Les gratitudes

Publié le par Christophe Delaigue

 

Delphine de Vigan signe là encore un très beau roman. Sur la vieillesse mais aussi, comme souvent, sur la mise en mots (ou par écrit), pour son personnage principal, de son histoire ; sur l'advenue par la mise en mots à sa propre histoire...

C'est l'histoire de Michka. Elle devient aphasique. Elle perd, dit-elle, elle sent qu'elle perd, elle a peur. Elle perd les mots, elle se trompe, elle mélange... Et sa vie bascule.

Ce sera désormais la maison de retraite... Et l'épreuve de la vieillesse qui semble s'accélérer... Mais pour nous lecteurs, avec elle, c’est aussi la vie qui est là, malgré tout, certes difficile et douloureuse, mais qui est là et qui se dit jusque dans les visites de Marie, sa jeune amie, sa quasi fille, et dans la rencontre de Jérôme, l’orthophoniste de la maison de retraite.

Un très beau roman, même si le « dénouement » surprise presque-final peut sembler un peu rapide – mais, je crois, car il n’est pas le but de ce récit – ; oui un très beau roman, sur la difficulté à vieillir – je le disais plus haut –, avec les peurs de Michka, ses angoisses de nuits, tout ce qui la violente de l'intérieur, son histoire. Mais c'est aussi la beauté de la vie qui va la prendre autrement, par Marie et Jérôme, par leur attention délicate et stimulante, par ce qu'elle va également leur permettre de mettre en mots, un peu, de leur propre histoire.

Si cela pouvait vous donner un peu plus envie ou le goût de ces mots et du style, un petit extrait-bonus :

[Jérôme] “Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, les secrets, les regrets. Je travaille avec l'absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d'un prénom, d'une image, d'un parfum. Je travaille avec les douleurs d'hier et celles d'aujourd'hui. Et les confidences.

Et la peur de mourir.

Cela fait partie de mon métier.

Mais ce qui continue de m'étonner, ce qui me sidère même, ce qui – encore aujourd'hui, après plus de dix ans de pratique – me coupe parfois le souffle, c'est la pérennité des douleurs d'enfance. Une empreinte ardente, incandescente, malgré les années. Qui ne s'efface pas” (p.115)...

--------------

Delphine de Vigan, Les gratitudes, JC Lattès, mars 2019, 173 pages, 17€.

Publié dans Romans et récits

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :