Homélie dimanche 22 décembre 2019

Publié le par Christophe Delaigue

 

4ème dimanche de l’Avent / Année A

Carmel ND de Surieu

Is 7,10-16 / Ps 23 (24) / Rm 1,1-7 / Mt 1,18-24

 

Dans cette histoire – qui est l’histoire du salut en marche et donc la nôtre ! – dans cette histoire c’est comme si tout aurait pu capoter, échouer. Joseph aurait pu se réveiller comme un matin de mauvaise nuit et se dire que tout cela était ma foi un mauvais rêve et que la journée serait longue et difficile… Ça nous arrive parfois…

Sauf que dans cette histoire, par cette histoire, voilà qui nous dit en fait quelque chose d’important, quelque chose de la liberté de Dieu vis-à-vis de nous, et même de sa façon de se livrer à notre liberté, à notre foi ou notre confiance…

Saurons-nous, savons-nous, voir et entendre Dieu qui passe, Dieu qui parle ? Sans doute, me direz-vous, et je n’ai aucune raison de ne pas vous croire, évidemment… Mais… est-ce toujours si évident ?

J’aimerais qu’on se demande, ce soir et chacun – et je me le demande à moi-même – : que s’est-il passé de cela, justement, pendant ce temps de l’Avent qui touche presque à sa fin ? Par exemple, quelle Parole nous a plus particulièrement touché, qui spontanément nous vient et remonte en nous ? …

On peut aussi se demander : quelle expérience d’ordre spirituel ou quelle intuition de foi nous a été donnée en ce temps de l’Avent ou s’est peut-être renouvelée en nous ? Qu’avons-nous mieux découvert ou compris – compris avec le cœur – de Dieu et de ses promesses de salut dont Noël est la fête de l’accomplissement – ce que nous pouvons entendre ce soir déjà dans le lien entre l’évangile et la 1ère lecture…

Comment tout cela nous renouvelle ou nous remet en marche ou en confiance ?

Joseph aurait pu se dire que c’était là un mauvais rêve… Sauf que non ! Il aurait pu être bouleversé, ébranlé, mais en fait ça n’a pas l’air… Pourquoi ?

On nous a dit de Joseph que c’est un homme juste. Juste dans sa façon de traiter sa femme, visiblement, du moins au sens où il ne lui veut pas de mal alors que le droit l’invitait à la répudier publiquement, pour laver son honneur à lui. Juste aussi, je crois, dans sa foi, dans sa confiance en Dieu. Il est ajusté au projet de Dieu, tout simplement parce qu’il est croyant au Dieu qui a promis et qui doit accomplir ses promesses.

Certes il doit sans doute être contrarié et un peu perdu par ce qui lui arrive et par ce qui arrive à celle qui lui est promise, mais il va entrer dans cette confiance en laquelle il est invité par ce songe étrange, et il ne va pas jeter la honte sur sa femme, au risque que cette honte lui retombe dessus, qu’elle retombe sur lui Joseph, parce qu’on va se demander pourquoi il laisse partir ainsi celle qui semble avoir fauté, comme si le problème venait de lui, Joseph, pourquoi il laisse faire sans faire valoir ses droits à être reconnu publiquement dans ce qui paraîtrait son humiliation à lui.

Mais il est bon, et juste. Jusque dans l’accueil confiant de ce que l’ange lui dit. Comme si tout s’éclairait pour lui, au cœur de sa nuit, celle de son sommeil qui est aussi celle de son épreuve, parce qu’à vue humaine c’est bien une épreuve.

Et le vocabulaire du réveil me fait penser à celui qui sera utilisé dans certaines lettre des Paul pour parler de la résurrection, la résurrection comme un réveil de l’endormissement de la mort. Voilà que cette annonce de l’ange le remet, lui Joseph, en vie, là où sa honte et l’humiliation allaient comme le clouer au sol. Il est réveillé de son sommeil, il est relevé dans son honneur. 

C’est comme s’il y avait là quelque chose du salut, déjà, dans le consentement à ce que Dieu propose. Comme s’il y avait là quelque chose du salut déjà à l’œuvre dans ce consentement à ce qui semble bien être une Bonne nouvelle et ce qui est en même temps pour Joseph un appel de Dieu.

Ce « oui » de Joseph au projet de Dieu, tout bouleversant et déroutant qu’il soit, est du côté de la vie. Jusqu’à nous. Puisque ça concerne notre vie à nous aussi. Mais c’est déjà du côté de la vie pour lui, avec cette paix et cette confiance qui semblent l’habiter et qui lui permettent de mettre en pratique la Parole reçue, comme on l’a entendu en toute fin de ce récit : « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. »

C’est du côté de la vie, oui, avec cette révélation pour lui comme pour nous aujourd’hui que Dieu vient, que Dieu veut être parmi nous et que l’accueillir, y consentir, c’est sauveur, c’est salvifique. 

Jésus, Le-Seigneur-sauve, est l’Emmanuel annoncé et promis – Emmanuel, Dieu-avec-nous. Appel pour chacun de nous, avec Joseph, à consentir à cette Bonne nouvelle, c’est-à-dire non seulement l’accepter mais l’accueillir en décidant d’en vivre, en décidant d’y répondre. En entendant bien que dans ce « oui » dans lequel nous sommes invités nous aussi à entrer, dans ce « oui » de Joseph le salut est en marche, le salut est à l’œuvre, déjà.

L’appel que j’entends pour nous, ce soir, c’est à réentendre que Dieu nous parle à nous aussi, aujourd’hui. De façon un peu voilée aussi. Oui, nous le savons :

  • il nous parle dans telle intuition que nous allons peut-être pressentir dans le silence de la prière, qui va donner paix et joie et qui permet d’entendre sereinement tel appel et telle Bonne nouvelle que nous avons pu recevoir à l’écoute de la Parole de Dieu.
  • Et comme cette expression le dit, Dieu parle par ces mots, ces textes, dans la résonance de Vie que ça va prendre en nous et que ça va prendre avec les appels du monde que nous aurons su entendre et écouter…
  • Dieu nous parle encore dans telle rencontre ou tel évènement qui vient provoquer de la vie en nous ou autour de nous, telle rencontre ou tel évènement qui nous permettent de faire l’expérience de la vie qui est là et qui nous traverse, jusque dans nos épreuves ou dans ce qui nous semble bien ténébreux parfois… expérience qu’il nous faut apprendre à recueillir et à relire dans la prière, pour consentir, consentir à ce vers quoi ça nous tourne ou ça nous appelle…

Bien sûr, c’est vrai, nous ne savons pas toujours voir ni entendre. Mais pourtant, Dieu se livre, librement, il se livre à notre liberté et à notre condition humaine qui doute parfois, qui est parfois aveugle ou sourde et boiteuse…

Mais la Bonne nouvelle c’est que le Seigneur vient et veut justement nous rejoindre là, dans ces fragilités qui sont les nôtres, il vient et il veut être parmi nous pour nous sauver et ainsi, petit à petit, continuer son œuvre de salut pour tous et pour ce monde… Il vient nous guérir de ces aveuglements, surdités et autres infirmités qui rendent notre vie bancale, bancale à l’autre et bancale à la Parole qui veut prendre corps en nous pour prendre chair dans une vie en réponse d’Évangile…

Alors comme Joseph, demandons au Seigneur qu’il nous donne de devenir des « justes » qui lui font confiance et qui croient en ses promesses et en leur accomplissement, des « justes » qui décident et à qui il est donné d’oser croire que Dieu, quoi qu’il arrive, tient Parole, qu’il tient promesses, et que déjà il les accomplit.

Comme Joseph, qu’il nous soit donné de vouloir et de savoir écouter Dieu qui passe et qui nous parle, écouter avec un cœur confiant, quelles que soient les nuits qui sont les nôtres, et au cœur de celles-ci. Qu’en ce temps de Noël, et déjà dans notre eucharistie de ce soir, nous lui demandions sa lumière, peut-être même que nous osions lui demander une lumière bien concrète au cœur de ce que nous vivons et au cœur de ce que nous attendons du Seigneur ou, d’ailleurs au cœur que nous n’attendions plus trop de lui…

Il est l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, il est le Dieu qui sauve que Jésus vient nous révéler en paroles et en actes, lui qui nous a promis sa présence pour toujours avec nous. Et donc, lui, Jésus, qui se rend présent aujourd’hui encore, puisqu’il l’a promis. C’est bien ce que nous célébrons à chaque eucharistie et ce soir encore. Alors mettons là notre confiance et demandons au Seigneur sa lumière pour ce qui en a besoin aujourd’hui. Amen.

Publié dans Homélies

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