Homélie dimanche 4 août 2019

Publié le par Christophe Delaigue

 

18ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Abbaye ND-de-St-Remy de Rochefort (Belgique)

Qo 1,1-2 ; 2,21-23 / Ps 89 (90) / Col 3,1-5.9-11 / Lc 12,13-21

 

Un psaume pose la question « Qui nous fera voir le bonheur ? » (Ps 4,7)... Cette question du bonheur nous habite tous, à un moment ou l'autre de notre vie, notamment dans nos années de jeunesse ou dans une épreuve... Nous cherchons tous le bonheur, nous cherchons à être heureux.

Or cette quête de bonheur se heurte à une réalité de notre vie sur laquelle nous butons tous, je crois. Cette réalité de vie dont nous a parlé notre évangile de ce jour comme le psaume, et même, à sa façon, la 1ère lecture : nos vies sont marquées par la finitude, elles sont marquées par l’inéluctable de la mort, seule certitude de notre avenir, elles sont marquées par le fait que tout passe et, du coup, par la question du sens de notre vie et la question du sens de ce que nous aurons fait et vécu…

Cherchant le bonheur et cherchant à donner sens à notre existence, nous cherchons bien souvent des formes de réussite, nous cherchons des sécurités, et le monde dans lequel nous vivons, notre société, nous poussent à cela. Et nous sommes bien souvent comme cet homme riche de notre évangile, nous amassons. Au cas où, se dit-on ; on ne sait jamais ! Et nous nous disons qu’en plus nous pourrons « profiter », nous faire plaisir  « jouir de l’existence », comme disait notre évangile... Nous croyons trouver là notre bonheur…

Mais nous l’avons entendu avec la 1ère lecture : « Vanité des vanités, tout est vanité »… Tout passe… même ce bonheur là auquel nous aspirons… Tout passe, et même tout peut s’effondrer tellement vite, à cause du chômage ou de la maladie ou du décès de proches ou de je ne sais quelles autres raisons… Tout passe, même nos sécurités… Avec cette question qui continuera de nous travailler : qu’est-ce que le bonheur ? Et quel est le sens à ce que je vis ou à ce qui m’arrive  ?

Dans le psaume de ce matin, nous venons de chanter et d’entendre : « Rassasie-nous de Ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants. Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu ! Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains »

Voilà qui rejoint la réponse à la question « Qui nous fera voir le bonheur ? » car cet autre psaume répond : « Sur nous, Seigneur, que s’illumine Ton visage »

Notre seule richesse, notre seul bonheur, ce qui ne passe pas et qui peut donner durablement sens à notre vie, éternellement, c’est Dieu lui-même ; et l’amour, car Dieu est amour. Voilà qui doit orienter notre quête de bonheur et  qui seul peut donner sens à notre vie au cœur de tout ce qui peut nous arriver...

Et vous disant cela je pense à deux choses :

  • Je pense d’abord (1) à Job, dans nos bibles. Quand il n’y a plus rien, plus richesses ni enfants ni santé, quand même la mort ne veut pas vous prendre ou au contraire quand elle a pris tous nos proches, que reste-t-il ? Qu’est-ce qui peut malgré tout donner encore sens aux jours qu’il nous faut affronter ?
  • Et je pense (2) à celles et ceux, parmi nous ou autour de nous, qui faisons l’expérience de l’épreuve de la maladie : quand nous faisons cette expérience douloureuse et bouleversante non seulement de la souffrance mais aussi que tout ce qui faisait les joies du quotidien comme nos activités, tout ce qui nous permettait de nous épanouir et d’exister, d’être reconnu, que tout cela n’est plus possible ou semble s’éloigner, que nous reste-t-il ? Qu’est-ce qui peut donner sens à l’aujourd’hui de nos jours ?

Une seule chose, et c’est quelqu’un : « Qui nous fera voir le bonheur ? Sur nous, Seigneur, que s’illumine Ton visage » !

Oui, pouvons-nous encore murmurer dans la prière : « Rassasie-nous de Ton amour au matin, [Seigneur,] que nous passions nos jours dans la joie et les chants », malgré tout, dans l’accueil de la vie qui est là et qui nous traverse quoi qu’il arrive, et dans l’expérience d’une Présence plus intérieure à nous-mêmes que nous-mêmes, qui permet d’apprendre à pressentir en nous une joie profonde qu’on ne peut nous enlever mais qui ne vient pas de nous-mêmes ou de ce que nous pouvons faire, non, mais qui est donnée, une joie qui s’accompagne de paix, malgré tout, malgré l’épreuve ou la souffrance... Et j’en parle d’expérience…

Cette joie et cette paix sont un don de Dieu, elles sont le fruit de l’Esprit Saint qui travaille en nous, elles sont le fruit de cette Présence à nous-mêmes qu’est Dieu lui-même. C’est notamment dans la prière que nous allons pouvoir apprendre à en faire l’expérience, dans le consentement à la vie telle qu’elle est, telle que nous avons à la traverser, en remettant tout dans les mains du Père. Là est notre richesse, là est notre trésor, le seul qui vaille la peine, Dieu lui-même et son amour.

Aussi pouvons-nous et devons-nous entendre les appels de St Paul dans la 2ème lecture : l’appel à rechercher les réalités d’en-haut qui est appel à vouloir désirer vivre avec Dieu, avec Lui et de Lui. Et cela est possible dans l’ordinaire de nos jours à tous, quel que soit notre état de vie ou notre vocation, que nous soyons moine ou dans le monde, célibataires ou mariés, jeunes ou plus âgés, en bonne santé ou malades. Il s’agit de remettre notre vie dans les mains du Père. Et c’est un travail à remettre à l’ouvrage jour après jour, semaine après semaine.

Faire place au Seigneur dans notre vie. Nous y aider en nous portant dans la prière mais aussi en nous soutenant concrètement, en prenant soin les uns des autres. Faire place au Seigneur, dans la confiance de foi qu’il nous accompagne. Lui faire cette confiance là car il nous a promis sa Présence pour toujours, c’est-à-dire jusqu’à la fin des temps mais aussi pour chaque jour. Et le prier, le célébrer, le suivre en écoutant sa Parole et en la mettant en pratique.

Oui, recherchons les réalités d’en-haut, revêtons chaque jour l’homme nouveau, comme a dit St Paul. Oui, marchons humblement avec le Seigneur notre Dieu (cf. Mi 6,8), avec un cœur de pauvre, un cœur qui n’est pas accaparé par les richesses de ce monde, mais ouvert à cette Présence qui est tout amour et toute consolation, cette Présence qui est promesse de salut et de résurrection, promesses de vie éternelle…

Rechercher les réalités d’en-haut… Non pas, évidemment, qu’il faille fuir les réalités de ce monde et ne pas être responsables de notre vie. Nous le savons bien, il nous faut bien vivre un minimum, il nous faut nous nourrir et prendre soin de nous et de nos proches, évidemment. St Paul lui-même se glorifiera de n’être à la charge de personne (1Th 2,9). Mais ce que nous possédons n’est qu’un moyen, pas une fin, cela nous est juste confié et nous n’en emporterons rien au Ciel, comme Jésus nous l’a rappelé. Et si nous avons plus que besoin ce sera alors la question de  l’aumône et de la charité auxquelles nous sommes appelés par le Christ dans ce qui suit immédiatement notre page d’évangile.

Notre seule sécurité c’est Dieu lui-même ; je le redis, il est notre seule richesse. Il est le sens de notre vie, lui qui nous accompagne, lui qui dans sa Providence – dont parle aussi la suite de notre évangile – saura nous donner ce dont nous avons besoin, si toutefois nous lui faisons cette confiance là et que nous l’associons vraiment à notre chemin de vie.

Alors apprenons jour après jour à laisser toujours plus et toujours mieux toute place au Christ en nous et entre nous, et nous pourrons dire à la manière de St Paul : « Il n’y a plus le moine et celui qui vit dans le monde, le bien-portant ou le malade, le célibataire, le veuf ou ceux qui sont en couple ; mais il y a le Christ : il est tout, et en tous »… Amen.

Publié dans Homélies

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