Homélie mardi 18 juin 2019

Publié le par Christophe Delaigue

Mardi de la 11ème semaine du Temps Ordinaire

Carmel St Joseph (Bruxelles)

2Co 8,1-9 / Ps 145 (146) / Mt 5,43-48

 

Nous connaissons bien, je crois, c’est appel de Jésus à aimer, cet appel tellement radical, cet appel à aimer même nos ennemis, comme on vient de l’entendre. Et nous savons combien aimer et pardonner vont ensemble, comme un même appel que Jésus nous adresse.

Nous connaissons aussi combien Jésus a aimé jusqu’au bout, ce que nous sommes invités à célébrer à contempler dans chaque eucharistie dans ce don de Jésus jusqu’au bout par amour pour nous, par amour pour tous, jusque dans le pardon radical, absolu, même pour celles et ceux qui le mettent à mort, jusqu’à prendre sur lui notre péché, jusqu’à se livrer en nos mains qui peuvent être si violentes, pour nous libérer du mal et de la haine.

Nous savons combien il est déjà et parfois difficile d’aimer celles et ceux qui nous sont proches, même dans une communauté qui vit et veut vivre de l’Evangile – je vous laisse accueillir chacune les situations très concrètes que ce petit bout de phrases réveillerait. A plus forte raison est-il difficile et parfois impossible à vue humaine d’aimer même nos ennemis...

Pour moi, en vous disant cela, je ne peux m’empêcher de repenser à une situation très concrète dans une des paroisses où j’ai été curé et qui correspond à une expérience douloureuse et destructrice de harcèlement, par une paroissienne, pendant plusieurs années, et cette réflexion qui m’était venu au cours d’une homélie, sur ce même texte je crois, alors même que cette personne était là, face à moi, dans l’assemblée, et que ça me tétanisait. Je m’étais dit, et c’est ce que j’avais finalement partagé à l’assemblée, qu’on pourrait se demander chacun :

  • Qui sont-ils, qui sont-elles, celles et ceux que je n’arrive pas à aimer ?
  • Qui sont-ils, qui sont-elles, que je ne peux pas aimer et même que je ne veux pas aimer ?
  • Et pourquoi ?

C’est pour eux et au cœur de ce que nous avons vécu qu’il nous fait entendre l’appel de ce soir. Non pas pour nous culpabiliser encore plus ou nous enfermer encore plus dans notre incapacité à envisager un pardon qui serait pourtant libérateur, non, mais pour demander au Seigneur sa grâce, sa force, sa lumière, pour trouver et surtout recevoir de Lui comment avancer sur ce chemin de miséricorde auquel nous sommes appelés, pour notre propre libération, notre libération intérieure, notre guérison, et pour la libération de l’autre et de ce qui nous a été donné de vivre.

Et si c’est trop difficile, entendons déjà cet autre appel de l’Evangile : celui de la prière. C’est sans doute notre première mission et c’est sans doute et surtout une première étape, qui me paraît incontournable ou indispensable, sur les chemins de pardon que nous avons tous à vivre pour aimer et apprendre à aimer comme Dieu aime et nous y appelle.

Je ne sais pas ce que vous avez vécu les unes et les autres ni les pardons que vous avez encore à donner ou à recevoir, je ne sais pas non plus combien cela vous est facile ou pas, y compris pour les pardons à vivre en communauté – pas sûr d’ailleurs que ce soit en fait plus simple dans ce qui semble être les petites choses du quotidien que dans ces évènements apparemment plus graves ou traumatisantes de notre histoire blessée…

En tout cas, avec le pain et le vin de cette eucharistie, ce soir, nous pouvons déposer et confier tout particulièrement au Seigneur ces personnes et ces situations très concrètes qu’éveille la Parole de Dieu de l’évangile de ce jour...

Et nous lui demandons sa force, sa force d’aimer et de pardonner, et sa lumière. Qu’il nous soit donné d’avancer sur ce chemin de libération qu’est son appel à aimer celles et ceux que nous ne pouvons pas aimer, son appel à vivre des chemins très concrets de pardon. C’est résurrection. Amen.

Publié dans Homélies

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