Homélie lundi 11 mars 2019

Publié le par Christophe Delaigue

Lundi de la 1ère semaine du Carême

Maison Ste Thérèse (Bruxelles)

Lv 19,1-2.11-18 / Ps 18B (19) / Mc 25,31-46

 

Cette page d’Evangile qu’on vient d’entendre et que nous connaissons bien prend évidemment une résonnance particulière dans le contexte douloureux qui est le nôtre en ce moment… Je n’ai pas envie d’en rajouter à l’accablement, je vous propose juste de prendre un peu de hauteur ou plutôt d’entendre ces appels sous un autre angle. Qui n’est pas sans lien avec la retraite qu’on a vécue il y a quelques jours et sur laquelle nous allons partager tout à l’heure… 

Je vous propose qu’on laisse résonner cette Parole et ces appels qui nous sont adressés au travers de celui que nous avons entendu dès les premiers mots de la 1ère lecture : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint »…

En méditant cette Parole que Dieu confie à Moïse et par lui à toute l’assemblée d’Israël, spontanément c’est à vous que j’ai pensé, vous les séminaristes et ceux d’entre nous qui sont encore tout jeunes prêtres. Je me suis juste dit que dans le contexte difficile qui est le nôtre et qui est perturbant, on n’attend pas de vous, on n’attend pas de nous, d’être des héros qui osent se jeter dans l’arène, mais on attend juste de vous, et même de nous tous baptisés, que nous soyons saints. Rien de plus, rien de moins…

Peut-être que ça paraît un peu bizarre dit comme ça, parce qu’en disant « être saints » on entend un peu vite « être des saints » et que ça nous paraît un peu élevé comme prétention, dans une espèce de perfection chrétienne à atteindre ; or vous le savez bien, c’est d’un chemin dont il s’agit, un chemin sur lequel nous avançons petit à petit, avec ce que nous sommes. Mais c’est ça l’appel qui nous est adressé et qui nous est rappelé ce soir : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. »

Concrètement, comment comprendre ? La liturgie décline cet appel avec toute cette liste de commandements qui a suivi et avec ce que Jésus a repris dans l’évangile qu’on vient d’entendre. Et cet appel à la sainteté, je l’ai, moi, entendu en résonnance avec un autre appel de Jésus qui n’est pas sans liens, je crois...

Un certain nombre d’entre vous le savent ou l’ont compris, j’ai été très marqué spirituellement par l’Année de la miséricorde. Pour moi, dans mon histoire avec Dieu et dans mon ministère il y a, cette année là, un avant et un après. Indépendamment du fait que je sois tombé vraiment malade au cours de cette année de la miséricorde.

Au cœur de cette Année de la miséricorde a retenti très fort pour moi cet appel de Jésus que je mets donc en résonnance avec celui du Seigneur à Moïse et à l’assemblée d’Israël : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». Le lien c’est que tout ce que nous dit l’évangile de ce soir, actualisant la liste de commandements de notre 1ère lecture, c’est ce qu’on appelle les œuvres de miséricorde.

Et si je rapproche l’appel à être saints avec celui à être miséricordieux, je crois que tout est dit de ce que nous avons à vivre, pour notre vie chrétienne que j’ai envie de dire normale, mais aussi pour l’aujourd’hui de ce que nous vivons.

Car pour être miséricordieux comme le Père est miséricordieux il nous faut avoir fait l’expérience de cette miséricorde. Or vous finissez par connaître cette citation du pape François que j’aime rappeler, justement parce qu’elle m’a tout particulièrement touché cette année là : « la miséricorde c’est l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance »…

Parce que nous nous laisserons consoler par Dieu lui-même, que ce soit dans la prière, par les sacrements, et grâce à tel frère ou à telle personne dans telle rencontre, parce que nous nous laisserons pardonner et que nous ferons aussi l’expérience que Dieu nous donne sa force pour les pardons que nous avons encore à vivre, et parce que nous ferons l’expérience de retrouver un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, mais surtout petit à petit, espérance et confiance, alors nous pourrons le vivre pour d’autres, nous pourrons en être des témoins en actes autour de nous et à notre mesure…

Voilà le chemin de sainteté auquel j’entends que nous sommes appelés. Tout simplement mais pleinement… Vivre tout simplement mais pleinement de cet amour miséricordieux du Père pour les plus petits. Pouvoir le vivre car nous en avons nous aussi fait l’expérience. Et là, dans le mystère qui se joue dans toute rencontre, faire une expérience du Christ qui se révèle…

Ce soir encore il va s’offrir encore à nous, lui le Christ, il va se livrer encore en nos mains, dans ce mystère de l’eucharistie. Nous lui demandons cette miséricorde du Père qu’il nous promet, et nous lui confions tout particulièrement ce qui a besoin de consolation en nous et dans notre Eglise. Que tous nous puissions devenir saints comme lui, le Seigneur notre Dieu, il est saint.

Publié dans Homélies

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