Prêtre et époux ? Lettre ouverte à mon frère prêtre

Publié le par Christophe Delaigue

 

Est-ce le hasard ? Ou la Providence ? Alors qu’hier beaucoup sur les réseaux sociaux y allaient de leurs commentaires et avis quant à ce livre annoncé de Benoît XVI et du Cardinal Sarah sur le célibat sacerdotal à maintenir et de l’éventuelle instrumentalisation du « pape émérite » par le cardinal guinéen qui n’en est pas à ses premiers coups contre le pape François, voilà que de mon côté je tombais sur ce petit livre d’un prêtre du diocèse d’Autun, le P. Frédéric Dumas, justement sur le sens du célibat des prêtres. Que le pape François, d’ailleurs ne conteste pas ni ne veut remettre en cause même s’il serait, semble-t-il, éventuellement ouvert à la question des viri probati posée par le Synode sur l’Amazonie et, je crois, pour cette région et en fonction des besoins... mais on attend justement son texte...

Dès les premières pages notre auteur le dit, il ne veut pas ajouter un livre de plus sur le sujet si ce n’est partager une découverte spirituelle pour lui, quant au sens de son célibat.

Ces pages sont éditées dans une collection de livres approfondissant la théologie du corps de Jean-Paul II. Et le point de départ de notre auteur est la découverte de ce que le saint-pape disait du mariage comme vocation ordinaire de toute personne humaine et le fait que ce sacrement soit ce qu’il appelle le prototype de toute sacramentalité. En leur dimension sponsale, dans cette dimension de don de soi par amour.

Ainsi, au fil des pages, le P. Frédéric Dumas s’essaye-t-il à montrer la valeur et le sens du célibat dans le don d’eux-mêmes des prêtres à l’Eglise qu’ils servent au nom du Christ Tête et Pasteur mais aussi Époux. Se donner à l’autre tel l’époux à son épouse. Voilà le ministère pastoral. Car il s’agit, développa aussi Jean-Paul II, dans Pastores Dabo Vobis, de vivre tout notre « être prêtre » en attitude de charité pastorale. vivre notre ministère comme « un office d’amour ».

Franchement, c’est intéressant. Et c’est en fait toute la question de la vie consacrée qui se pose ici et ainsi, auquel le célibat des prêtres de l’Eglise latine participe, je le crois. Ce célibat est signe de l’amour de Dieu qui peut combler toute vie et qui en est le terme,  le but et même le sens, appelé  à s’incarner dans un don de soi-même à tous, à la suite du Christ. Comme le redit si bien la postface de Mgr Emmanuel Gobillard (évêque auxiliaire de Lyon) qui partage ici ce qu’il écrivait il y a quelques années dans une de ses lettres de Madagascar dont le texte avait largement circulé sur les réseaux sociaux.

Me venait toutefois une question : dans les Eglises d’Orient, les prêtres peuvent être mariés. On ne remet pourtant pas en cause cette dimension sponsale du ministère... Est-ce donc inenvisageable dans l’Eglise latine ? Mais comment cette sponsalité se manifeste-t-elle du coup ? Ce qui est sûr c’est qu’elle est présente, très fortement, par la figure de l’évêque qui « épouse » son Église locale au nom du Christ qui en est la Tête, le Pasteur et l’Epoux. C’est lui qui vit et incarne cette dimension sponsale du ministère à laquelle participent à leur mesure les moines et les prêtres, mariés ou non, (mais mariés s’ils ne sont pas en communauté), dans l’exercice de leur service ecclésial, au nom de l’évêque. Est-ce plus « fonctionnel » et moins « sacramentel » pour les prêtres de paroisse en Orient que dans l’Eglise latine ? Ce qui est sûr c’est qu’avec le concile de Trente on avait maximalisé la figure sacramentelle du prêtre au détriment de celle de l’évêque qui devenait une sorte de super-prêtre, ce qu’a renversé le concile Vatican II qui redéfinit bien le ministère des prêtres comme collaborateurs de l’évêque qui a , dit-on alors, la plénitude du sacrement de l’Ordre.

Quoi qu’il en soit, ces pages sur la dimension sponsale du célibat consacré demandé aujourd’hui aux prêtres sont intéressantes. Cela dit quelque chose du Christ lui-même dans le don total de lui-même. Dans un choix de vie de type « consacrée ». Des pages qui nous permettent de prendre un peu de hauteur dans les débats même si elles peuvent paraître un peu rapides, sur certains points notamment dont les développements de cette dimension sponsale dans les divers lieux de vie  ou mode d’être des prêtres, et inviteraient au une appropriation et un approfondissement.

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P . Frédéric Dumas, Prêtre et époux ? Lettre ouverte à mon frère prêtre, Mame, coll. « L’évangile du corps », décembre 2017, 68 pages (format poche), 8€.

 

Publié dans Théologie, Actualité

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