Homélie mercredi des Cendres 26 février 2020

Publié le par Christophe Delaigue

Jl 2,12-18 / Ps 50 / 2Co 5,20 – 6,2 / Mt 6,1-6.16-18

 

Il y a quand même une question qu’il faut qu’on se pose… A quoi ça sert le carême ? C’est quoi l’enjeu ?

La 1ère lecture, par la voix du prophète Joël, nous dit que c’est un temps qui nous est donné pour faire retour vers Dieu. C’est l’appel qu’il nous adresse avec force quand il fait dire au Seigneur : « Revenez à moi de tout votre cœur ». Et il insiste, le prophète Joël, car il ajoute de suite : « Déchirez vos cœurs (…) et revenez au Seigneur votre Dieu car il est tendre et miséricordieux » 

Qu’est-ce qui t’éloigne de Dieu, très concrètement, dans ta vie de tous les jours ? Qu’est-ce qui fait qu’il y a de la distance qui se crée entre toi et Lui et entre tes actes et les appels de l’Évangile ? Qu’est-ce qui dans ta vie attriste peut-être Dieu ou lui fait mal qui appelle une prise de conscience et un retour vers Lui, une conversion ?

Le mal que nous faisons nous éloigne de Dieu. Ce mal que nous faisons à nos frères et sœurs en humanité. Parfois sans le vouloir vraiment mais parfois aussi de façon bien consciente et même parfois bien calculée, nous le savons bien, malheureusement…

Le mal nous éloigne de Dieu mais le doute aussi, la perte de confiance. Entendons à plus forte raison cet appel à faire retour vers Dieu, à mendier sa force et sa Présence, et à nous donner les moyens pour cela. Et tu verras que ce temps de carême devient un temps de salut. On a entendu quelque chose de cela dans la 2ème lecture : « Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut. »

Le temps du salut… Le salut c’est ce que Jésus nous dira en sa chair avec la résurrection, c’est la victoire de la vie sur la mort. La victoire notamment quand le combat se vit avec Dieu. D’où l’appel à faire retour vers Lui, à en faire notre allié, car nous le voyons bien et nous le savons bien, il y a quelque chose de l’ordre du combat dans ce que nous avons à vivre.

Il y a du combat dans ce que la vie nous fait traverser d’épreuves. Mais aussi dans ce qui se joue en nous d’aspiration au bien et de mal que nous faisons pourtant, et de mensonges dans lesquels nous nous enfermons parfois, même petits mais qui peuvent aussi être, malheureusement, des gros mensonges qui vont nous pourrir la vie et celle de ceux qui mettaient leur confiance en nous, le jour où ils l’apprendront…

Mais notre foi, c’est que quoi qu’il arrive, en fait, quoi qu’il arrive, avec Dieu la vie est plus forte que tout mal, et que même dans nos lieux de péché et de fragilité la grâce peut passer, la vie peut nous traverser. Et même là une forme de fécondité est possible, mystérieusement mais réellement... Comment ne pas penser en vous disant cela à Jean Vanier et aux communautés de l’Arche et de Foi et Lumière qui sont bien éprouvées ces jours et nous avec. La Bonne nouvelle de la résurrection que nous célébrerons à la fin du carême c’est qu’au cœur du mal et de la mort, au cœur de la violence des hommes, Dieu est présent et agit, et la vie est et sera victorieuse. Et que là, malgré tout, une vérité d’Évangile peut être vécue et annoncée, elle peut toucher les cœurs et produire du fruit…

Cela appelle notre confiance en Dieu, notre foi. Mais cela appelle aussi à ce que chacun nous osions regarder notre vie en vérité, que chacun nous osions regarder et nommer ce qui a part en nous au mal et au mensonge, ce qui fait peut-être obstacle à la vérité de l’Évangile que pourtant nous écoutons et que sans doute nous voulons vivre vraiment, sinon nous ne viendrions pas ici, de messe en messe.

Ce temps du carême qui s’ouvre ce soir c’est ce temps favorable qui nous est offert pour cela, c’est ce temps du salut qui nous est proposé. A nous de décider d’y aller. A nous de décider d’en faire quelque chose. A nous de demander à Dieu de nous y accompagner, d’être notre allié, pour que nous grandissions en sainteté, avec Lui.

L’enjeu, je le redis, c’est donc de faire retour vers Dieu, d’entrer dans ce combat spirituel, ce combat pour plus de Vie, ce combat dans lequel nous allons nous retrouver engagé si nous y allons vraiment, si nous y allons en vérité.

Et là nous pouvons alors entendre cet autre appel qui nous est adressé avec force en ce début de carême, cet appel que nous avons entendu de St Paul en 2ème lecture : « nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu ».

C’est un appel à l’humilité et à la vérité. Pour laisser Dieu travailler nos cœurs et nous permettre de vivre des chemins de pardons et de réconciliations les uns avec les autres. Il s’agit de consentir au réel de nos petitesses pour nous permettre de découvrir combien avec Dieu nous pouvons déjà vivre de grandes choses jusque dans nos abaissements, ce que le Christ dira en sa chair et avec force dans les jours de sa Passion et de sa résurrection…

Consentir au réel de nos petitesses… Le geste des cendres que nous allons poser dans quelques instants dit quelque chose de cela. Nous allons accepter d’être marqué d’un signe qui montre notre condition mortelle et pécheresse, un signe de pénitence, un signe qui dit que nous venons de la terre et que nous y retournerons. Mais un signe qui rappelle en même temps – et c’est Bonne nouvelle ! – un signe qui rappelle en même temps celui que Dieu fit sur Caïn, après le meurtre d’Abel, au livre de la Genèse, ce signe de protection et de vie, ce signe qui dit que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, que Dieu est avec nous, quoi que nous ayons fait, si nous acceptons de faire retour vers Lui et d’en faire notre allié pour la suite du chemin, ce signe qui nous rappelle que Dieu veut pour nous la vie.

C’est Bonne nouvelle ! Une Bonne nouvelle à laquelle pourtant nous croyons bien souvent soit comme une vague idée qui ne change pas grand-chose – on verra bien – soit à laquelle nous ne croyons plus trop, parfois, si nous traversons des choses trop difficiles, que ce soit de notre fait ou du mal que nous ayons pu subir… Cette Bonne nouvelle de Dieu qui veut pour nous la vie et qui nous assure que la vie, avec Lui, est plus forte que tout mal et que toute mort, cette Bonne nouvelle que nous réentendrons avec force à Pâques, nous avons bien besoin de ces 40 et quelques jours annuels pour la faire nôtre vraiment, pour nous laisser façonner par elle, pour y croire vraiment, et pour en faire notre moteur de vie, notre moteur de confiance et d’espérance pour ce qu’il y aura à traverser d’épreuves de vie dans les semaines et les mois qui viennent…

L’enjeu, je le redis, l’enjeu de tout cela et donc de ce temps du carême, c’est le salut, le salut au cœur du réel concret de ce que nous vivons chacun et de ce que nous sommes.

Et pour ce chemin de retour vers Dieu – je vais finir par là –, pour ce chemin où Dieu sera notre allié si nous nous ouvrons à sa présence, plusieurs armes nous sont proposées ce soir dans ce que Jésus nous dit dans l’Évangile. Ces armes ce sont le jeûne, la prière et l’aumône. Vous pouvez ajouter une 4ème avec ce que nous a dit Paul dans la 2ème lecture à savoir le sacrement du pardon.

Ces armes qui nous sont proposées elles sont par là pour créer de l’espace en nous et nous donner de vivre très concrètement une plus grande fraternité humaine. La principale, celle sur lequel baser le reste, c’est la prière, ce temps que je vais offrir à Dieu pour faire l’expérience, petit à petit, de sa présence, et pour entendre, au plus intime de moi-même, dans ma chambre intérieure, entendre à quoi il m’appelle et à quoi la Parole que j’aurai méditée m’appelle. Entendre ce que ça réveille en moi et comment ça rejoint les cris des pauvres auxquels je ne prête pas toujours grande attention… Voilà pourquoi l’aumône, comme réponse à ce qui va se jouer dans la prière et comme prise en compte des besoins des plus pauvres autour de moi. Et sans doute que je n’entendrai pas grand-chose et je n’expérimenterai pas grand-chose, même intérieurement, si je n’éprouve pas en mon corps quelque chose du manque, qu’il soit de nourriture ou de toute autre richesse dont nos vies sont remplies. C’est ça le sens du jeûne.

Et si j’écoute en vérité tout ce que ça va réveiller en moi, alors sans doute que je verrai bien ce qui dans ma vie a besoin d’être déposé dans le cœur aimant et miséricordieux du Père et donc ce qui a besoin de son pardon et de sa force d’amour pour mieux répondre à l’Évangile. Ce sera tout l’enjeu du sacrement du pardon que nous vous invitons vraiment à vivre ou à redécouvrir.

Vraiment nous avons de la chance, ce temps de carême qui s’ouvre est une bénédiction pour notre vie et notre quête de bonheur, je vous assure. C’est le temps favorable que Dieu veut pour chacun de nous, c’est le temps du salut auquel nous sommes conviés. Alors donnons-nous les moyens, saisissons les propositions très concrètes que la paroisse nous fait pour entrer sur ce chemin de conversion qui est libération de plus de Vie, avec le Seigneur, pour entrer toujours plus, toujours mieux, dans ses promesses de vie et de résurrection.

Et pour cela, faisons retour, vers le Seigneur, mettons-nous en route comme va le signifier la procession des cendres. Et avançons, là, avec le Seigneur lui-même qui n’attend que cela, comme le redira et le signifiera tout particulièrement la procession suivante, tout à l’heure pour la communion. Car le Christ vient nous rejoindre pour marcher avec nous, il est notre allié.

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