Homélie dimanche 26 janvier 2020

Publié le par Christophe Delaigue

3ème dim. du Temps Ordinaire / Année A

Is 8,23b – 9,3 / Ps 26 (27) / 1Co 1,10-13.17 / Mt 4,12-23

 

Si je vous dis que dans la paroisse, notamment pour les étudiants et pour les Jeunes pros, on pousse à ce que vous vous vous retrouviez régulièrement en Frat’ et notamment des Fraternités autour de la Parole de Dieu, comme nous y invite notre évêque dans sa lettre pastorale, eh bien figurez-vous que nous aussi en « Dream Team », les permanents prêtres et laïcs de la paroisse, on essaye de vivre cela régulièrement. C’est ce qu’on a fait mardi avec cet évangile.

Et la première chose que j’ai partagée sur ce texte c’est, qu’en l’écoutant, la première chose à laquelle j’ai pensée c’est à une BD, une bande dessinée, que je redécouvre en ce moment et qui s’appelle « Le voyage des pères ». [Petite page de pub : je recommande !] C’est l’histoire des pères des apôtres qui partent à la recherche de leurs fils qui semblent être devenus fous, qui ont tout quitté sur un coup de tête, comme ça, pour suivre cet homme qu’on ne connaît pas tant que ça, un certain Jésus de Nazareth, dont on parle peut-être déjà mais on ne sait pas vraiment qui c’est.

Et c’est vrai que c’est un peu fou quand même cet appel, ça un côté fou ce qu’on vient d’entendre : Jésus appelle la première fratrie puis la deuxième et voilà que les uns les autres, les deux premiers d’abord puis les deux suivants laissent tout, ils s’en vont, comme ça ! Un peu l’inverse de ce qu’on fait dans un service des vocations où les jeunes viennent frapper à la porte et on leur dit : « Ok mais on va prendre le temps, on va prendre le temps de discerner ». Là il y a une forme de radicalité, c’est maintenant, tout de suite.

La deuxième chose que je partageais aux autres, mardi matin, c’est un détail qui n’est pas dans le texte mais qui me paraît évident, surtout si on pense à un dessin de BD : j’imagine le regard des frères qui sont appelés par Jésus, j’imagine qu’ils se regardent l’un l’autre, un regard qui dit quelque chose du style : « Tu y crois toi ? Allez, on y va ! » Et ils y vont. Une espèce de regard à la fois interrogatif et confiant. Et j’aime ce regard parce que tout l’Évangile va être histoire de regards et notamment d’apprendre à rentrer dans le regard de Dieu pour nous, son regard d’amour et de miséricorde, son regard sauveur.

L’enjeu pour nous, l’enjeu pour notre vie, ça va être d’apprendre à se laisser regarder ainsi par Dieu et à regarder chacun comme lui. Et pour cela découvrir combien il se fait proche de nous, découvrir qu’il n'est pas un Dieu lointain mais un Dieu qui nous rejoint au cœur de ce qui fait notre vie, comme Jésus vient rejoindre et appeler ses futurs apôtres au bord du lac, pour les emmener plus loin, devenir des pêcheurs d’homme c’est-à-dire les associer à sa mission.

Et ce qui me frappe c’est qu’il ne les appelle pas individuellement mais deux par deux. C’est toujours dans une fraternité à vivre ! Et je crois que là il y a un vrai enjeu pour nous, chacun, mais aussi pour nous ici à St Jo. Un vrai enjeu pour notre vie paroissiale. Parce que tout seul on n’est pas grand-chose, tout seul c’est parfois difficile de croire. Pour plein de raisons.

J’en ai toujours été convaincu mais j’en ai fait une expérience renouvelée et radicale pendant mes années de maladie où je n’aurais pas pu devenir le vivant que je suis aujourd’hui sans les frères de communauté qui m'ont accueilli chez eux à Bruxelles, à la Maison Ste Thérèse qui était une maison de formation pour des séminaristes français. Je le redis, tout seul c’est parfois trop difficile, même pour accueillir la lumière du Christ qui vient nous rejoindre dans nos ténèbres, comme disait la 1ère lecture ; on a besoin des autres, qui nous soutiennent, qui nous aident, qui nous permettent de nous laisser relever et d’avancer.

Et du coup, dans le temps de Frat’ de mardi je partageais aussi cette émotion à voir que le psaume de ce soir ce serait le Ps 26 ; les 1ers versets, le refrain qu’on a pris pour le psaume, c’est un chant qui m’a beaucoup accompagné dans les moments difficiles, c’est ce qui me venait, comme un appel à la confiance, un appel à une confiance à renouveler dans le Seigneur, comme une certitude intérieure qui m’étais donnée qu’il est là, qu’il était là avec moi malgré tout, et malgré ma difficulté parfois à voir sa lumière. Et je suis très touché de la finale de ce psaume : « J’en suis sûr, je verrai la bonté du Seigneur (...). Espère le Seigneur, sois fort et prends courage » ... [Petite pause musicale : Le Seigneur est ma lumière et mon salut ] … C’est vraiment ce qui s’est renouvelé en moi. J'ai vu « la bonté du Seigneur » …

Sauf que ces mots, pour que ça ne reste pas que des mots, ces mots pour qu’ils s’incarnent et qu’ils deviennent Parole de Vie, non seulement il faut les laisser résonner en nous dans la prière mais moi ce qui m’a aidé c’est des frères qui me tiennent à cette prière, c’est de les voir tous les jours faire oraison fidèlement, et que ça m’y aide moi aussi. On vit la même chose ici, entre prêtres, tous les matins. C’est vraiment une chance, une force de la vie fraternelle ; et je crois qu’il y a plus largement un appel et un enjeu pour nous ici à Saint Jo, dans cette paroisse, cette communauté que nous voulons construire ensemble et qui doit pour cela se laisser enfanter par la Parole de Dieu, sa Parole de Vie.

La 2ème lecture nous a rappelé que la communion entre nous peut être fragile parfois. On sort de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens qui en ait une preuve tragique de l’histoire et un appel pour nous aujourd’hui encore. C’est fragile dans toute communauté humaine. Notre rempart ce sera toujours d’apprendre à répondre ensemble aux appels de Dieu, à discerner sa volonté, à écouter ensemble ce que l’Esprit souffle en nous. Et pour cela non seulement il y a un enjeu à célébrer l’eucharistie où le Christ se rend présent et nous constitue ensemble en peuple de Dieu, mais aussi un enjeu à écouter ensemble la Parole pour nous laisser enfanter par Elle à une vie en réponse d’Évangile.

Et du coup, ce soir, en ce « Dimanche de la Parole de Dieu » institué en septembre par le pape François, j’ai envie de vous encourager à vous retrouver les uns les autres en Frat’, à saisir cette chance. Si vous n’en avez pas, demandez-vous qui sont les 4-5 chrétiens que vous connaissez dans votre école ou votre fac ou au boulot ou autour de chez vous avec qui vous pourriez vous retrouver, au rythme qui vous va, pour faire cette expérience d’apprendre à entendre que Dieu parle et appelle par sa Parole.

Vraiment j’aimerais que vous puissiez en faire l’expérience. Alors nous pourrons entendre à quoi ça appelle chacun mais aussi à quoi ça nous appelle ensemble, en Frat’ et même plus largement pour notre vivre-ensemble paroissial, pour nous ouvrir au salut de Dieu mais aussi pour que nous trouvions où ça nous appelle, quels sont les champs de la mission où Dieu a besoin de nous aujourd’hui, ici à Grenoble et dans le diocèse, et pour les jeunes dont tant parmi eux ne connaissent ni Dieu ni la Bonne nouvelle de savoir que toute vie trouve en lui un sens et qu’ensemble nous pouvons apprendre à voir ce qui va mettre de la lumière au cœur de ce que la vie nous donne de traverser.

Certains trouveront qu’être en Frat’ c’est une marche un peu trop haute ou qu’ils ont besoin aujourd’hui d’autre chose avant, du style du temps pour apprendre à se poser et à relire sa vie ou des rencontres pour approfondir telle ou telle question qui les travaille ? C’est bien aussi, et c’est aussi des lieux de fraternité, alors allez-y ! Je pense aux soirées étudiantes ou Jeunes pros ou aux équipes Magis. Et y’a peut-être d’autres choses à inventer ! En tout cas l’enjeu c’est vraiment de ne pas rester seul et que petit à petit, par toutes ces petites cellules vivantes de fraternité, notre communauté se fortifie et nous permette de grandir dans la foi et qu’on entende où Dieu nous attend pour la mission !

Tout à l’heure dans les annonces on va vous parler d’un événement important pour notre vie paroissiale et qui est lié à tout ce que je viens d’essayer de vous dire. Juste, soyez attentif et notez bien dans votre agenda la date qu’on vous donnera. Vraiment c’est important, vous verrez...

Pour l’heure je m’arrête ! Laissons résonner tout cela en nous et prions… Et entendons, non seulement que Jésus nous appelle nous aussi aujourd’hui, mais aussi, qu’ensemble, en frères et sœurs, nous pouvons nous aider à répondre, en nous laissant guider par la Parole et par la lumière du Christ ressuscité, le Christ Jésus qui ce soir encore veut nous rejoindre chacun, pour que nous devenions ensemble ce que nous allons recevoir, le Corps du Christ, sa présence en ce monde. Amen.

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