Que fête-t-on le 15 août ?

Publié le par Christophe Delaigue

Dans quelques jours nous serons le 15 août... Et nous fêterons l’Assomption de la Vierge Marie... Pour nous y préparer et mieux comprendre, une méditation sur ce mystère, à partir des textes liturgiques du jour  (lectures et prières), que l’on m’a demandée pour la revue diocésaine Relais 38 pour sa livraison de l’été (parue début juillet)... 

Que fête-t-on le 15 août ?

Que fête-ton à l’Assomption ? Marie qui est enlevée au Ciel, Marie qui entre corps et âme dans la Gloire de Dieu, première des vivantes à la suite du Christ. Marie est enlevée un peu comme le prophète Elie, emmené sur un char de feu et qui devait revenir lorsque le Messie viendrait, Elie dont Israël guette le retour, les yeux levés vers le Ciel. C’est comme si cette Assomption de Marie venait clore cette annonce : oui, celui qui est venu, Jésus, son fils, c’est bien le Messie, le Fils de Dieu.

Mais ce que nous dit encore cette fête, c’est que Marie rejoint le Père, Marie entre dans la Gloire de Dieu, sans connaître la dégradation de la mort ni le jugement final. Toute sa vie est déjà marquée de la vie même de Dieu à laquelle nous sommes destinés, à la fois elle est pour nous le modèle du disciple que nous devons être et en même temps elle est dans son Assomption comme l’annonce de notre destinée finale : la Gloire de Dieu, la vie éternelle. Mais elle le vit de façon particulière car son corps a été le réceptacle de Dieu lui-même, elle a été ce Temple de l’Esprit que nous devons devenir, elle l’a été de façon particulière, elle qui a enfanté le Sauveur du monde, celui là-même que nous sommes appelés à accueillir dans la foi à chaque eucharistie pour le porter nous aussi, comme elle, en ce monde et l’enfanter aujourd’hui encore. C’est le mystère de ce que nous célébrons à chaque messe, semaine après semaine…

Fêter Marie en son Assomption c’est fêter finalement celle qui nous invite à regarder vers les réalités d’en haut, comme le dira la prière d’ouverture de la messe du 15 août. Elle nous invite à la suivre du regard : là haut, c’est-à-dire en Dieu, avec son Fils. Elle nous invite à méditer vers le but, le terme, le sens de notre vie : demeurer avec Dieu, en Dieu. Nous aussi nous sommes appelés à orienter notre vie vers ces réalités d’en haut, c’est-à-dire nous laisser façonner par l’Esprit Saint sans cesse à demander, nous laisser enfanter par la Parole qu’est le Christ lui-même pour devenir les fils et les filles du Père, celles et ceux dont il a besoin aujourd’hui pour que la Bonne Nouvelle de sa présence et du salut soit annoncée dans ce monde. Nous sommes promis à cette résurrection dont parlera la deuxième lecture du jour et dans laquelle entre déjà et de façon particulière Marie, celle qui nous précède, celle qui nous indique le chemin que Dieu veut pour nous qui est d’accueillir le Christ, vivre de lui, le porter et le révéler à ce monde pour que nous entrions tous en dynamique de résurrection.

Les textes de la messe du 15 août vont nous donner à entendre qu’on ne peut vivre tourné vers le Ciel sans vivre les pieds sur terre, sans vivre l’aujourd’hui de l’Evangile, chaque jour. Marie, entendrons-nous dans l’évangile, qui vient de recevoir l’annonce de l’ange qu’elle sera la mère du Sauveur, ne restera pas cloîtrée chez elle bien au chaud, mais, apprenant que sa vieille cousine Elisabeth est enceinte elle aussi, la voilà qui se mettra en route hâtivement, qui s’élancera pour aller à ses côtés comme le voulaient les pratiques familiales de l’époque. Marie qui vivra déjà les appels de l’Evangile à se mettre au service les uns des autres, comme une anticipation de ce que Jésus nous appellera à vivre au soir du Lavement des pieds. 

Entendons bien : vivre tourné vers les réalités d’en haut c’est vivre concrètement les appels d’évangile chaque jour, c’est entrer dans la dynamique de résurrection dans le concret de notre quotidien. D’ailleurs la 1ère lecture nous dira dans ses tout derniers mots : « Maintenant voici le salut ». Maintenant. Pas seulement demain ou dans un au-delà promis. Ce le sera de façon particulière, dans le passage de la mort à la vie, au crible du jugement d’amour et de miséricorde de Dieu, mais c’est aussi dès maintenant. Nous devons vivre en ressuscités, vivre dans cette dynamique folle mais qui peut donner tellement de sens à notre vie, jusque dans les épreuves que nous avons à traverser, cette dynamique de confiance et d’espérance de savoir, de croire, que quoi qu’il arrive, avec Dieu, avec Jésus, la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort. Non pas qu’il n’y aura plus ni mal ni mort, mais avec lui, en Dieu, la vie aussi imperceptible serait-elle sera vainqueur. Le chant du Magnificat que nous entendrons dans l’évangile de la fête le dira bien, avec ses mots à lui : les humbles que les puissants asservissent seront élevés, les affamés seront nourris et rassasiés. Chaque fois que nous prenons soin du frère et du pauvre, c’est résurrection, c’est la vie qui est plus forte que le mal. Chaque fois que nous pardonnons aussi, chaque fois que nous consolons, chaque fois que nous redonnons espérance, goût à la vie. Chaque fois que cela nous est donné et chaque fois que nous pouvons le permettre à d’autres.

Vivre ici bas ces réalités d’évangile c’est être tourné déjà vers ce qui doit conduire notre vie, c’est être pleinement tourné vers les réalités d’en haut, mais de façon incarnée, comme Jésus lui-même s’est incarné.

C’est ce mystère, finalement, que cette fête de Marie en son Assomption peut nous donner de contempler pour que cela devienne toujours plus notre dynamique de vie, en Christ et avec lui. En nous invitant à contempler en même temps et tout particulièrement le mystère de la résurrection qui nous est promise pour toujours, dans l’au-delà où Marie déjà nous précède et nous attend en Dieu, en son Fils Jésus ressuscité qui envoie sur nous l’Esprit Saint.

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Illustration de l’article : Nos frères et sœurs orthodoxes fêtent la « Dormition de la Vierge Marie » ici représentée sur une fresque au monastère de Curtea de Arges (Olténie, sud de la Roumanie) visité avec le Mgr. de Kerimel et la responsable du service diocésain à l’œcuménisme en août 2016 à l’invitation de Mgr Joseph et la communauté orthodoxe roumaine de Grenoble.

 

Publié dans Méditations

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