Homélie mardi 26 mars 2019

Publié le par Christophe Delaigue

Mardi de la 3ème semaine du Carême

Carmel St Joseph (Bruxelles)

Dn 3,25.34-43 / Ps 24 / Mt 18,21-35

 

Même s’il y aurait à dire de cette page d’évangile que nous venons d’entendre, et même s’il y a des appels importants et concret à entendre au milieu de ce carême quant aux pardons (au pluriel) que nous avons à vivre, envers nos frères et sœurs et envers Dieu, j’aimerais vous partager ce soir quelques mots de ma méditation de ce matin, à l’écoute surtout de la 1ère lecture de ce jour.

Je ne peux pas entendre ces mots et ces appels du prophète Daniel sans que ça entre en résonnance en moi avec le contexte ecclésial actuel. Comme si les propos du prophète étaient pour nous, aujourd’hui, comme s’ils étaient destinés, déjà, à notre Eglise bien malade.

Je vous propose de laisser résonner l’un ou l’autre de ces versets et de les commenter brièvement…

« Ne nous retire pas ta miséricorde », avons-nous entendu. « Ne nous retire pas ta miséricorde », demandons-nous au Seigneur, au nom même de l’Alliance qu’il a établi depuis les Pères, cette Alliance à laquelle nous sommes associés et dont nous sommes devenus héritiers en Jésus Christ.

Cet appel, cette quasi imploration, nous la faisons nôtre car nous faisons l’expérience comme Israël, d’être et devenir encore plus un petit peuple au milieu des nations, et comme Israël nous pouvons reconnaître que nous sommes « humiliés aujourd’hui sur toute la terre, à cause de nos péchés »… Car c’est bien de cela dont il s’agit. Ce n’est pas seulement le péché de quelques uns, ou plutôt, étant le péché de quelques abuseurs-coupables qui sont des nôtres, nous voilà porteurs avec eux de la faute, nous voilà responsables avec eux. Car St Paul l’a bien dit : si un membre souffre, c’est tout le Corps qui souffre. Et à sa suite nous pouvons ajouter : et si un membre vient à pécher, c’est tout le Corps qui est marqué de ce péché… [*]

Et disant cela, je ne peux pas m’empêcher de me rappeler les propos terrifiants de Jésus quand il déclare comme pour faire en nous un électrochoc : si ton pied ou si ta main ou si ta langue vient à pécher, coupe-le, coupe-la, car mieux vaudrait pour nous entrer estropiés ou borgnes dans le Royaume des cieux. Des propos terribles, c’est dire la gravité de ce qui est en jeu, vous le savez bien. Et nous sommes aujourd’hui un peuple d’estropiés aveugles qui doivent le reconnaître s’ils veulent voir de nouveau et s’ils veulent pouvoir rayonner un peu mieux de la lumière du Christ ressuscité. Nous sommes de ce peuple d’estropiés aveugles à qui, pourtant, la miséricorde est promise. En tout cas, avec le prophète Daniel, nous l’implorons : « Ne nous retire pas, Seigneur, ta miséricorde »

Et avec Daniel nous pouvons continuer notre prière et notre imploration en criant vers le Seigneur cet autre verset : « avec nos cœurs brisés, nos esprits humiliés, reçois-nous » Seigneur. « Que notre sacrifice, en ce jour, trouve grâce devant toi, car il n’est pas de honte pour qui espère en toi »

Nous espérons, oui, et nous prions. Nous espérons sa miséricorde pour son Eglise, nous espérons sa miséricorde qui console et qui relève, pour toutes les victimes et pour tous ceux qui sont affectés par toutes ces histoires. Et nous espérons sa miséricorde pour nous-mêmes, ne nous dédouanons pas si vite sur l’Eglise dans ce qu’elle a d’horrible en ce moment ; nous espérons la miséricorde du Seigneur pour nous aussi, parce que nous savons bien que nous avons bien du mal parfois à vivre les appels de l’Evangile, nous avons bien du mal parfois à accepter de le reconnaître, nous avons bien du mal aussi à vivre et à vouloir vivre certains chemins de pardon et de réconciliation… Jusqu’à 70 fois 7 fois dit Jésus… Nous avons bien du mal encore à nous donner vraiment, à notre mesure mais bien toute notre mesure…

Ce soir nous pourrions nous demander chacun où nous en sommes, personnellement et concrètement, de ce chemin de carême qui est déjà bien avancé. Qu’est-ce que ce temps a déjà changé concrètement ou au contraire qu’est-ce qui se passe que nous en faisions peut-être si peu cas ? Il y a urgence pour tous à la conversion et à la miséricorde. Et St Paul nous l’avait dit dès la 2ème lecture du mercredi des cendres, « c’est maintenant le temps favorable, c’est maintenant le jour du salut » (2Co 6,2).

Et comme dit encore le prophète Daniel : « Ne nous laisse pas [Seigneur] dans la honte, agis envers nous selon ton indulgence et l’abondance de ta miséricorde. Délivre-nous en renouvelant tes merveilles ». Parce que, oui, « maintenant [encore], de tout cœur nous [voulons te suivre], nous te craignons [c’est-à-dire nous t’aimons avec révérence et avec effroi devant la grandeur de ton amour], et nous cherchons ta face »

Car, nous l’avons chanté avec le psalmiste : « Tu es le Dieu qui [nous] sauve. Rappelle-toi, Seigneur ta tendresse, ton amour qui est de toujours »

Nous prions donc pour notre Eglise qui en a bien besoin. Et en elle pour chacun de nous, pécheurs nous aussi… Nous prions pour l’Eglise que nous sommes, infidèle et malheureuse, mais pourtant bien aimée du Seigneur, son Epoux… Amen.

[*] Cf. Mgr Luc Ravel, Comme un cœur qui écoute, Artège, mars 2019, ch. 2.

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