Homélie mardi 8 octobre 2019

Publié le par Christophe Delaigue

Mardi de la 27ème  semaine du Temps Ordinaire

Carmel St Joseph - Bruxelles

Jon 3,1-10 / Ps 129 (130) / Lc 10,33-42

 

Nous la connaissons bien cette page d’évangile et nous pouvons par exemple en faire une lecture spirituelle (voire psychologique) en voyant en Marthe et Marie comme deux faces de nous-mêmes qui sont parfois en tiraillement, en conflit même.

J’aime imaginer ces deux sœurs dans leur quotidien, voir Marthe qui s’agite, parce qu’elle veut bien faire, et Marie, qui la connaît bien et qui sait bien que si elle ne reste pas avec leur invité il risque de se retrouver tout seul dans la pièce d’à côté !

Je la vois bien, Marthe, accaparée, nous a dit le texte, par ces multiples occupations du service, Marthe qui s’agite tellement quand dans ce court passage d’évangile elle prend toute la place, ou presque ! Une sorte de « moi, moi, moi » ! Tout est référé à elle dans ce qu’elle dit à Jésus et même plus largement dans ce qui nous est raconté.

Et vous avez vu, d’ailleurs, comment elle lui parle ?! On nous dit que Jésus est accueilli chez elle ; pas chez les deux sœurs, non, chez elle, Marthe. Que chez elle se trouve sa sœur, la sienne. Et elle reproche que sa sœur ne l’aide pas, ne l’aide pas elle. Et elle s’agite, c’est Jésus qui le dit… Elle prend beaucoup de place, Marthe, bien plus que ce pauvre Jésus qui a failli rester tout seul dans son coin à attendre que Marthe soit prête.

Et pourtant, elle voulait bien faire, Marthe ; et d’ailleurs Jésus ne lui reproche pas d’avoir voulu bien faire. Ce qu’il lui dit et que nous entendons, nous, comme un reproche, c’est justement qu’elle s’agite, et que tout cela, dit le texte, lui donne du souci. Elle risque, Marthe, d’oublier l’essentiel, le seul nécessaire : celui qui est là, son ami, son invité ; pour l’accueillir bien, elle risque d’oublier l’essentiel, l’unique nécessaire : se mettre à son écoute, prendre du temps avec lui ; peut-être même pour entendre son besoin.

Pour rappel, cette scène se déroule juste après la parabole du samaritain. Nous y découvrons qu’aimer c’est se faire proche et prendre soin de celui ou celle dont nous nous serons faits proche, celui ou celle dont nous nous serons approchés pour prendre soin de lui.

Marthe et Marie, chacune à leur façon, sont en train de vivre cela, dans leur accueil de Jésus. Mais justement, pour prendre soin de celui que nous allons accueillir, il faut se rendre présent à lui, d’abord ; s’abaisser jusqu’à lui, dira même Jésus dans l’épisode du lavement des pieds dont je vous rappelle que chez St Jean, où il se trouve, il suit immédiatement une rencontre de Jésus chez ses amies Marthe et Marie, en Jn 12, et que c’est dans cette rencontre que Jésus reçoit de Marie ce geste, ce signe, du lavement des pieds…

Rejoindre l’autre suppose de s’arrêter et de s’arrêter avec lui ; ce que fait Marie. Sans doute que Marthe comptait le faire après, quand tout serait bien prêt. Mais Jésus a-t-il besoin de toute cette agitation ? A-t-il besoin que Marthe se donne et se fasse tant de souci ?

J’entends dans ces mots un appel à la simplicité dans nos relations. Je ne dis pas qu’il ne faut pas se mettre au service, évidemment, d’autant que c’est bien à cela que Jésus ne cesse de nous appeler, mais dans une simplicité qui permette de rester disponible à la rencontre de l’autre. C’est lui qui doit être le centre puisque c’est lui qui est accueilli…

On pourrait transposer tout ce que je viens d’essayer de dire à notre vie de prière aussi, ou parfois nos préoccupations du quotidien ou tout ce que nous aurions au faire ou encore nos questionnements du moment – voire nos projets personnels du moment ou à venir – prennent tellement de place qu’il n’y en a plus pour Dieu ou si peu…

Voilà en tout cas ce que nous pouvons demander au Seigneur dans cette eucharistie : la grâce de la présence pleine à sa Présence, dans tout ce que nous sommes appelés à vivre ; la grâce, aussi, d’une vie qui apprenne à se simplifier pour savoir nous rendre au mieux présent à celles et ceux dont nous allons nous faire proche parce qu’ils seront là sur notre chemin… Amen.

Publié dans Homélies

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