Homélie dimanche 10 mars 2019

Publié le par Christophe Delaigue

1er dimanche de Carême / Année C

Eglise de la Ste Croix, Ixelles (Bruxelles)

Dt 26,4-10 / Ps 90 / Rm 10,8-13 / Lc 4,1-13

Dans l’évangile qu’on vient d’entendre, on nous dit que Jésus est poussé au désert par l’Esprit Saint ; et que là, au désert, il va vivre une expérience étonnante, déroutante, trois tentations qui disent trois réalités de vie que nous connaissons nous aussi : (1) tout d’abord la faim – cette faim que j’ai envie d’appeler « corporelle », la faim de nourriture –, (2) la faim « matérielle » ensuite, celle de l’avoir et de la possession, celle de la toute-puissance – tout vouloir et vouloir tout réussir par soi-même… – ; et enfin (3) ce qu’on pourrait appeler une sorte de faim « spirituelle », qui consiste à mettre Dieu à l’épreuve, si nous voulons bien envisager qu’il existe… Une sorte de « Prouve-le nous ! »

Ce qui m’étonne dans ce texte c’est qu’on nous dise que Jésus est poussé par l’Esprit Saint. Qu’est-ce que ça peut vouloir nous dire? L’Esprit saint c’est le souffle de vie de Dieu, c’est sa force de vie et d’amour… Jésus donc est poussé au désert par l’Esprit Saint. Qu’est-ce que ça veut dire?

(1) Je crois que ça nous dit tout d’abord cette certitude de foi que l’Esprit accompagne Jésus. Il est avec lui. Il l’a reçu lors du baptême, juste avant cet épisode, et l’Esprit Saint va donc être la force de Jésus pour vivre cette expérience, cette épreuve du démon-tentateur.

(2) Ça nous dit aussi qu’il fallait que Jésus vive cette expérience. L’Esprit, l’Esprit de Dieu, le pousse à cela, non pas, je crois, que Dieu veuille cette épreuve, en tout cas pas au sens d’un piège qui serait tendu à Jésus et que Dieu aurait voulu de sa volonté. Mais c’est une expérience que Jésus doit vivre, forcément, parce qu’il est vraiment homme, même s’il est le Fils de Dieu, et que ces trois faims auxquelles il va être confrontées sont celles qui traversent chacun de nous.

Je vous les redis : (1) la faim corporelle, la faim de nourriture, évidemment ; mais aussi (2) ce rêve d’être riches et de croire que ça va nous rendre plus heureux ou très heureux, cet espèce de désir de posséder tout ce dont nous croyons avoir besoin et tout ce dont le monde et la société de consommation nous font croire que nous aurions besoin ; et puis (3) cette de « faim », ce rêve d’un Dieu qui nous obéisse, s’il existe…

La question en arrière fond c’est de savoir qu’est-ce qui va nous rendre heureux, pour de vrai… Jésus qui est le Fils de Dieu, Jésus qui est Dieu lui-même venu nous visiter, est en même temps vraiment homme et il est donc normal qu’il soit traversé par ces questions qui nous habitent nous aussi…

(3) Enfin, 3ème raison au fait que l’Esprit pousse Jésus au désert : cette expérience, cette épreuve, nous permet de comprendre qui est Jésus ; il fallait qu’il vive cette expérience, parce que là, va se révéler ou plutôt s’approfondir l’identité de Jésus : au baptême, quand il a reçu l’Esprit, il y a eu cette révélation qu’il est le Fils Bien-aimé du Père, et là nous découvrons qu’il est Celui qui nous oriente vers Dieu et vers la vérité de qui est Dieu. Et qu’il est Celui qui va être plus fort que toute forme de mal. Dans notre texte, Jésus est vainqueur du tentateur, il en est vainqueur car il n’est pas lui-même sa propre finalité, il s’en réfère à Dieu, et il le fait en s’ouvrant à ce que dit la Parole de Dieu, la Bible, cet ensemble de livres qui nous permet de découvrir petit à petit qui est Dieu, comment il est présent à notre vie, et ce qu’il attend de nous.

On pourrait se demander, chacun, quelle place on laisse à l’écoute de la Parole de Dieu dans notre vie chrétienne, que ce soit de façon personnelle, dans la prière, ou que ce soit ensemble – dans mon diocèse, en France, ça s’appelle des Fraternités locales, se réunir de temps en temps à 4 ou 5 d’un même quartier ou d’un même village pour lire et entendre ensemble ce que la Parole nous dit aujourd’hui, à quoi elle nous appelle…

Je reviens à l’évangile… On nous dit que Jésus passe 40 jours au désert avant cet espèce de combat final. Si vous faites marcher votre mémoire biblique, si connaissez un peu la Bible et l’histoire du peuple d’Israël, ça fait penser aux 40 ans au désert, après la libération d’Egypte et avant l’arrivée en Terre Promise. C’est ce dont il était question dans la 1ère lecture : Dieu qui a entendu le cri de son peuple et qui l’a conduit tout au long de la traversée du désert. On le réentendra dans la nuit de Pâques. Pour Israël ce fut un temps d’épreuve et de doute sur Dieu parce que ça a été long et difficile, avec la tentation de retourner en Egypte, et la tentation de croire que c’était mieux avant alors qu’ils étaient pourtant réduit à l’esclavage et que Pharaon avait voulu mettre à mort tous les enfants d’Israël…

Pour Israël c’était l’expérience, qui nous arrive aussi que dans l’épreuve il y a toujours le risque qu’on idéalise son passé, on croit que c’était mieux, et on oublie les promesses qui nous ont été faites, on oublie ce que Dieu a déjà pu être pour nous, et même ce qu’il a peut-être déjà fait pour nous…

J’en viens justement à nous. Nous sommes comme Jésus, traversés par la tentation de la manipulation ou par des rêves ou des illusions de toute puissance et de richesse. Et nous pouvons, comme Jésus à cause du démon, être tentés soit de nous prendre pour Dieu soit de l’oublier, comme le peuple d’Israël, soit aussi de nous tromper sur lui : « Si tu étais bien le Fils de Dieu… » alors tu pourrais faire ceci ou cela… C’est la même chose qu’on dira à Jésus quand il sera en croix…

Ce temps du carême qui va durer lui aussi 40 et quelques jours, est-ce que nous ne pourrions pas décider de le vivre comme un temps qui va nous permettre d’approfondir notre relation à Dieu et notre connaissance de Dieu, un temps où on va se donner un peu les moyens de stopper la frénésie du quotidien pour faire retour sur soi, pour écouter ce qui est de l’ordre de l’essentiel de ce que nous voudrions vivre, et y entendre Dieu qui est là et qui nous adresse des appels très concrets envers notre prochain ? Peut-être que ça peut être un temps d’épreuve, parce que nous allons trouver soit qu’il ne se passe pas grand chose, soit que ça nous fait ressasser nos vieux démons et nos questions existentielles. Peut-être. Mais comme Jésus, ayons cette confiance que l’Esprit de Dieu nous accompagne et que la Parole de Dieu pourrait nous éclairer, comme pour Jésus…

Une seule chose nous est demandée : décider de nous mettre en route. Alors nous pourront entendre avec des oreilles neuves ce dont nous a parlé la 2ème lecture et qui est le but de ce carême et de toute vie : la promesse de salut, la résurrection. On n’y comprend peut-être pas grand chose et de fait nous ne pouvons accueillir cette promesse de vie que dans la foi, c’est-à-dire que dans la confiance que Dieu existe, qu’il nous aime et qu’il est, lui, le chemin de notre bonheur. Et ça, de fait, ça prend du temps pour l’accepter, et ça demande d’accepter de ne pas tout maîtriser de notre vie…

Alors je prie pour que nous vivions ce temps du carême comme un temps qui est un chance, un temps pour nous donner les moyens de renouveler notre foi, notre confiance en Dieu, un temps pour nous donner les moyens de réentendre qu’avec Jésus la vie est plus forte que nos épreuves et nos désespérances, qu’elle est plus forte que tout mal et que toute mort ; ça s’appelle la résurrection, c’est le but de notre marche de carême, c’est la Bonne Nouvelle que nous voulons nous préaprer à faire nôtre, toujours plus, toujours mieux. C’est ce que nous célébrerons à Pâques mais c’est déjà ce qui nous rassemble ce matin encore, comme à chaque eucharistie.

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Prière universelle :

 

1/ Dans la 1ère lecture nous était rappelé que Dieu a entendu le cri de son peuple.

Pour toutes les victimes de celles et ceux qui tombent en tentations, pour toutes les victimes d’abus qui crient aujourd’hui, pour celles et ceux de notre Eglise qui sont en colère, pour toutes celles et tous ceux parmi nous et autour de nous qui sont blessés par l’inimaginable et l’innomable, Seigneur nous implorons ta miséricorde.

Donne-nous, tous, d’entendre le cri qui monte vers toi. Et donne-nous, tous, de refuser les silences complices et d’œuvrer à notre mesure à une écoute patiente et aimante de chacun, au nom de l’Evangile.

Seigneur, nous te prions.

 

2/ Dans le psaume, nous entendions l’appel à nous tourner quoi qu’il arrive vers le Seigneur, de croire et de réentendre toujours combien il est là avec nous, combien il nous porte, combien il répond à nos prières.

Donne-nous, Seigneur, d’être de celles et ceux qui ne se laissent pas submerger par les forces du mal en vivant tout simplement mais pleinement l’amour du prochain et la prise en soin des petits et des pauvres.

Donne-nous, en ce temps de carême, de nous plonger en toi, dans la prière, donne-nous de renouveler vraiment notre attachement à toi pourque nous puissions être tes témoins aujourdhui, dans ce monde qui en a tant besoin.

Seigneur, nous te prions.

 

3/ Dans la 2ème lecture, St Paul a réaffirmé l’incroyable bonne nouvelle de la résurrection.

Donne à notre communauté de se préparer patiemment mais fidèlement aux fêtes pascales en se mettant à l’écoute de ta Parole, chacun personnellement mais aussi ensemble, dans une écoute toujours renouvelée, de dimanche en dimanche.

Donne-nous Seigneur de vouloir entendre vraiment ce que tu veux nous dire aujourd’hui. Alors nous nous laisserons transformer et convertir par ta Parole.

Seigneur, nous te prions.

Publié dans Homélies

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