques défis œcuménique actuels”. C'est là qu'on trouve tout d'abord le chapitre sur le pape François et son œcuménisme en chemin – à mon avis la contribution la plus originale de ce volume – suivi d'une réflexion un peu plus complexe à suivre, mais très importante (comme on le comprend bien dans les pages de conclusions à l'ensemble du livre) sur les articulations en théologie œcuménique entre histoire et mémoire – réconciliation des mémoires, ou histoire réconciliée – qui permette d'envisager un avenir commun. Le troisième chapitre de cette partie traite de la nécessité d'un œcuménisme que notre jeune dominicain appelle ici “culturel”, avant quelques pages intitulées “L'œcuménisme n'est pas une spécialité” puis quelques autres quant à un œcuménisme dit “pastoral”. Cette section s'achève ensuite sur un long chapitre quant à un défi majeur – mais d'un ordre vraiment autre – qu'est celui de la notion de territoire canonique en ecclésiologie ; elle est ici abordé quant au dialogue entre l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe, notamment russe, mais cette question a des répercussions jusque dans l'actualité de ces derniers mois (non abordée dans ces pages car elles lui sont antérieure) autour par exemple de la question intra-orthodoxe de l'Ukraine. Un chapitre majeur, lui aussi, il me semble.

La troisième partie de l'ouvrage concerne les questions de synodalité et de primauté, coeur du dialogue théologique en cours entre l'Eglise catholique et les Eglises orthodoxes et appel insistant du pape François non seulement pour le chemin œcuménique mais aussi pour sa réforme de l'Eglise latine. Un premier chapitre nous propose une lecture historique des défis ecclésiologique et politique du concile Vatican I. Puis notre auteur aborde ce qu'on appelle l'ecclésiologie eucharistique, redécouverte au cours du siècle passé, source commune à nos Eglises. Puis, le chapitre 3 de cette partie (le 13ème du livre) concerne le concile de Moscou de 1917-1918 (dont Hyacinthe Destivelle est le spécialiste catholique, ayant publié sur ce sujet là dans la collection Cogitatio fidei). Enfin, viennent ensuite une réflexion sur la primauté et une autre sur la synodalité comme enjeu œcuménique, entre lesquelles s'intercalent quelques pages plutôt descriptives (et historiques) sur les décisions du concile panothodoxe de 2016.

Le tout est fort intéressant et un bel état des lieux des questions d'actualité, au regard de l'histoire de nos Eglises et du mouvement œcuménique. Presqu'une sorte de manuel, sous forme de compilation organisée. 

Notons que l'ensemble est préfacé par le cardinal Koch, actuel Président du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens. C'est dire l'importance, du moins l'intérêt, que nous pouvons porter à cet ouvrage.

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Hyacinthe Destivelle, Conduis-la vers l'unité parfaite. Œcuménisme et synodalité, Cerf, mars 2018, 409 pages, 34€.

Publié dans Oecuménisme, Théologie

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