Lourdes 2020 : Je suis l'Immaculée conception

Publié le par Christophe Delaigue

Thème pastoral 2020 : « Je suis l’Immaculée conception »

Récollection de l’Hospitalité dauphinoise ND de Lourdes | 27 oct. 2019

 

Au cœur du message de Lourdes et même en point d’orgue puisque c’est la dernière parole de la Dame à Bernadette : cette annonce, cette révélation mais aussi ce nom par lequel la Dame se désigne, et donc elle-même, une personne, Marie mère de Dieu, mère de Jésus-Christ.

 

Invitation à :

  • contempler Marie
  • au travers de la révélation de ce nom
  • et au travers de l’appel qui nous est ici adressé au cœur de cette contemplation et par ce nom qui dit une mission.

1er rappel : contempler Marie c’est toujours contempler, par elle et avec elle, le Christ et contempler en lui et avec lui le mystère du salut. Marie conduit au Christ qui nous révèle le Père et son projet de salut. « A Jésus par Marie ».

 

2ème rappel : l’apparition avec la révélation de ce nom a lieu le 25 mars 1858. Le nom révélé fait référence au dogme promulgué le 8 décembre 1854 jour où le curé Peyramale (qui demande à Bernadette que la Dame dise son nom) prenait ses fonctions à Lourdes.

 

Bernadette a demandé à la Dame quel était son nom. Et elle va mettre plusieurs jours à répondre à cette demande. Et ce sera son ultime parole, comme le couronnement de son message. Et cette révélation a lieu le jour où l’Église fête l’Annonciation.

 

Que nous dit ce texte de l’Annonciation ? Cf. Lc 1,26-38 :

 

  • L’ange Gabriel s’approche de Marie et la salue. Comme Marie, à Lourdes, se fait proche de Bernadette.
  • L’ange la déclare « Comblée-de-grâce », c’est-à-dire toute comblée, déjà, de la grâce de Dieu, comblée avant même que ne prenne chair en elle Celui qui vient et que nous reconnaîtrons comme le Fils de Dieu. Elle est déjà comblée de grâce. C’est ce que dit l’ange. C’est comme si elle était déjà préparée par Dieu lui-même pour ce qui va être annoncé et donc pour ce que Dieu vient nous offrir. Et la grâce c’est quoi ? C’est le don de Dieu, c’est l’œuvre de Dieu en nous, c’est Dieu lui-même en la personne de l’Esprit Saint. Dieu a préparé Marie à devenir celle à quoi elle va consentir au cœur de la rencontre de l’ange, à devenir la Demeure de Dieu parmi les hommes, la Mère de Dieu, la Mère de notre Sauveur. Marie qui va être comme la nouvelle Arche d’Alliance ou le Temple qui la contient, Marie qui va devenir celle qui porte la présence de Dieu qui vient nous visiter par cet enfant à naître.

Rappel biblique : le Temple, c’est quoi ? C’est le lieu planté au cœur de Jérusalem, elle-même au cœur d’Israël, pour rappeler que Dieu a planté sa tente parmi les hommes, que Dieu a établi sa demeure au milieu de son peuple, qu’il est présent au milieu du peuple d’Israël, que Dieu est là. Et quand viendra la période de l’Exil, avec la destruction du Temple, ce sera le drame d’Israël avec cette question existentielle qui nous traverse tous, je crois, un jour ou l’autre, au cœur de nos épreuves ou de celles de nos proches : où est Dieu ? Dieu nous aurait-il abandonné ?

 

Désormais nous croyons que le Temple n’est plus fait de pierres mais que c’est quelqu’un, le Christ Jésus lui-même. Il dira d’ailleurs dans l’évangile de Jean : « Détruisez ce Temple et moi, en trois jours je le rebâtirai » ; et St Jean d’ajouter : « Le Temple dont il parlait c’était son corps ». Jésus peut dire cela car il est la Présence de chair et d’os en ce monde, la Présence de Dieu. Rappelez-vous le Prologue de l’Évangile de Jean : « Le Verbe s’est ait chair et il a habité parmi nous ».

 

Et désormais le Temple c’est plus que le Christ lui-même, c’est nous, c’est nous tous qui nous reconnaissons du Christ. St Paul dira que nous sommes le Temple Saint, nous sommes le Temple de l’Esprit Saint car nous sommes le Corps du Christ, ensemble, dans la complémentarité de nos charismes, de nos vocations et de nos états de vie. Et le Christ est la pierre angulaire sur qui prennent place les pierres humaines que nous sommes.

 

Notre mission c’est d’être et de devenir Présence de Dieu en ce monde. Je vais y revenir. C’est d’être de cette Église Temple de l’Esprit Saint et Corps du Christ qui enfante le Christ Jésus aujourd’hui en ce monde, qui porte sa Parole en ce monde pour qu’il découvre qu’il y a un Dieu qui existe, un Dieu qui est là, un Dieu qui veut se faire connaître, un Dieu sauveur.

 

En ce sens Marie est bien celle qui nous enfante à cela, elle qui a porté en sa chair le Fils de Dieu, elle qui a porté en elle Celui qui est la Parole de Dieu, comme dit St Jean, le Verbe de Dieu, celui qui par toute sa vie et son message d’évangile est la Parole que Dieu veut adresser à ce monde pour se faire connaître et reconnaître.

 

Et Marie se laisse féconder de l’Esprit Saint pour devenir Mère du Sauveur, Mère de Dieu. Elle est son « tabernacle », pour rependre un mot autre que vous connaissez. Elle porte et garde en elle le Christ pour qu’il soit enfanté.

 

En la déclarant et même en la nommant « Comblée de grâce », c’est-à-dire de la grâce de Dieu, c’est tout cela déjà qui est en arrière fond. Elle est comme le Temple au sein duquel se trouve précieusement gardée l’Arche d’Alliance, elle porte en son sein la Présence réelle et concrète, humaine et charnelle, de Dieu.

 

Et notre foi, en la déclarant ou en la reconnaissant comme l’Immaculée conception, c’est de croire que dès son propre enfantement à la vie elle est toute comblée de la grâce de Dieu, elle est toute préparée à recevoir le Roi des rois, le Fils de Dieu, elle est comme un écrin très précieux, comme le plus beau des écrins, en une pureté originelle. Je vais y revenir.

 

En tout cas notez déjà que ce titre dogmatique qui devient à Lourdes le nom même de Marie, ce titre d’« Immaculée conception », ça vient directement de cette désignation de Marie par l’ange Gabriel, tel un nom que Dieu lui donne : « Comblée-de-grâce ».

 

Et dans la Bible les noms sont très importants, car toujours ils disent une mission. Par exemple Jésus : « Dieu sauve ». Jésus qui est l’Emmanuel, « Dieu avec nous ». Ce qui veut dire Dieu nous sauve par sa présence en nous, avec nous. Et Dieu se rendant présent à nous, en nous, nous sauve ainsi. Dieu ne nous sauve pas sans nous, et nous ne pouvons être sauvé sans vivre ou désirer vivre en présence de Dieu, de loin. Car Dieu est un Dieu qui fait Alliance, c’est-à-dire qui veut se faire partenaire de notre vie et qui nous veut partenaires de son projet. Il ne fait rien sans nous. On appelle cela la liberté. Il nous aime trop pour ne pas respecter notre liberté y compris de nous éloigner de Dieu ou de le rejeter.

 

  • Je reviens à Marie et à la contemplation de qui elle est. Si je poursuis la lecture de notre récit de l’Annonciation, Marie est bouleversée à la parole de l’ange. Et franchement on la comprend, on le serait à moins que cela. Car même si Dieu l’a sans doute préparée d’une façon particulière, en l’occurrence en la préservant de tout péché qui est séparation et rejet de Dieu – je vais y revenir – Marie va découvrir au fil de l’histoire, au fur et à mesure de la vie de Jésus, qui il est vraiment – comme lui d’ailleurs qui advenir petit à petit à son identité profonde –, et elle va apprendre à consentir au projet de Dieu. Dès son « oui » à l’ange, mais tout au long de sa vie, jusqu’au pied de la Croix et même jusqu’au Cénacle où elle attendra le don de l’Esprit Saint avec les apôtres.

J’insiste là-dessus : tout n’est pas joué d’avance pour Marie, tout n’est pas simple et évident, Marie reste une femme comme nous, qui apprend à comprendre et à consentir au projet de Dieu. Pensez par exemple au récit de la fugue de Jésus au Temple de Jérusalem, à 12 ans. On nous dira que Joseph comme elle ne comprirent pas ce que Jésus leur révéla en disant qu’il préférait être aux affaires de son Père, ils ne comprirent pas ce qu’il voulait dire, mais, précise St Luc, elle conservait tout cela en son cœur. Et c’est bien parce qu’elle va méditer sur ce qui advient et qu’elle va consentir ainsi petit à petit, qu’elle pourra rester jusqu’au pied de la Croix et accueillir le Disciple Bien-Aimé comme son propre fils et se recevoir de lui comme sa mère, devenant ainsi notre Mère, celle qui peut nous enfanter aujourd’hui encore à la foi, comme elle va le permettre à Lourdes par sa rencontre avec Bernadette à qui elle va confier cette mission de devenir témoin pour d’autres. Ce qui fut bien le cas puisque nous sommes là, 150 ans après.

 

Alors ce nom par lequel Marie se désigne et qui n’est pas d’abord un dogme, même si celui-ci a été promulgué avant que Marie se révèle ainsi à Lourdes (il est promulgué le 8 décembre 1854), ce nom qui est bien un nom, le nom que la Dame révèle à Bernadette et qu’elle invite à dire : « Tu leur diras Je suis l’immaculée conception ».

 

En Ap 2,17 on peut lire : « Au vainqueur je donnerai de la manne cachée, je lui donnerai un caillou blanc, et, inscrit sur ce caillou, un nom nouveau que nul ne sait, sauf celui qui le reçoit »…[1]

 

Ce nom nouveau que la Dame révèle, il porte en lui plusieurs choses, plusieurs éléments. Et avant d’être seulement une réalité théologique qui pourrait nous paraître abstraite, avant d’être un dogme en tant qu’énoncé d’une vérité de la foi, il est une réalité spirituelle. Qui concerne Marie mais qui nous appelle, nous, nous aujourd’hui.

 

J’aimerais m’arrêter sur les différents éléments qui composent ce nom.

 

« Je suis », d’abord. On peut entendre juste une sorte de présentation. Elle dit qui elle est, comme si elle disait un état de fait, un constat si vous préférez. Comme si elle disait à Bernadette : Tu leur diras que je suis toute pure. Ou : Tu leur diras que je suis comblée de grâce. Ou encore : Tu leur diras que je suis sans péché. Ce n’est pas de cela dont il s’agit, pas seulement de cela. La Dame, Marie, n’est pas en train de se qualifier, de dire qui elle est. C’est vraiment son nom. En tout cas c’est ce que Bernadette lui a demandé et auquel elle consent enfin.

 

Son nom, comme un prénom composé, avec des tirets, c’est bien : « Je-suis-l’Immaculée-conception ». C’est comme si c’était tout cela son nom, un nom que je vais appeler « complété » : « Je suis » et le complément : « l’Immaculée conception ». Un nom coloré par ce « Je suis ». Un nom que la Dame révèle en patois pour être sûr que Bernadette l’entende bien et le rapporte bien. C’est dans sa langue. Qu’elle l’entende et le rapporte, même si elle ne sait pas ce que ça veut dire et, notamment, même si elle ne sait pas que c’est un dogme. A plus forte raison qu’elle ne le sait pas et donc qu’elle va bien l’entendre comme un nom.

 

Pourquoi est-ce que j’insiste ? Car dans ce nom étonnant, se cache un autre nom. Le nom même de Dieu et la façon même de Dieu de se révéler. Qui vient comme colorer de la présence de Dieu l’identité dévoilée par ce nom nouveau, comme dit Ap 2. Peut-être que force un peu, spirituellement, mais je l’ai lu aussi d’une intervention à Lyon du P. Horacio Brito[2], ces jours, je trouve ça parlant et ça rejoint ce que je partageais du récit de l’Annonciation qui est fêté, je le rappelle, le 25 mars, jour de cette apparition à Bernadette. Dans le livre de l’Exode Dieu se révèle à Moïse en lui disant que son nom c’est « Je-suis », un nom « complété » lui aussi : « Je suis Celui qui est ». Et on sait que dans l’évangile de Jean, cette expression, ce nom de Dieu, va se glisser régulièrement dans plusieurs révélations de Jésus sur son identité, un nom « complété » là encore, plusieurs fois, comme plusieurs réalités ou plusieurs facettes d’un même mystère. « Je-suis » : « Je suis le Pain de Vie », « Je suis le Bon Berger », « Je suis le chemin, la vérité et la vie », « Je suis la résurrection et la vie », etc.

 

Petite parenthèse, à propos de ce « Je suis » et à propos de la révélation du nom de Dieu. Bernadette est un peu comme un nouveau Moïse pour nous. Si on relit rapidement le chapitre 3 du livre de l’Exode… Comme Moïse au Buisson Ardent elle s’est déchaussée. Comme Moïse elle demande ce qu’elle devra dire et quel nom elle devra donner pour qu’on la croit. Ce nom qu’elle transmettra au prêtre, elle ne peut pas l’inventer, ce nom c’est une vérité de foi confié à notre foi, justement, à notre confiance, c’est une vérité théologique que Bernadette ne peut comprendre ni connaître mais que ceux à qui elle va le transmettre reconnaîtront : « Je suis l’Immaculée conception ». Et ça a été le cas, pour le curé de la paroisse comme pour l’évêque qui eux savent le dogme qui a été promulgué.

 

Ce nom porte en lui-même un autre nom, donc, le nom même de Dieu. « Je suis ». Comme Marie, à l’Annonciation et par son « oui », comme Marie va porter en elle le nom de Dieu, Dieu lui-même qui vient se faire connaître, Jésus, « Dieu sauve ». Et Bernadette, comme Moïse au peuple d’Israël, va porter ce nom et le révéler. Comme Marie, radicalement, en sa chair, qui va porter le nom-même de Dieu pour le révéler au monde.

 

Et c’est un appel très concret pour nous : accueillir la Parole de Dieu, accueillir sa Présence aujourd’hui, nous laisser féconder par cette Parole et par l’Esprit Saint, pour en devenir témoins à notre tour, à notre mesure mais toute notre mesure. En vivant très concrètement les appels de l’Évangile et donc le cœur de cette Bonne Nouvelle, le commandement unique qu’est le double appel à aimer, aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même.

 

Voilà que nous arrivons ainsi à la suite de ce nom qui est un nom-programme. « Je suis l’Immaculée conception ». Marie est conçue sans péché, sans la marque du péché des origines. Elle est préparée par Dieu lui-même à accueillir le Sauveur, Celui qui vient nous libérer du péché et des conséquences du péché des origines que sont le mal et la mort. Marie est conçue sans péché et elle est celle qui conçoit le sans péché, Jésus. C’est son nom.

 

Et ce nom n’est pas d’abord ou pas seulement une qualité morale, c’est bien une action. Marie enfante celui est le sans-péché, qui est conçu en elle, pour que nous soyons enfantés à sa suite, que nous nous laissions concevoir à la vie nouvelle des enfants de Dieu, pour une vie à la suite du Christ, une vie renouvelée, libérée de l’emprise du péché et du mal et de la mort.

 

Rappelez-vous ce que j’ai dit au tout début : contempler Marie c’est contempler Jésus, par Marie, et par lui entrer dans le mystère du salut. Le salut c’est quoi ? C’est être sauvé du péché, du mal et de la mort. Et Jésus est vraiment homme, pleinement homme mais sans péché, car il est vraiment Dieu. Or le péché c’est quoi ? C’est ce qui produit la rupture d’avec Dieu. Jésus est forcément sans péché, sinon il n’est pas Dieu. Quand bien même il est vraiment homme. Dieu fait homme, pour de vrai, jusqu’à traverser comme nous le non-sens du mal et de la mort, le non-sens et l’injustice de la souffrance gratuite à cause de la violence des hommes et de ce monde. Et il en meurt, par amour pour nous. Et pour nous en sauver.

 

Ces jours-ci on entend dans les liturgies de la semaine l’épître aux Romains ; et cette histoire de péché nous a accompagné toute la semaine passée. Avec des textes un peu difficiles. Notamment on entendait l’autre jour le chapitre 5 où St Paul nous rappelle que si la mort est entrée dans le monde par un seul homme Adam, le salut nous vient d’un seul homme aussi, Jésus. Il est le nouvel Adam. Et il peut nous ouvrir au salut, il peut traverser le mal et la mort, car il est exempt du péché, il n’est pas esclave du péché, comme disait Paul dans la même lettre aux Romains, au chapitre 6.

 

Permettez-moi de vous rappeler qu’Adam et Ève aussi on été conçus sans péché. C’est venu après, par la faute du serpent tentateur qui s’est faufilé dans leur vie comme le mal se faufile dans notre vie à nous et vient semer le trouble et le doute, y compris de l’existence de Dieu ou de sa bonté originelle.

 

Et comme on a fait le parallèle en Adam et Jésus nouvel Adam, la tradition de l’Église a très vite fait le parallèle entre Ève et Marie nouvelle Ève. Et si le salut est entré dans le monde par un homme, Jésus nouvel Adam, c’est par Marie nouvelle Ève qui met au monde cet homme, cet homme qui est lui-même le salut. Ça n’est pas un attribut qu’il aurait, non, il est le salut, il est « Dieu sauve », c’est son nom. Et si Ève était exempte originellement du péché, en l’acte créateur de Dieu, à plus forte raison celle qui nous offre le salut qui vient nous libérer du péché, Marie, Marie en son immaculée conception, Marie qui est cet écrin précieux, ce « tabernacle » dans lequel Dieu lui-même vient prendre chair. Et Marie est sans péché car elle est en relation parfaite avec Dieu, en relation de confiance et dans le « oui » total à son projet, ce qui n’est pas toujours notre cas, Marie qui est en symbiose totale avec Dieu qui prend naissance en elle par Jésus qui est le Fils de Dieu. Marie – c’est ça le cœur du dogme de l’Immaculée conception – Marie qui vit par anticipation ce qui nous est promis à tous, à savoir être libérés de tout mal et de toute mort et donc du péché.

 

Pour rappel, l’année dernière, nous avons vécu ce geste un peu étonnant de la boue. Puis de l’eau qui nous en a lavé, qui nous en a purifié, qui nous a « immaculé » c’est-à-dire rendu sans tâche. Un geste qui était comme un rappel de notre baptême et une sacrée préparation au sacrement du pardon. La boue ça nous rappelle que nous sommes créés en étant tirés de la terre. Certes Dieu a déposé en nous son souffle de vie, l’Esprit Saint, mais la boue, la terre, notre condition mortelle humaine, prend bien souvent le dessus, elle prend le dessus sur cette part de divin en nous. C’est ça le péché.

 

Et c’est ce que St Paul nous disait cette semaine encore avec ces versets du chapitre 7 de son épître aux Romains : « Frères, je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans l’être de chair que je suis. En effet, ce qui est à ma portée, c’est de vouloir le bien, mais pas de l’accomplir. Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas. Si je fais le mal que je ne voudrais pas, alors ce n’est plus moi qui agis ainsi, mais c’est le péché, lui qui habite en moi. » Et deux-trois verstes plus loin St Paul s’écrit : « Malheureux que je suis ! Qui donc me délivrera de ce corps qui m’entraîne à la mort ? Mais grâce soit rendue à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur ! »

 

Je ne sais pas comment vous appréhendez cette notion de péché dans votre vie, chacun, juste n’oubliez jamais que le verbe pécher, faire un péché, en hébreu, c’est très concret, c’est l’image de « manquer la cible ». Or c’est quoi cette cible ? c’est Dieu lui-même qui veut se faire connaître et reconnaître, Dieu lui-même qui veut se révéler comme le Dieu aimant et miséricordieux, un Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance, un Dieu qui nous dit qu’on ne peut pas l’aimer sans aimer l’autre qui est là à côté, aimer son prochain comme soi-même. Manquer la cible c’est manquer l’appel à aimer, aimer Dieu et aimer son prochain comme lui, Dieu nous a aimé dans le don de son Fils Jésus. Chaque fois que je manque à cet appel, chaque fois que je n’y arrive pas ou chaque fois que je ne veux pas aimer, pour tout un tas de raisons bonnes et moins bonnes, alors je m’éloigne de Dieu, je me mets en rupture avec Dieu. Et il veut m’offrir son pardon, il veut me dire sa confiance et me donner sa force d’aimer et de pardonner. Si je veux bien. D’où le sacrement du pardon et de la réconciliation pour redécouvrir cela et se libérer de ce mal qui peut nous ronger, même inconsciemment, s’en libérer en le nommant et en le déposant à un autre. Au passage, c’est la condition de notre liberté. Dieu ne nous sauve pas sans nous, je l’ai déjà dit tout à l’heure je crois. Il nous aime trop pour nous contraindre, jusqu’à accepter nos éloignements, comme dans le récit du fils prodigue.

 

Marie qui se révèle à Bernadette comme l’Immaculée conception nous rappelle que nous sommes pécheurs mais appelés à nous laisser purifier, nous laisser « immaculer » par Dieu lui-même, par le sans-péché qu’elle conçoit ou plutôt qui est conçu en elle par Dieu lui-même qui vient établir sa demeure en elle. C’est ça le mystère qui se révèle dans ce nom, et c’est le mystère de notre vocation, c’est le mystère de notre salut : être purifiés, « immaculés », de tout péché. Permettre à Dieu de prendre toute place en notre vie et que nous puissions en devenir témoins pour d’autres. C’est ce qu’on célèbre à chaque eucharistie où Jésus vient établir sa demeure en nous pour que nous devenions ensemble ce que nous recevons, le Corps du Christ et donc, comme je le disais tout à l’heure, que nous devenions ensemble sa Présence concrète et agissante en ce monde aujourd’hui.

 

Ce nom de Marie à Lourdes, comme avec les noms dans la révélation biblique, ce nom qu’elle confie à Bernadette, dit une mission, celle de devenir sans péchés, de nous laisser enfanter à une vie où le péché ne soit pas vainqueur, mais bien les promesses de résurrection, avec le Christ, une promesse de vie re-suscitée au cœur du mal et de la mort qui nous traversent, une vie re-suscitée qui est à accueillir pour nous-mêmes, dès ici-bas et pleinement pour demain, après le passage de la mort, une vie qui est aussi à vivre pour d’autres, ce que j’appelle devenir des ressuscitants pour celles et ceux qui vont croiser notre route. Et là encore c’est très concret, c’est chaque fois que nous allons permettre à quelqu’un de ne pas sombrer dans l’épreuve ou la souffrance, chaque fois que nous allons permettre à quelqu’un de se relever, par un geste ou une parole, chaque fois que nous allons aider l’autre à retrouver sens ou goût à la vie, même un peu, même dans les toutes petites choses du quotidien, chaque fois que nous allons prendre soin de l’autre qui en a besoin. Vous pourrez aller relire le chapitre 25 de l’évangile de St Matthieu ou la parabole du Samaritain, en Lc 10[3]. C’est aussi tout l’enjeu des pardons et des réconciliations que nous avons à vivre où se jouent vraiment quelque chose d’une libération, pour soi et pour l’autre.

 

Je vous disais au début de cette intervention que nous étions invités avec Bernadette à contempler Marie et par elle le salut qui advient avec Jésus, eh bien Marie est bien celle qui a pris soin de ce germe de vie en elle, jusqu’à en prendre soin tout au long de sa croissance et de son advenue à la vie adulte, jusqu’à se tenir encore au pied de la Croix, jusqu’à prendre chez elle le Disciple Bien-aimé, comme Jésus le lui demandais et devenir pour nous celle vers qui nous pouvons nous tourner pour qu’elle porte avec nous ce que nous avons à porter et pour qu’avec Jésus elle dépose auprès du Père nos demandes et nos cris….

 

[1] Cf. Document des sanctuaires pour ce thème pastoral 2020, p.16.

[2] Le P. Horacio Brito est l’aumônier général de l’Hospitalité ND de Lourdes. Il fut auparavant recteur des sanctuaires. Il intervenait à Lyon le 23 octobre sur ce même thème.

[3] Dans cette parabole j’aime voir que le Samaritain ne fait pas tout, il fait ce qu’il peut, à sa mesure, et ensuite il passe le relais à l’aubergiste. Il n’y a qu’un seul Sauveur, le Christ, ne croyons pas être tout-puissant à pouvoir aider l’autre. A notre mesure, et dans la complémentarité des uns et des autres…

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