Homélie mercredi 27 novembre 2019

Publié le par Christophe Delaigue

Mercredi de la 34ème semaine du Temps Ordinaire

Dn 5 / Ct de Dn 3,62-67 / Lc 21,12-19

 

Franchement, ça ne donne pas très envie de rester, ça donne plutôt envie de partir en courant ce que Jésus vient de nous dire ! En termes de markéting pour une super aventure, je n’aurais pas fait comme ça !

Jésus annonce des persécutions. Et de fait elles vont avoir lieu. Ce sera le lot des premières communautés chrétiennes, pendant plusieurs décennies. Et c’est encore d’actualité, aujourd’hui encore, dans certaines régions du monde…

Des persécutions, dit Jésus, à cause de son nom…

Moi ça m’interroge… Jusqu’où irions-nous pour notre foi ? Et quelle foi d’ailleurs ? Est-elle si essentielle à notre vie que nous irions jusqu’au bout, jusqu’au don de nous-mêmes et de notre vie, pour elle, notre foi en Dieu, et pour Jésus ? Ou n’est-elle qu’un plus pour notre quotidien, si ça nous apporte un quelque chose, n’est-elle qu’un « au-cas-où-Dieu-existe-bien » ?

Il ne s’agit pas de vous mettre la pression ou de vous culpabiliser de je ne sais quel manque de foi, mais qu’on se demande – moi comme vous – de quoi j’ai besoin et de quoi nous avons besoin pour faire grandir notre foi, pour faire grandir notre amour de Dieu et du Christ, pour qu’il ne soit pas qu’une idée ou une hypothèse, si tel pourrait être le cas, mais que ce soit bien quelqu’un, quelqu’un que j’aime, quelqu’un qui est là présent à ma vie et que j’aime pour de vrai, que j’aime tellement que je pourrais aller je ne sais où pour lui, par amour pour lui, pour que sa présence reste en ce monde…

En vous disant cela ça me fait penser à plusieurs figures spirituelles qui ont compté dans mon parcours de vie et de foi.

  • Je pense tout d’abord aux moines de Tibhirine qui sont morts martyrs l’année de mon bac et qui ont été béatifiés il y a à peine un an avec d’autres religieux d’Algérie. Ils ont donné leur vie jusqu’au bout, par amour. Par amour de Dieu et par amour de ces hommes et femmes qui autour d’eux vivaient la violence et la guerre. Ils ont refusé de quitter l’Algérie qui ne les voulait plus parce que Dieu, lui, n’abandonne pas ses enfants et que ces musulmans avec qui ils vivaient étaient pour eux des frères et des sœurs cherchant Dieu et donc des enfants de Dieu. Ils sont restés au nom de Dieu qui aime et qui n’abandonne pas.
  • Et je pense aussi à Etty Hillesum, cette jeune femme juive agnostique qui va découvrir la présence de Dieu dans sa vie, au cœur même de l’horreur de la Shoah. Et dans une prière, un soir de juillet 1942, je crois, elle va dire à Dieu qu’elle pressent qu’il ne peut rien pour elle face à l’horreur du mal et de la liberté violente qui l’entoure mais qu’elle elle peut quelque chose pour lui, elle peut malgré tout prendre soin de sa présence en elle, pour qu’il reste présent en ce monde défiguré et crucifié.

Évidemment, nous ne sommes pas tous de cette trempe-là, et ça peut nous paraître énorme ou inatteignable. Mais Jésus nous fait une promesse. Il va nous donner ce dont nous aurons besoin. Ce dont nous aurons besoin pour tenir dans la persévérance et pour rendre témoignage, quoi qu’il nous arrive. En se redisant que ça ne vaut pas seulement pour la persécution, mais pour toute situation de fin du monde en nous, dans notre vie, pour toute situation où nous sommes tellement ébranlés que nous pourrions perdre foi, perdre confiance en Dieu et en la vie.

Il nous promet ce dont nous aurons besoin. Et nous savons que c’est quelqu’un, c’est l’Esprit Saint. Et nous savons aussi, nous croyons, que lui Jésus, par l’Esprit Saint, est présent aujourd’hui encore avec nous.

Encore faut-il que nous ayons foi en cela, foi en lui, que nous grandissions dans cette confiance-là.

Alors au terme de notre année liturgique puisque nous entrerons en Avent dimanche – vous allez en parler tout à l’heure à la soirée « Étanche ta soif » –, au terme de cette année liturgique qui s’achève, on pourrait se demander chacun et le déposer dans cette eucharistie :

  • Qu’est-ce qui m’a aidé, ces derniers mois, à grandir dans une confiance en Dieu et en la présence de Jésus à mes côtés ?
  • Qu’est-ce qui m’aide à croire qu’il est là et à vivre en amitié avec lui ?
  • Quelles rencontres ou quels évènements ?
  • Quels moments aussi ou quels moyens, type prière ou retraites ou sacrements ou Frat’ de la Parole ou autres groupes auxquels je participe ?
  • Qu’est-ce qui m’a aidé à avancer et à enraciner un peu plus la foi dans ma vie, qu’est-ce qui m’a aidé à m’enraciner un peu plus dans cette confiance en Dieu qui est là et qui veut nous rejoindre chacun au cœur de ce que nous vivons ?

Et du coup, où est-ce que j’en suis de ma foi en Dieu et de ma vie avec lui ? A la fois où est-ce que j’en suis de mon désir de vivre avec lui mais aussi – c’est inséparable – où est-ce que j’en suis de mon désir, et de la mise en œuvre de cela, de vivre les appels de l’Évangile, très concrètement ? Où est-ce que j’en suis ?

Une invitation, là, maintenant, dans le silence de nos cœurs, à la fois à rendre grâce de ce qui a été, et en même temps demander l’Esprit Saint que Jésus promet, pour continuer le chemin…

Tout cela, nous le déposons dans le silence de la prière et avec le pain et le vin de l’eucharistie par lesquels Jésus se rend présent à nous et à ce monde. Amen.

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