Homélie mercredi 15 janvier 2020

Publié le par Christophe Delaigue

Mercredi de la 1ère semaine du Temps Ordinaire

1S 3,1-10.19-20 / Ps 39 (40) / Mc 1,29-39

 

Avec cette page d’évangile, c’est un peu comme hier, on est dans une journée ordinaire de Jésus, une journée ordinaire où il fait son job de Fils de Dieu : il guérit les malades, c’est une annonce en actes du salut, et pour cela il prend le temps de se retirer tôt le matin pour prier, pour se mettre en écoute de Dieu, pour prendre force auprès de lui pour vivre la mission. Une journée ordinaire de son job de Fils de Dieu.

Si nous sommes appelés à vivre à sa suite c’est-à-dire à son exemple et même à son école, si nous voulons comme lui être de celles et ceux dont Dieu a besoin pour faire advenir son Royaume en ce monde et pour annoncer en actes son salut, alors nous aussi il faut qu’on apprenne à prendre e temps de se retirer au désert, c’est-à-dire prendre le temps de la mise à l’écart de la frénésie du quotidien, pour orienter notre vie et même notre agir en Dieu, pour prendre force auprès de lui, et pour entendre à quoi il nous appelle, au cœur du réel concret de ce que nous avons à vivre au fil de l’ordinaire de nos jours à nous…

Entendre à quoi il nous appelle… Le problème ça va être d’entendre, justement. Parce que je ne sais pas vous mais moi je fais plutôt une expérience franchement différente de celle de Samuel dans la 1ère lecture. Je ne crois pas avoir jamais entendu comme une voix extérieure qui m’appelle. Je ne crois pas avoir ait une sorte d’expérience d’évidence directe de ce à quoi Dieu m’appelait.

Je ne parle pas d’abord ou pas seulement de mon chemin vocationnel qui m’a fait devenir prêtre, plutôt de l’ordre d’un processus de rencontres et d’événements et d’expériences qu’on peut appeler spirituelles, je parle plus largement de mon désir on pourrait dire quotidien de vivre là où Dieu m’attend, là où il a besoin de moi. Peut-être que ça peut paraître un peu orgueilleux de croire que je peux servir au projet de Dieu, mais Jésus a passé toute sa vie publique à faire comprendre cela aux apôtres et à ses disciples, en les envoyant en son nom proclamer la venue du Royaume et le désir de salut de Dieu, et après sa résurrection c’est encore ce qu’il leur dira avant de disparaître à leurs yeux au jour de l’Ascension.

Jésus nous révèle et vient redire avec force que Dieu compte sur nous, que Dieu a besoin de nous. Non seulement pour être présent à ce monde mais aussi pour agir concrètement en ce monde, par nos mains qui vont prendre soin, par nos pieds qui vont aller à la rencontre, par nos voix qui vont oser des paroles de consolation et de réconciliation.

Et Dieu appelle pour cela. Il veut nous appeler chacun. Je dis bien chacun car tous nous sommes uniques, non seulement parce que nous sommes le fruit d’une histoire qui nous est propre et qui nous façonne, mais aussi parce que tous nous avons des talents différents et des charismes que va nous inspirer l’Esprit Saint, et que c’est dans la complémentarité de ces talents et de ces charismes que nous allons pouvoir nous aider à grandir dans la foi et nous permettre d’œuvrer ensemble à l’annonce du salut. 

Une fois que j’ai dit ça, je ne réponds pas à la question implicitement soulevée juste avant de savoir comment Dieu appelle, et comment il nous appelle chacun…

Pour l’auteur de la 1ère lecture c’est une évidence : Dieu appelle. Mais c’est étonnant cette voix que Samuel entend, visiblement aussi distincte ou aussi claire qu’une voix humaine pas loin de lui. Et même s’il se trompe et s’il croit que c’est Eli qui l’a appelé, nul doute qu’il a bien été appelé et qu’il a bien entendu.

Pour nous c’est plus confus, c’est souvent moins évident. Dans la perception que nous allons avoir. C’est plutôt de l’ordre d’un pressentiment en nous ou d’une espèce de conviction intime et profonde qui va comme s’imposer à nous. Mais comment savoir si ça vient de Dieu ou si on se fait des films ? Ce sera tout l’enjeu de ce qu’on appelle le discernement. Et pour discerner il va falloir commencer par écouter. Ça va avec l’expérience de la prière.

Écouter quoi ? Eh bien écouter à la fois les appels de la Vie en nous, écouter là où nous nous sentons attiré, ce qui appelle en nous, mais écouter cela en résonnance avec la Parole de Dieu. Écouter comment l’un appelle l’autre, comment ça entre en résonnance, et vers quoi ça semble m’attirer ou m’appeler. Et tout cela, le mettre en résonnance avec ce troisième type d’appels, ceux du monde qui nous entoure et notamment les cris des petits et des pauvres, qui sont justement ceux vers qui le Seigneur nous envoie annoncer la Bonne nouvelle de son Évangile.

Et même si nous n’entendons pas vraiment une voix distincte comme Samuel, nous sommes en fait dans la même situation que lui : peut-être qu’il nous faudra la médiation de quelqu’un d’autre que nous à qui nous allons partager ce qui se joue en nous, ce que nous pressentons en nous d’un appel. Cette personne ça peut être ce qu’on appelle un accompagnateur spirituel, mais sans aller jusque-là ça peut être tel ami ou tel frère ou sœur de communauté en qui j’ai confiance et avec qui je peux oser dire ce que je pressens en moi. Ça peut aussi être les membres de la Frat’ à laquelle je participe, qui est justement un lieu qui nous est proposé pour apprendre à écouter ensemble la Parole, et faire l’expérience d’apprendre à écouter ce que Dieu veut nous dire dans ces textes et comment ça me rejoint, comment ça appelle, c’est-à-dire ce que ça pourrait nous inviter à vivre chacun ou ensemble…

Alors je ne sais pas trop quelle expérience vous faites un peu, beaucoup ou passionnément de tout ce que je viens de vous dire, je ne sais pas quelle expérience d’écoute de ce à quoi Dieu vous appelle chacun, mais j’ai envie de vous proposer un petit exercice pratique, là maintenant, tout de suite. Tout simplement se dire, dans le silence de votre cœur : dans ce que je viens d’entendre, qu’est-ce qui me parle, comme ça spontanément, ou qu’est-ce que ça réveille en moi de questions ou de convictions. Et tout simplement nous accueillons chacun cela, nous le recueillons, et nous pouvons demander au Seigneur qu’il nous éclaire sur ce que ça peut vouloir dire pour nous, qu’il nous éclaire sur ce vers quoi ça pourrait nous appeler très concrètement, dans le réel de ce que l’on vit aujourd’hui.

Publié dans Homélies

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