Homélie dimanche 15 décembre 2019

Publié le par Christophe Delaigue

3ème dimanche de l’Avent / Année A

Is 35,1-6a.10 / Ps 145 (146) / Jc 5,7-10 / Mt 11,2-11

 

Certains d’entre vous le savent, on appelle ce dimanche « Gaudete », c’est-à-dire « dimanche de la joie ». Quelle est-elle notre joie, ce soir ? Quelle est-elle notre joie à quelques jours de Noël maintenant ? Et si nous ne la pressentons pas encore, où l’attendrions-nous, qu’est-ce qui dans notre vie aujourd’hui a besoin de cette joie promise ?

Dès le début de notre 1ère lecture de ce soir il a été question de se réjouir, il a été question de cette joie. Car la vie est annoncée, Isaïe nous dit que ce qui semblait mort ou qui peinait à porter du fruit reprend vie !

« Le désert et le lieu de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire (…) lui est donnée (…). On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu »…

L’appel il est à la joie car une promesse est faite qui va se réaliser. Au cœur d’une attente qui appelle à ce qu’on se donne les moyens de guetter et de voir la réalisation de cette promesse. La promesse que Dieu vient : « Voici votre Dieu (…). Il vient lui-même et va vous sauver » …

Voilà le sens de ce temps de l’Avent dans lequel nous avançons. L’attente de voir se réaliser les promesses de Dieu. Ce temps qui nous est donné pour prendre le temps de voir dans notre vie que Dieu réalise ses promesses et qu’il est là, qu’il vient aujourd’hui encore à notre rencontre.

Et c’est bien ça que nous donne d’entendre la page d’évangile que je viens de proclamer. A la question des disciples de Jean-Baptiste de savoir si Jésus est celui qui doit venir, donc s’il est celui que Dieu lui-même a promis et annoncé par la bouche des prophètes et notamment par le prophète Isaïe, à cette question, Jésus répond en reprenant les mots mêmes de notre 1ère lecture et en invitant les disciples de Jean-Baptiste à lui dire ce qu’ils voient. Or ce qu’ils voient, ce que Jésus fait et qu’ils peuvent rapporter à Jean-Baptiste, c’est visiblement ce qu’Isaïe avait annoncé.

« Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » 

Derrière chacune de ces affirmations de Jésus nous pouvons aller relire des pages de nos bibles et des évangiles. Derrière chacune de ces annonces réalisées nous pouvons voir Jésus guérir les malades et annoncer que le Règne de Dieu est arrivé. Nous pouvons entendre que Jésus est Celui que le peuple attendait, il est celui qui réalise les promesses de Dieu. Il est celui qui nous donne de croire que Dieu réalise ses promesses, que ce ne sont pas que des mots ou des consolations illusoires.

Et je me permets d’insister car c’est très concret pour nous ! Croyons-nous que Dieu tient promesse ? Croyons-nous que s’il a déjà tenu promesse alors c’est pour aujourd’hui encore, pour nous, dans le réel concret de ce qui fait notre marche de chaque jour, avec ses nuits et ses instants de lumière ? Croyons-nous que Jésus est là à nos côtés comme il l’a promis et croyons-nous par exemple qu’il nous donne sa force de vie et d’amour qu’est l’Esprit Saint, comme il l’a promis à ses disciples et à ses apôtres ?

Car c’est bien cela, je crois, qui peut nous mettre dans cette joie de ce dimanche, cette joie qu’annonce le prophète Isaïe pour les terres arides et désertiques que sont parfois nos vies !

La Bonne nouvelle de ce jour et plus largement des fêtes de Noël dans lesquelles nous sommes entrés depuis le début de l’Avent, la Bonne nouvelle qui nous est adressée c’est que Dieu tient promesse. J’insiste !

Et tout ce qu’Isaïe annonce et que la liturgie nous donne d’entendre jour après jour depuis deux semaines maintenant, tout ce qu’Isaïe nous donne à contempler du Christ lui-même qui vient, c’est Bonne nouvelle, c’est ce qui doit façonner notre cœur à croire en ce salut de Dieu que Jésus vient annoncer et réaliser, ce salut qu’il ne va pas cesser de révéler tout au long de sa vie et des rencontres qu’il va faire.

Et nous allons avoir toute l’année liturgique et même toute notre vie de baptisés – je pense tout spécialement à vous qui avez fait votre entrée en Église ce soir – nous allons avoir toute l’année et toute la vie pour entendre et réentendre et pour voir comment Jésus fait, et comprendre ainsi qui il est et comment Dieu est présent à notre vie.

Oui, Jésus est le salut promis. Il apporte la paix et la joie. Il est le salut promis qui est guérison, guérison de ce qui nous empêche de voir Dieu à l’œuvre dans notre vie, guérison de ce qui nous empêcherait d’oser nous mettre en route pour le chercher et le suivre, guérison de ce qui nous paralyse peut-être et nous fait hésiter à l’annoncer à d’autres ou à bien vouloir entendre à quoi il nous appelle, guérison de la peur du mal et de la mort quand nous ferons l’expérience qu’avec lui, Jésus, et malgré les apparences spontanées, le mal n’est pas vainqueur de notre vie, qu’avec lui Jésus, si nous lui faisons cette confiance-là, si nous mettons notre confiance en sa Présence et son amour, avec lui Jésus il nous sera donné de faire l’expérience que la vie est plus forte que tout mal et que tout mort. Que la vie est résurrection, là où tout semblerait nous acculer à désespérer de Dieu et de la vie.

Et je me permets de vous dire ce soir que ce ne sont pas que des mots. C’est l’expérience de certains d’entre vous mais c’est aussi ma petite expérience, si j’ose vous en dire quelques mots, c’est mon expérience au cœur de longs mois et même de plusieurs années de maladie où la question du sens de ma vie, notamment comme prêtre qui ne pouvait plus ni présider l’eucharistie ni prêcher pendant plusieurs mois, a été mise à rude épreuve. C’était la nuit, vraiment, avec cette question incessante de savoir quelle pouvait bien être la fécondité de ma vie, comme ça, et quelle était, là, la volonté de Dieu, où est-ce qu’il m’attendait, quel sens ça pouvait avoir. Et ça a été difficile certains jours...

Mais au cœur de la nuit et de nos chemins enténébrés, il nous est donné de faire l’expérience d’une petite lumière qui est là quand même, malgré tout. Elle passe par des personnes qui prennent soin de nous. Elle passe dans telle parole humaine ou de la Bible qui prend résonnance de vie en nous. Elle passe encore dans cette joie discrète et indicible qui peut nous envahir alors que nous crions vers Dieu, cette joie qui est comme une paix intérieure qu’on sent grandir en nous au cœur du silence pourtant glacial d’une prière parfois difficile…

C’est déjà ça le salut promis, la consolation dont parle en plusieurs endroits le livre d’Isaïe. Et oui, comme disait l’apôtre Jacques dans la 2ème lecture, ça appelle de la patience de notre part. On peut même dire que ça appelle de la persévérance, une forme d’endurance, disait-il, qui est possible si nous osons mettre notre foi en Dieu, notre confiance.

Et ça, ça n’est possible que si nous entendons ce que ces textes, ce soir, veulent nous dire, cette Bonne nouvelle dont je parle depuis le début, à savoir que Dieu est le Dieu qui tient promesse. Il a tenu promesse, c’est ce que nous fêtons chaque année à Noël. Et donc il peut encore tenir promesse, il tient promesse pour nous aujourd’hui. Si nous lui faisons place, si nous mettons en lui notre confiance. Même au cœur de la nuit de ce que nous avons peut-être à traverser, nous ou des personnes autour de nous qui nous sont proches.

Dans la nuit de Noël nous allons réentendre, comme chaque année, ces mots qui peuvent nous aider à croire ce que je suis en train d’essayer vous partager. Ce sera encore tiré du prophète Isaïe, qui va nous dire : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière… Sur le pays de l’ombre une lumière a resplendi… Un enfant nous est né, un fils nous est donné… On l’appellera Prince de la Paix, Dieu fort, merveilleux conseiller » …

Alors… je ne sais ce que vous vivez chacun, ce que vous traversez, je ne sais où vous en êtes réellement et concrètement de votre foi en Dieu, votre confiance en lui, votre confiance en sa Présence et en son Amour. Vous êtes là, nous sommes là, c’est donc que nous attendons quelque chose de lui ou que nous croyons qu’il est là. Je prie pour que ce soit vraiment notre force de vie à tous, que ce soit vraiment force de vie pour chacun de vous. Et je prie pour que ça nous mette en joie. Pas une joie euphorique et artificielle, mais une joie profonde, une paix intérieure qui nous tient en confiance, quoi qu’il arrive, et qui nous donne d’oser une présence auprès de celles et ceux qui cherchent sens au cœur de ce qui leur arrive.

Nous serons ainsi des lumières les uns pour les autres en nous laissant illuminer de la lumière qu’est le Christ et qui ce soir encore veut nous rejoindre, le Christ qui ce soir encore veut établir sa demeure en nous pour que nous l’enfantions à ce monde et pour que nous devenions ce que nous allons célébrer et recevoir, le Corps du Christ, c’est-à-dire des signes en actes de sa présence et de cette joie promise. Amen.

Publié dans Homélies

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